« Nous sommes ensemble », a dit en allemand Recep Tayyip Erdogan, ici en compagnie d’Angela Merkel. Odd Andersen/AFP
L’accord entre les deux pays a été signé le 30 octobre 1961 et allait donner à l’Allemagne un visage multiculturel auquel elle ne s’attendait pas. Selon le centre de documentation allemand sur les migrations (DOMiD), 860 000 personnes dont 20 % de femmes sont venues participer au miracle économique entre 1961 et 1973, date de la fin de l’application de ce traité pour cause de crise liée au choc pétrolier.
Aujourd’hui, la minorité turque est la plus forte communauté étrangère d’Allemagne. La population turque ou d’origine turque « fait partie intégrante de l’Allemagne », a insisté Mme Merkel, évoquant « de nombreux exemples d’intégration réussie ». Une analyse partagée par son homologue turc, citant les parcours du footballeur Mesut Ozil, qui joue dans la sélection nationale allemande et fait aujourd’hui les beaux jours du Real Madrid, ou du cinéaste Fatih Akin, qui a reçu l’Ours d’or du festival de Berlin en 2004 pour son film Head-on traitant du parcours complexe d’un couple à cheval entre l’Allemagne et la Turquie.
Toutefois, « il y a aussi des problèmes », a reconnu Mme Merkel, qui avait estimé en octobre 2010 que le modèle « multiculturel » allemand avait « totalement échoué ». Elle a notamment évoqué hier au nombre de ces « problèmes » le niveau d’éducation des populations d’origine étrangère qui « s’est amélioré ces dix dernières années, mais dont on ne peut pas encore se satisfaire ».
De son côté, M. Erdogan a souligné que « l’intégration, ce n’est pas à sens unique », remerciant cependant les institutions allemandes pour l’aide qu’elles ont apportée aux Turcs. « L’Allemagne n’est plus un pays étranger pour les Turcs », a-t-il dit, ajoutant, en allemand : « Nous sommes ensemble », mais présentant aussitôt ses excuses car son « allemand n’est pas bon ».
Par ailleurs, M. Erdogan a de nouveau appelé l’Allemagne à soutenir la candidature de son pays pour l’adhésion à l’Union européenne. « Je le dis au nom de mon peuple, nous comptons sur l’Allemagne pour être à nos côtés », a-t-il dit. « Il faut avoir une grande vision européenne, le choc des civilisations est dépassé, il faut une alliance entre les civilisations », a-t-il insisté.
Mme Merkel a néanmoins déclaré que « l’ouverture d’un nouveau chapitre » du processus d’intégration européenne de la Turquie était une éventualité « si les conditions (étaient) réunies ». Rappelons que les négociations UE-Turquie sont actuellement au point mort, notamment en raison de la question de Chypre, divisée entre la Turquie et la Grèce. Sur cette dernière, la chancelière a tout de même fait de l’humour, lançant en plaisantant : « Nous apprécions les Grecs (....) quand ils se montrent raisonnables », et ce à quelques heures d’une rencontre avec le Premier ministre grec Georges Papandréou.
Mme Merkel a également dit être « aux côtés (de la Turquie) dans sa lutte contre le terrorisme », alors que M. Erdogan demandait à l’Allemagne de faire plus pour lutter contre « les organisations terroristes » sur son sol, en référence au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
(Source : AFP)