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La Palestine à l'ONU, décryptage

"La reconnaissance de l'Etat palestinien est la condition de la paix à venir et non une menace contre cette paix"

Tribune Leïla Shahid, déléguée générale de Palestine auprès de l'Union européenne, la Belgique et le Luxembourg.
Leïla SHAHID | olj.com
16/09/2011
Le droit à l'autodétermination est un droit inaliénable pour tous les peuples du monde. Ce droit n’est jamais négociable et nous revendiquons ce droit depuis le jour où nous avons lancé notre combat national avant même la création de l’État d'Israël en 1948, lorsque nous étions encore sous mandat britannique. Un mandat dont la fonction était de préparer la Palestine à l'indépendance et qui n'avait aucun droit d'en faire "un foyer national juif". Mais ici n'est pas le lieu pour un débat juridiquo-politique sur les crimes de la colonisation.

 

Le mouvement national palestinien est un des plus anciens dans le monde et il continue de se battre pour l'établissement d'un État Palestinien libre et souverain. Et même si cet État est malheureusement sous occupation militaire israélienne depuis 44 ans, le mouvement national représenté par l'OLP a réussi à arracher plusieurs reconnaissances à ses ennemis et à renforcer le nombre des amis qui le reconnaissent.

L'espace dans lequel ce combat s'est exprimé est bien sûr celui des Nations unies, l'endroit par essence où les droits et les devoirs des peuples sont défendus.

Dans cette instance, nous sommes passés du statut de réfugiés "arabes" dans la résolution 242 du Conseil de sécurité qui a suivi la défaite de 1967, à un peuple reconnu et représenté par une organisation nationale, l'OLP, qui a obtenu un siège permanent d'observateur à l'ONU et dans toutes les agences affiliées, après le discours historique du président Yasser Arafat en 1974 à l'Assemblée Générale.

 

Depuis 1947, toute les résolutions internationales reconnaissent les violations israéliennes et exigent la reconnaissance des droits inaliénables du peuple palestinien, dont son droit à un État libre et indépendant. Le seul obstacle est l'occupation militaire des territoires palestiniens depuis 1967.

Les Nations unies ont entériné les accords d'Oslo qui normalement devaient engendrer la reconnaissance de ce droit à l'autodétermination, reconnu à la fin de la période intérimaire en mai 1999. Les Européens ont demandé, pendant le sommet de Berlin, au président Arafat de remettre cette demande de reconnaissance à "un moment opportun". C'était il y a 12 ans !

Quand ce "moment opportun", promesse reprise dans la déclaration européenne du Conseil Européen de décembre 2010, viendra-t-il ?

 

L'Union européenne et les États membres participent généreusement au financement des infrastructures de l'Autorité Palestinienne depuis les Accords d'Oslo et nos accords bilatéraux avec l'UE sont inscrits dans la perspective d'un État partenaire de la Politique de Voisinage comme tous les autres États partenaires.

De leur côté, l'Organisation des Nations unies et ses États membres sont, au niveau des résolutions qui servent de termes de référence, le lieu par définition le plus central du droit et de la construction de la souveraineté et de la paix en Palestine. Au niveau diplomatique, les Nations unies participent au Quartet depuis 2003, et ce au plus haut niveau, celui du secrétaire général de l'ONU, avec les Américains, les Russes et l'Union européenne.

 

Je dis tout cela parce qu'il est primordial de comprendre qu'après 20 ans de négociations avec huit Premiers ministres israéliens, depuis les négociations de Madrid en 1991 en passant par les négociations d'Oslo en 1993, il faut avoir le courage de reconnaître que nous arrivons à un blocage total avec le gouvernement israélien actuel qui est en train de détruire la solution des deux États par sa politique de colonisation. La communauté internationale, représentée par les États membres des Nations unies, a le devoir de faire appliquer le droit international en Palestine par tous les moyens à sa disposition, dont la reconnaissance de l’État palestinien dans ses frontières de 1967 et la protection de son territoire national.

 

Le peuple palestinien a proclamé son État en exil à Alger, le 15 novembre 1988. Plus de 100 pays ont reconnu cet État en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. Aujourd'hui, nous demandons aux États qui n'ont pas encore reconnu cet État, de le faire pour protéger la solution que le monde entier défend, à l'exception de la puissance occupante bien sûr, qui est la solution des deux États.

 

Pourquoi aujourd'hui ? Parce que le président Abbas considère que nous arrivons à une nouvelle étape de notre lutte pour la souveraineté et pour l’indépendance, et que le Premier ministre Salam Fayyad a mis en œuvre son plan de deux ans visant à "mettre fin à l'occupation et à bâtir l’État". Le monde entier a reconnu à travers les rapports présentés par les Nations unies, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, lors de la dernière réunion des donateurs à Bruxelles en avril dernier, que la Palestine fonctionne déjà comme un État malgré l'occupation et que sa gouvernance, sa transparence et son État de droit pouvaient rendre jaloux beaucoup d’États souverains !

 

Comment l'Union européenne et ses États membres pourraient justifier à leurs citoyens un refus de reconnaître l'Etat palestinien à l'ONU ? Parce que les États-unis sont déjà en campagne électorale et que le président Obama a d'autres priorités ? Ou bien qu'Israël est un Etat au dessus du droit et que malgré 44 ans de violations de tous les droits du peuple palestinien, Israël bénéficie d'une impunité totale assurée par les Etats membres de l'UE et les États-unis?

 

Après les révolutions dans le monde arabe et la nouvelle page qui s'écrit dans les relations du monde occidental avec notre région, une telle incohérence serait désastreuse pour les relations euro-arabe et euro-méditerranéenne. Mais surtout, elle pourrait remettre le feu aux poudres, au moment où tous les peuples de notre région expriment à travers leurs soulèvements pacifiques, leur désir de construire une démocratie citoyenne et participative avec leurs voisins européens.

 

La solution des deux États et le respect des droits mutuels et réciproques qui assurent aux Palestiniens leurs droits et leur dignité nationale à travers la reconnaissance de leur État est au cœur de ce processus. Il ne peut y avoir deux poids deux mesures dans les relations euro-arabe ou euro-méditerranéenne. Sinon, c'est la fin du partenariat.

 

Il est évident qu'après la reconnaissance de l’État palestinien, il faudra bien reprendre les négociations, sous l'égide des Nations unies idéalement, pour mettre fin à l'occupation militaire israélienne et régler toutes les questions du statut final. Mais alors, on aura au moins la garantie que ces négociations se feront dans des conditions qui ne sont pas aux dépens des droits et du territoire national palestinien qui disparaît sous les milliers d'unités de colonies et de kilomètres de mur construits tous azimuts et impunément par le gouvernement israélien actuel. La reconnaissance de l’État palestinien sera alors la condition de la paix à venir et non une menace contre cette paix. Elle sera l'œuvre accomplie par un consensus international représentant démocratiquement la volonté de la communauté des nations.

 

 

 

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