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Syrie : près de 22 mois de conflit, plus de 60.000 morts

Révolte Des dizaines de victimes dans un raid sur une station-essence près de Damas ; un journaliste américain enlevé.
OLJ/Agences
02/01/2013

Les Nations unies ont annoncé mercredi la mort de plus de 60.000 personnes dans le conflit qui fait rage depuis 21 mois en Syrie où les redoutables chasseurs-bombardiers du régime intensifiaient les raids meurtriers et les combats ne connaissaient aucun répit.


Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a ainsi affirmé à Genève avoir recensé 59.648 personnes tuées en Syrie entre les premières manifestations lancées dans le sillage du Printemps arabe le 15 mars 2011 et la fin novembre 2012.
"Etant donné que le conflit s’est poursuivi sans relâche depuis fin novembre, nous pouvons supposer que plus de 60.000 personnes ont été tuées jusqu'au début 2013", a dit la Haut-Commissaire Navi Pillay dans un communiqué, estimant ce nombre "bien plus élevé qu'attendu et réellement choquant".
"On assiste à une prolifération de crimes graves par les deux parties, y compris des crimes de guerre et, très probablement, des crimes contre l'humanité", a-t-elle dénoncé.


La Syrie a basculé dans la guerre civile après que cette révolte populaire violemment réprimée par le régime se soit militarisée, et les combats opposent désormais les soldats à des déserteurs aidés par des civils ayant pris les armes mais aussi des jihadistes venus de l'étranger.


Le bilan de l'ONU est supérieur à celui de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une organisation qui s'appuie sur un large réseau de militants et de médecins à travers le pays et qui chiffre le nombre des morts à plus de 46.000 morts en 21 mois.
Mais le bilan de l'OSDH ne recense ni les milliers de personnes disparues ou en détention ni la plupart des morts parmi les "chabbihas", les miliciens du régime de Bachar el-Assad, ni les combattants étrangers.
De plus "les rebelles et l'armée ne révèlent pas le nombre de morts dans leurs rangs pour ne pas porter un coup au moral des troupes", explique à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, qui estime qu'en totalisant toutes ces catégories, le nombre de morts pourrait dépasser les 100.000.

 

 


Un journaliste américain enlevé
Alors que les journalistes continuent d'entrer clandestinement en Syrie en raison des restrictions imposées par les autorités, le reporter de guerre indépendant américain James Foley, 39 ans, qui a fourni des reportages vidéo à l'AFP, a été enlevé, a annoncé sa famille qui est sans nouvelle de lui.
Il a été arrêté, selon les témoignages recueillis par l'AFP, le 22 novembre par quatre hommes armés de Kalachnikov. Au moment de son rapt, il se trouvait en compagnie d'un autre journaliste, également porté disparu mais dont la famille ne souhaite pas divulguer l'identité.

 

James Foley, le 5 novembre 2012 à Alep. AFP PHOTO / NICOLE TUNG

 

 

Raids sanglants

Devant le blocage des efforts internationaux pour un règlement politique, la Syrie a débuté l'année 2013 dans la violence avec l'aviation, le principal atout du régime dans la guerre, lançant de nouveaux raids sanglants.


Des dizaines de personnes, dont plusieurs rebelles, ont été tuées ou blessées dans l'explosion d'une station d'essence touchée par un raid aérien à Milha, une région bordant la capitale où les rebelles ont installé leurs bases-arrières, selon l'OSDH.
L'ONG a précisé ne pas être en mesure de fournir dans l'immédiat un bilan plus précis. Une vidéo mise en ligne par des militants a montré des habitants pris de panique courant au milieu des flammes à la recherche de survivants.
Sur d'autres images, un homme hurle en tenant dans ses bras un corps, dont ne restent que la tête et une partie du torse ensanglantées. Le corps d'un autre homme en feu tient encore sur une mobylette au milieu de l'incendie.


Toujours dans la ceinture sud de la capitale, douze membres d'une même famille, en majorité des enfants, ont été fauchés par une bombe larguée par l'aviation à Mouadamiyat al-Cham, a dit l'OSDH.
Selon un bilan provisoire de cette ONG, 60 personnes ont péri mercredi à travers le pays, dont 19 rebelles tués dans des assauts contre des aéroports militaires et la base de Wadi Deif dans le nord, toujours aux mains de l'armée. Selon l'OSDH, un combattant australien a péri dimanche près de cette base.

 

Dans la matinée, l'artillerie du régime a bombardé les localités de Douma et de Harasta, au nord-est de Damas, ainsi que le quartier proche de Qaboun à Damas, a poursuivi l'OSDH.

Parallèlement, de violents combats opposaient l'armée syrienne à des rebelles, en majorité jihadistes, autour de l'aéroport militaire d'Afis, près de Taftanaz dans la province d'Idleb, selon l'OSDH. Cette base militaire est située sur l'axe routier entre Damas et Alep.

 

Les violences se poursuivent alors que le médiateur Lakhdar Brahimi a évoqué un plan de sortie de crise, basé sur la déclaration de Genève, mais sans fixer d'échéance. Ce plan prévoit un cessez-le-feu, la formation d'un gouvernement aux pleins pouvoirs et des élections, soit présidentielle soit parlementaires, sans toutefois évoquer le sort réservé au président Bachar el-Assad.

 

(Lire aussi : Moscou se prépare à l'ère post-Assad)

 

Les efforts diplomatiques déployés pour mettre fin au conflit buttent par ailleurs sur les conditions de l'opposition, qui refuse toute négociation avec le président. Lui-même jure de résister jusqu'à la mort. La communauté internationale l'invite presque unanimement à renoncer à ses fonctions, mais il peut toujours compter sur l'appui de la Russie et de l'Iran.

 

 

Absence de célébrations

Sans surprise, le passage de 2012 à 2013 a donc été particulièrement morose. Dans le centre de la capitale, toujours aux mains des forces gouvernementales, des militaires ont célébré la nouvelle année en tirant en l'air, ce qui a semé la terreur chez les rares Damascènes de sortie.

 

"C'était très effrayant. Personne ne savait ce qui se passait. Les gens sont devenus nerveux et ont commencé à passer des coups de téléphone. Mais je me suis ensuite rendue compte que, dans ma rue moins, il s'agissait de tirs de joie", a rapporté à Reuters une habitante. "Il n'y avait pratiquement personne dans les rues... Pas de voitures ni de piétons. La plupart des restaurants et des bars étaient vides", à l'exception de trois d'entre eux où des jeunes s'étaient rassemblés, a-t-elle poursuivi, ajoutant : "Il y avait de la musique mais personne ne dansait (...) Je crois que personne ne souriait".

 

"Comment peuvent-ils se réjouir ? Il n'y a pas de 'bonne année' qui tienne", s'est quant à lui indigné un opposant du quartier central de Mezzeh, contacté via Skype.

 

(Lire aussi : Le conflit en Syrie ternit les fêtes de fin d'année au Liban

 

Des dizaines d'hommes et de femmes, coiffés de chapeaux de père Noël, ont néanmoins défilé durant la nuit de lundi à mardi dans un quartier du nord de Damas pour souhaiter une année 2013 "noire" au président Bachar el-Assad, selon une vidéo mise en ligne par des militants. "Nous te souhaitons une année noire Bachar et bonne année à la Syrie", ont notamment scandé les manifestants sur l'air de "joyeux anniversaire", au milieu des youyous des femmes arpentant les rues du quartier Cheikh Mohieddine.

 

 

 

Ce début d'année a également été marqué par la mise en ligne par l'OSDH, d'une autre vidéo montrant des soldats lacérant deux prisonniers de coups de couteaux.

"Nous ne sommes pas en mesure de dire dans quelle région et quand cela s'est produit, mais cette vidéo est révélatrice de l'état de sauvagerie dans lequel est entré le conflit syrien", a affirmé à l'AFP son directeur Rami Abdel Rahmane.

La vidéo montre des hommes en treillis, des soldats du régime selon l'OSDH, lacérant de coups de couteau deux prisonniers debout face à un mur, la tête recouverte.

Un homme en tenue militaire les piétine ensuite, les assomme avec des blocs de béton, avant de recouvrir les corps de gravats et de les abandonner dans le bâtiment où ils étaient tenus prisonniers, visiblement détruit par un bombardement.

En portant des coups de couteaux, l'un des soldats lance "ce sont les hommes de Arour", faisant référence à un cheikh salafiste syrien qui tient depuis l'Arabie saoudite des prêches appelant les rebelles à massacrer les alaouites.

 

L'authenticité de la vidéo et de ces faits n'a pu être vérifiée.

 

 

Reportage

Dans l'atelier de fabrication d'armes des rebelles syriens


La vieille ville d'Alep est devenue un champ de ruines

 

Rétrospective

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SAKR LEBNAN

Et le COMPTEUR tourne et malheureusement tournera encore !

Ali Farhat

On va où maintenant?? (pour reprendre un titre qui nous est cher). Assad est toujours là, pas de signes qu'il va capituler bientôt... les jihadistes de tous poils (de barbe) ont rempli la Syrie avec l'aides des démocrates de ce monde sans oublier les nôtres bien sûr et les meilleurs d'entre eux: les qataris et les saoudiens (...). "L'homme vert" mandaté par l'onu dit qu'il faut s'assoir autour d'une table et de discuter, exactement comme disent les Russes, les Chinois, le Hezb, l'Iran et les gens de bonne volonté de ce monde... afin que les Syrien puissent faire une transition sans tuer et sans démolir la structure de l'état et ses acquis en matière également de défense et de soutien aux résistances régionale antisionistes.

GEDEON Christian

De la part du régime de M. El Assad,on savait à quoi s'attendre...mais l'opposition syrienne commence à faire montre d'une arrogance et d'un jusqu'au boutisme proprement effarants...et au sein de cette opposition,il semble bien que les islamistes purs et durs aient pris largement le dessus...on voudrait que le bain de sang se prolonge et s'aggrave qu'on ne s'y prendrait pas autrement...que les "opinions" et les "médias d'information(sic!) occidentaux tombent dans le discours manipulateur des "gentils" d'un seul côté,et des "méchants" de l'autre,soit....mais que nous,qui savons bien de quoi il retourne suivions le même chemin,voilà qui est totalement inadmissible...le carnage doit s'arrêter...maintenant!

Sabbagha Antoine

2013 s 'annonce aussi catastrophique en Syrie qu' en 2012 avec tout ce bouquet des hors la loi du monde comme cet australien surnommé Abou al-Walid al-Australi.



Antoine Sabbagha

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