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Fédéralisme et monde arabe : je t’aime, moi non plus

Une ville du nord de l’Irak dans le tourment d’un différend territorial

Reportage Touz Khourmatou est déchirée entre la région autonome du Kurdistan et le pouvoir central.
OLJ
14/01/2013
« Turkmènes, Arabes ou Kurdes, on est tous pareils », assure Cherzad, un boucher de Touz Khourmatou, une ville du nord de l’Irak où la cohabitation pourrait être menacée par un grave différend territorial entre la région autonome du Kurdistan et le pouvoir central.
« Je ne suis ni avec l’armée ni avec les peshmergas », affirme Cherzad Saleh, un Kurde, en référence aux combattants kurdes.
D’autres habitants de Touz Khourmatou affirment que les différentes communautés de la ville – turkmènes chiites, kurdes et arabes – cohabitent paisiblement. Comme Chakir Ahmad, un épicier arabe, qui affirme qu’« il n’y a pas de tensions entre les citoyens ».
Le paysage est à l’image du caractère multiethnique de la ville : un énorme drapeau kurde recouvre une colline, ceux du pouvoir central flottent au-dessus des bâtiments publics, et d’innombrables bannières marquant la mort de l’imam Ali, vénéré par les chiites, sont déployées à l’extérieur de maisons.
Avec ses 110 000 habitants, ses petits immeubles et ses palmiers, Touz Khourmatou, située à 175 km au nord de Bagdad, fait partie des territoires que se disputent Bagdad, siège du gouvernement fédéral, et Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan.
Selon des analystes et des diplomates, cette querelle territoriale est la plus grande menace à long terme pour la stabilité et l’unité de l’Irak, un pays toujours secoué, près de 10 ans après la chute de Saddam Hussein, par des violences quotidiennes, même si elles sont moindres que dans les années 2006-2007, où un conflit confessionnel faisait rage.
En attendant, ces tensions font peur aux habitants de Touz Khourmatou qui craignent notamment des conséquences pour l’économie locale.
« Nous ne voulons pas d’une guerre, il y a des morts dans une guerre (...) et nous n’aurions plus de travail », indique Hicham Fateh Hamid, un épicier.
Mais la dégradation des relations entre le Kurdistan et les autorités centrales, suscitée également par un gros contentieux sur la répartition des recettes pétrolières, a poussé les deux parties à envoyer des renforts dans le nord.
Les forces kurdes sont déployées sur les collines à l’est de Touz Khourmatou, alors que l’armée irakienne contrôle des barrages au sud de la ville, elle-même occupée par une multitude de forces de sécurité : la police locale, la police fédérale, les soldats de l’armée et les combattants kurdes.
Au-delà de la dispute territoriale, Touz Khourmatou est le théâtre d’attaques confessionnelles, comme partout en Irak, où la communauté chiite, majoritaire dans le pays, est souvent visée par des agressions menées par des insurgés sunnites. Lors de l’une de ces attaques, l’épouse de Hamdi Ibrahim Samine a été blessée à la tête. Un pan entier de leur maison a été soufflé par l’explosion.
« Il n’y a plus rien », se désole M. Samine, alors que dans une ruelle l’eau gicle d’une canalisation trouée.
« Nous avons besoin de projets, d’aménagements », insiste de son côté Chalal Babane, le responsable administratif du quartier, qui ajoute que même les services de base, comme l’eau potable, manquent.
Nous « n’avons pas besoin de chars, nous n’avons pas besoin de transports de troupes, de véhicules blindés ou d’avions », affirme-t-il. « Nous voulons des services, de l’électricité, des projets », renchérit M. Saleh.
(Source : AFP)

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