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La visite de Benoît XVI au Liban

L’accueil discipliné mais bon enfant orchestré par le Hezbollah dans la banlieue sud

Liban « Le vivre ensemble est devenu presque un slogan », prévient Antoinette, venue d’Achrafieh pour accueillir le pape dans la banlieue sud.
15/09/2012

Le pape Benoît XVI accueilli hier par les habitants de la banlieue sud : tout dans cette scène se prête aux slogans de vivre ensemble. De jeunes scouts chiites du Mahdi, affiliés au Hezbollah, accélèrent le pas pour atteindre l’un des trottoirs à la sortie de l’aéroport, où doit passer le convoi papal. Observant une marche presque militaire sous les regards fermes de leurs moniteurs, les petits corps défilent par groupes, en chemise bleue ou kaki, relevée d’un badge de l’ayatollah Khomeyni, fondateur de la République islamique d’Iran. Ils ont en même temps sur la tête une casquette jaune ornée des armoiries du Vatican, de la couleur de leur foulard, celle du Hezbollah.


Arrivés au point qu’on leur a désigné, ils attendent la sortie du pape, s’impatientent sous le soleil, agitent les drapeaux libanais qu’on leur distribue, bougent dans tous les sens. S’ils ne savent pas trop expliquer le but de leur rassemblement, l’un des chefs explique spontanément qu’on « nous a demandé de venir sur la route pour saluer l’arrivée du pape », ce qui n’ôte pas à cette initiative « sa symbolique de paix civile et d’entente au Liban ».


Alors qu’un souffle de vent de fin d’été allège l’atmosphère, un mouvement de foule s’annonce et les soldats en poste aux extrémités du trottoir se retournent vers un groupe de femmes en tchador noir, accompagnant des filles voilées de blanc ou engoncées dans une cape blanche bordée de rose. Elles sont quelques centaines à affluer d’un coup, issues des scouts du Mahdi et de l’association des femmes affiliée au Hezbollah. « Lorsque la paix prévaut dans une communauté, elle s’étend à l’ensemble du pays », affirme avec sérénité une guide du Mahdi. Appareil photo au cou, elle décrit le caractère transcommunautaire des activités à vocation sociale et caritative que mènent les scouts. « Nous leur apprenons à ne haïr personne. Est d’ailleurs faible d’esprit celui qui prête l’oreille aux voix hostiles à cette coexistence profondément ancrée entre nous », ajoute-t-elle.

Un ayatollah « pour effrayer le pape »...
Arrive ensuite l’orchestre du Mahdi, dont les jeunes musiciens se hâtent à accorder les instruments, avant la salve de canon qui vient annoncer l’atterrissage de l’avion papal. Déjà, les hymnes du Liban et du Vatican se font entendre, donnant un air entraînant à l’atmosphère. Mais ce paysage reste quelque peu terne. Orchestré par les ordres, certes louables, des partis chiites, le tableau manque de spontanéité, d’engouement véritable. Certains hics le dénotent. Au milieu du refus presque moqueur de certains scouts à répondre aux journalistes, l’un d’eux lance innocemment : « Mon père a dit que le badge de l’ayatollah effrayera le pape. » Les filles aux couronnes de fleurs observent quant à elles le silence, sous le regard d’abord méfiant de leurs monitrices. Un panier de paillettes à la main, elles esquissent un sourire fuyant lorsqu’on les complimente sur leur apparat. « Un grand visiteur mérite un bel accueil », finit par lâcher l’une des guides.
 
« Une bonne entente en surface »
Dans ce tableau, la présence des chrétiens est mince, répartie ponctuellement parmi les scouts. Une présence symbolique de leur espérance, celle de la foi. « La garantie des chrétiens de la région, c’est Dieu », lance fermement un jeune Polonais, venu avec son épouse libanaise saluer le pape. Josiane, une trentenaire francophone, mariée à un Libanais originaire de Mreijé (localité en banlieue sud), insiste sur « le sens particulier de la visite du pape, un sens lié à notre présence sur cette terre ». « On se sent minoritaires et en danger dans une terre qu’on ne veut pas laisser », reconnaît-elle, tout en rejetant la théorie des minorités. « Ce n’est pas une dictature qui va nous protéger, et l’exemple du Liban est éclatant. »
Un exemple qui semble toutefois s’affadir, au fur et à mesure que durcissent les tensions communautaires sur fond politique. « C’est une bonne entente en surface », conclut Josiane avec le sourire. Mais le président du conseil municipal de Mreijé, Tahouitet el-Ghadir et Laylaki est plus optimiste. Fier du chapiteau monté à l’entrée de l’aéroport et de « la mobilisation spontanée de tous ces jeunes », il salue « la vraie coexistence à Mreijé », mais déplore « les réserves des chrétiens d’y retourner, alors même qu’ils ont repris possession de leurs terres ». À quelques dizaines de mètres, entre les commerces populaires bordant la route de Bourj al-Barajné, ce sont des tensions sunnites-chiites qui rejaillissent dans les propos des clients et des patrons, entamant leur journée comme si de rien n’était.


Soudain, le convoi du pape paraît, l’excitation reprend dans les regards à l’affût de la silhouette blanche, qui les salue à travers la vitre légèrement fumée de la limousine blindée, avant de disparaître aussitôt. « Je suis venue voir le pape et je ne l’ai pas vu », lance avec un brin d’humour Antoinette, professeur de sport dans un établissement à Achrafieh. Une femme voilée échange avec elle un rire. « J’ai suspendu mon ménage pour accueillir le pape », confie-t-elle, émue de recevoir « cet homme bon ». Antoinette l’écoute avant de conclure sur « la nécessité de séparer la politique de la religion. Le vivre ensemble est devenu presque un slogan »...

 

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