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Moscou et Téhéran « très proches » sur la Syrie ; très gros couac sur les armes

Révolte Occident et Russie à couteaux tirés ; les forces du régime reprennent Haffé ; au moins 72 morts hier.
OLJ
14/06/2012
Le ministre russe de Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue iranien, Ali Akbar Salehi, ont estimé à l’issue de leurs entretiens hier à Téhéran que les positions de la Russie et de l’Iran sur la Syrie étaient « très proches », en particulier sur la nécessité de faire appliquer le plan de l’émissaire international Kofi Annan et de résoudre la crise par des négociations entre le régime et l’opposition, sans intervention extérieure. M. Lavrov a précisé que 15 pays, qu’il n’a pas nommés, avaient déjà accepté de participer à la conférence internationale que Moscou a décidé de réunir pour tenter de faire appliquer le plan Annan. La Russie a souhaité que cette conférence rassemble les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni), les pays de la Ligue arabe et les voisins de la Syrie. L’Iran, principal allié du régime de Damas dans la région, a appuyé la convocation d’une conférence sur la Syrie à laquelle il a été invité, malgré les réserves de certains pays occidentaux et arabes qui accusent Téhéran d’aider les forces syriennes à réprimer l’opposition. Moscou a estimé que Téhéran était en mesure « d’exercer des pressions constructives sur la Syrie ».

Erreur de traduction ?
Sauf qu’il y a eu hier un très gros couac diplomatique quelques heures à peine après ces propos. Des propos de M. Lavrov traduits du russe vers l’anglais et le farsi lors de la conférence de presse et accusant les États-Unis d’armer les rebelles syriens ont été ensuite démentis de source russe. « C’est une erreur de traduction en farsi », a déclaré un membre du service de presse du ministère à Moscou, fournissant une version en russe de la déclaration de M. Lavrov, dans laquelle celui-ci souligne que les États-Unis livrent des armements « dans des pays de la région ». « Nous ne livrons ni en Syrie ni ailleurs de choses qui soient utilisées dans la lutte contre des manifestants pacifiques, contrairement aux États-Unis eux-mêmes qui livrent régulièrement dans des pays de la région de tels équipements spéciaux », a déclaré M. Lavrov en Iran, selon le texte fourni par le ministère russe, ajoutant qu’ « une telle livraison a notamment eu lieu récemment dans un des pays du golfe Persique. Mais les Américains estiment que c’est normal ». La phrase polémique était : « Les États-Unis fournissent à l’opposition des armes qui sont utilisées dans les combats contre le gouvernement syrien. » L’agence Reuters a par ailleurs indiqué en fin de soirée que la dépêche, fondée sur une traduction erronée des propos tenus par le ministre russe des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse à Téhéran, ne sera pas remplacée.
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, qui avait déjà exprimé l’inquiétude des États-Unis sur « l’envoi d’hélicoptères d’attaque vers la Syrie depuis la Russie, ce qui va provoquer une intensification assez dramatique du conflit », est revenue à la charge hier en appelant Moscou à cesser de livrer des armes à Damas, avertissant que la « spirale » de la violence entraînait la Syrie tout droit vers la « guerre civile ».

La « bonne voie » de Rasmussen
Une intervention militaire étrangère ne serait « pas la bonne voie », a estimé de son côté le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Le vice-président sud-africain Kgalema Motlanthe, dont le pays est membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a souhaité quant à lui l’envoi de Casques bleus. Le défenseur des droits de l’homme, Dominique Baudis, et les membres de l’Association des ombudsmans de la Méditerranée (AOM) réunis lundi et mardi à Paris ont eux adopté par consensus une « résolution condamnant les violations des droits de l’homme en Syrie », annonce un communiqué.
Occidentaux et Russes conviennent de la nécessité d’appliquer le plan de l’émissaire international Kofi Annan, qui prévoit un cessez-le-feu et un dialogue national mais est resté lettre morte. Moscou rejette toute ingérence et tout changement de régime imposé en Syrie alors que l’Occident réclame le départ de M. Assad et décide des sanctions. Mais les Affaires étrangères syriennes ont affirmé que l’armée luttait simplement contre le terrorisme et un groupe de l’opposition syrienne, la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS), a lui aussi réfuté la qualification de « guerre civile » en estimant qu’elle mettait « sur un pied d’égalité la victime et le bourreau ».

Haffé « martyre »
Pendant ce temps, les opérations de répression et les combats entre soldats et rebelles ont fait au moins 72 morts, selon la chaîne satellitaire al-Arabiya, citant les Comités locaux de coordination. Les forces du régime ont accentué leurs attaques contre plusieurs localités où sont retranchés les rebelles, en les soumettant à des bombardements à l’artillerie lourde, avant de lancer des assauts.
Après huit jours de bombardements sans répit, l’armée a ainsi pris le contrôle de Haffé à Lattaquié, où l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a parlé d’un repli « tactique » de l’Armée syrienne libre (ASL), pour épargner la vie de civils. Les autorités ont quant à elles assuré avoir « ramené la sécurité après l’avoir purgée des bandes terroristes armées qui ont commis assassinats et vols » et ont demandé aux observateurs de l’ONU, empêchés d’y parvenir la veille par des partisans de M. Assad, de s’y rendre pour vérifier les faits sur le terrain. Mais selon un militant à Lattaquié, après le retrait des rebelles, les chabbiha « ont pillé » cette localité proche de Qardaha, ville natale de M. Assad.
Toujours dans la province de Lattaquié, mais aussi dans celle de Deraa, des localités ont été la cible de bombardements militaires, a précisé l’OSDH. À Deir ez-Zor, l’armée, appuyée par des hélicoptères, continue de pilonner à l’artillerie lourde des quartiers tenus par les rebelles et des unités s’affrontaient aux insurgés dans d’autres, a ajouté l’Observatoire. Plusieurs secteurs de Homs ont aussi été la cible d’obus et le théâtre de violents combats entre soldats et insurgés.
Face à ces violences, environ 2 000 Syriens se sont réfugiés en Turquie au cours des dernières 48 heures, ce qui constitue une forte augmentation, a annoncé le ministère turc des Affaires étrangères. Cet afflux porte à environ 29 500 le nombre de réfugiés syriens en Turquie, a dit le porte-parole du ministère, Selcuk Unal.
Enfin, signalons que l’ancien président de la Fédération syrienne de football et figure du sport dans le pays, Marwan Arafat, a été assassiné par des hommes armés dans la nuit de mardi à mercredi à Deraa, ont rapporté l’OSDH et l’agence officielle SANA.
(Sources : agences et rédaction)

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