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Diaspora

Vitor Buaiz, un exemple vivant de l’engagement et de l’impact des émigrés libanais sur la culture brésilienne

Hommage Plusieurs membres d’une même famille se sont illustrés dans une ville brésilienne. Parmi eux, d’éminents hommes politiques.
27/02/2012
L’État d’Espírito Santo (Saint-Esprit), situé au sud-est du Brésil, dont la capitale est Vitória, l’un des ports principaux du Brésil pour l’exportation du fer, de l’acier, du marbre et du café en particulier, est aussi un État brésilien qui compte de nombreux descendants d’immigrés italiens, allemands et sans doute libanais, comme partout sur le territoire brésilien. Les premiers émigrés libanais commencèrent à arriver en groupes à la fin du XIXe siècle, provenant de Sarba, Jounieh, Ghazir, Bkassine, Wadi Chahrour, Aley... Dans les années 1910-40, on y comptait les familles Buaiz, Chamoun, Mansur, Alcuri, Cadi, Jurdi, Murad, Helal, Deps, Chequer, Letaif, Rachid, Rizk, Nascif, Jabour, Seba, Letaif et bien d’autres, établis à Vitória ainsi que dans d’autres villes comme Cachoeira de Itapemerim, Alegre ou Maratizes. Du commerce ambulant, ils passèrent rapidement au commerce de gros et à l’industrie.
L’un des premiers immigrés de la famille Buaiz (Boueiz) dans l’État d’Espírito Santo (ES) était Alexandre Buaiz, né à Sarba, qui s’est établi dans les années 1930 à Vitória, fondant l’entreprise Buaiz & Cia de commerce général, puis la première industrie à São Torquato, Vila Velha : une fabrique de sacs en papier, ensuite de clous et enfin un moulin pour le blé. Son cousin, José Salim Buaiz, arrivé à la même époque au nord-est du Brésil, à Recife, se maria à Pernambouco avec Adélia Jacob Buaiz, native de Jounieh. Puis ils rejoignirent Alexandre à Espírito Santo (ES), ouvrant également un commerce général. C’est là que leur fils Vitor, né à Vitória en 1945, devint gouverneur de cet État.
Vitor Buaiz se maria avec Maria de Lourdes Lordello dont il eut trois enfants, Gustavo, Daniel et Mariana. Vitor obtint son diplôme en médecine en 1967 à l’Université fédérale d’Espírito Santo (UFES), puis se spécialisa en gastro-entérologie et en nutrition à l’Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ). Dès 1971, il fut professeur émérite à la faculté de médecine de l’UFES et chef du département de clinique médicale et coordinateur du centre d’études et de recherches sur la prévention de l’alcool et autres drogues. Son engagement social lui avait valu alors d’être mis en prison en 1972 par le régime militaire, pour avoir envoyé des médicaments à des guérilleros d’Araguaia, mouvement révolutionnaire organisé par le Parti communiste du Brésil, opposé au régime militaire, qui avait pris le pouvoir en 1964. De 1974 à 1978, il fut coordinateur pastoral à la santé de l’archevêché catholique de Vitória.
Président-fondateur du syndicat des médecins de l’État d’ES (1979-1981), il participa à la fondation du Parti des travailleurs (PT), présidé par Luiz Inácio Lula da Silva, et de la Centrale unique des travailleurs (CUT). Entrant ainsi dans la vie politique, il fut élu en 1986 député fédéral constituant par le PT, puis maire de la ville de Vitória comprenant 400 000 habitants (1989-1992). Sa gestion en tant que maire fut remarquable à travers ses actions dans les secteurs social, de l’éducation, de la santé et de la culture. C’est ainsi qu’il fut élu gouverneur de l’État d’Espírito Santo avec ses 4 millions d’habitants (1995-1998), devenant le premier gouverneur de cet État d’origine libanaise.

Visites au Liban
Comme gouverneur d’État, Vitor Buaiz a visité officiellement le Liban en 1995 avec une importante délégation d’hommes politiques et d’affaires, rencontrant le président de la République de l’époque Élias Hraoui ainsi que le ministre des Affaires étrangères Farès Boueiz, qu’il avait connu à Rio de Janeiro à l’occasion du Sommet de la Terre, ECO-92. C’est avec une grande émotion qu’il fut accueilli par ses cousins à l’Aéroport international de Beyrouth, reconnaissant en eux le visage de son père. Il revint une seconde fois au Liban au sein de la délégation officielle du président Luiz Inacio Lula da Silva, admirant durant la visite du chantier de reconstruction de Beyrouth « la capacité de dépassement des crises et le dynamisme du peuple libanais ».
Vitor, toujours très actif et lié sentimentalement au Liban, a affirmé : « Je suis fier et j’ai le privilège d’être descendant de Libanais, qui contribuent beaucoup au développement de l’État d’Espírito Santo et du Brésil, avec des influences positives dans le commerce, la culture, les arts, la littérature, et sont ainsi très respectés dans la société “capixaba” (dénomination des habitants d’Espírito Santo). Comme homme politique, je rappelle toujours publiquement mes origines, et cela a permis la réussite de mon premier voyage au Liban. » L’État d’Espírio Santo compte plusieurs autres hommes politiques d’origine libanaise, comme le président de l’Assemblée législative de l’État, le député Rodrigo Chamoun. À Vitória, où la communauté est très active, le Club Monte Libano a été fondé en 1954.
Comme ex-gouverneur de l’État, Vitor a suggéré en 2011 au député Luzia Toledo de rendre hommage aux descendants libanais et syriens de l’État d’Espírito Santo, ce qui a été approuvé à l’Assemblée législative, qui a choisi pour cela la date du 23 novembre, liée à la commémoration de l’Indépendance du Liban le 22 novembre. Vitor Buaiz participe également activement aux recherches sur l’immigration dans son État entre 1900 et 1960, avec le concours de documents et photos rassemblés au moyen des Archives publiques de l’État d’Espírito Santo (APES). L’objectif est d’en faire un catalogue consultable publiquement, et c’est ainsi que le 23 novembre dernier, 40 familles d’émigrants libanais et syriens ont reçu un hommage solennel de la part de l’Assemblée législative, avec des « certificats de registre d’entrée des émigrants libanais et syriens » au port de Vitória, remis par le député Rodrigo Chamoun. À cette occasion, l’ex-gouverneur a souligné l’engagement de ces familles et leur impact sur la culture brésilienne, thème qui a été développé par la conférence qui a suivi, donnée par le professeur Soraya Smaili de l’Institut de culture arabe de São Paulo (Icarabe), sur l’influence de la culture arabe sur la culture brésilienne.

Roberto KHATLAB

En savoir plus :
Archives publiques de l’État d’Espírito Santo (APES) –
www.imigrantes.es.gov.br / www.ape.es.gov.br
Centre des études et cultures de l’Amérique latine, Cecal – USEK.

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