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Économie

Le Liban entre le maintien d’un euro fort et la flambée de l’or

Liban - Interview De passage au Liban, le directeur Moyen-Orient de la banque privée au sein du Crédit agricole Suisse, Georges el-Alam, s'est attardé, au cours d'un entretien avec « L'Orient-Le Jour », sur les tendances monétaires et les évolutions des prix des matières premières, à l'ombre des changements régionaux et internationaux.
02/06/2011


Membre de la direction de la banque privée du groupe Crédit agricole Suisse et responsable du portefeuille Moyen-Orient au sein de la banque, Georges el-Alam, financier d'origine libanaise basé à Genève, revient, au cours d'un entretien avec L'Orient-Le Jour, sur un sujet qui concerne aussi bien les investisseurs libanais, à l'affût des opportunités de placement, que les simples consommateurs, dans un pays où l'économie est encore largement dollarisée : l'évolution de l'euro face au billet vert.
Soulignant que la monnaie unique devrait rester forte, voire gagner du terrain vis-à-vis du dollar à court terme, il met notamment l'accent sur les facteurs sous-jacents qui devraient dicter la tendance dans les mois à venir, à commencer par la situation actuelle de l'économie américaine, mais aussi la politique monétaire européenne, à l'ombre des preuves de la zone euro.
« L'injection de liquidités sur le marché aux États-Unis, à travers la politique du quantitative easing*, visant à relancer la croissance, n'a pas encore produit les effets escomptés (...). Malgré la création de plus de 600 000 emplois au cours des trois derniers mois, le taux de chômage s'élève toujours à quelque 9 %, contre un plus bas de 4 % (...). En parallèle, le secteur immobilier n'est pas encore sorti de sa torpeur. » Or la politique monétaire se basant essentiellement sur l'évolution de ces deux paramètres et leur impact sur l'inflation, la Réserve fédérale américaine (Fed) ne devrait pas recourir à une hausse des taux directeurs d'ici à la fin de l'année pour éviter d'enrayer la reprise, déjà fragile, de l'économie américaine, explique ce spécialiste du marché des changes et des métaux précieux. « D'autant que la deuxième phase du quantitative easing, qui a vu le déblocage de quelque 600 milliards de dollars au cours des huit derniers mois, prend fin en juin (...) »,ajoute-t-il.
» En parallèle, la Banque centrale européenne (BCE), qui a augmenté son taux directeur en avril dernier, devrait continuer sur cette voie au cours des mois prochains (...) Deux nouvelles hausses sont prévues cet été et à la fin de l'année « , précise-t-il.
La BCE, rappelons-le, n'avait plus relevé son principal taux directeur depuis juillet 2008 ; celui-ci stagnait à 1 %, son plus bas niveau historique, depuis mai 2009. La récente décision d'augmenter le taux de 25 points de base avait été prise dans le sillage d'une poussée de l'inflation, qui a atteint 2,6 % en mars, dépassant pour la quatrième fois consécutive l'objectif de moyen terme de la BCE d'une inflation proche mais inférieure à 2 %.
« La dissonance entre la politique adoptée par la BCE et celle suivie par la Fed va mener à un différentiel d'intérêt en faveur de l'euro », qui devrait à court terme se maintenir « dans une bande fluctuant entre 1,37 et 1,47 » face au dollar, estime l'expert. Ce scénario pourrait toutefois s'évaporer en cas de « montée des craintes périphériques » liées au problème de la dette souveraine de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande, souligne-t-il.

Le prix de l'once d'or pourrait atteindre 1 700 dollars
Quant à l'évolution des prix des matières premières, dans le contexte régional et international actuel, Georges Alam dit s'attendre à un maintien du prix du baril du pétrole à son niveau actuel, après la correction observée au cours des dernières semaines. Le brent avait atteint un pic de 125 dollars, sur fond des tensions régionales, avant de retomber récemment au-dessous du seuil des 115 dollars. Une éventuelle fin de la crise libyenne pourrait alimenter cette tendance baissière, ajoute l'expert, selon lequel le prix du baril aurait dû, selon des estimations du groupe, osciller entre 60 et 70 dollars en l'absence des tensions géopolitiques actuelles au Moyen-Orient ainsi que dans d'autres zones du monde.
Quant à l'or - l'ultime valeur refuge -, dont le prix de l'once a récemment dépassé le seuil des 1 500 dollars, il devrait poursuivre son envolée, « tant que l'inflation à l'échelle mondiale restera élevée et que les taux d'intérêt resteront bas », souligne Georges Alam. Celui-ci pourrait même atteindre le prix de « 1 700, voire 2 000 dollars », à terme, conclut-il.

Impact sur le Liban
Quant à l'impact de ces évolutions sur l'économie locale, le Liban, dont la monnaie est indexée au dollar, risque de pâtir du maintien d'un euro fort par rapport à la monnaie américaine - une part conséquente des marchandises étant importée d'Europe. Cela devrait se traduire notamment par un maintien de l'inflation, alimentée déjà par la hausse des cours mondiaux du pétrole, et par un creusement du déficit commercial.
En revanche, une poursuite de la hausse du prix de l'or devrait consolider les réserves en or du pays, estimées à près de 14,2 milliards de dollars fin mai (voir par ailleurs). Ces réserves, auxquelles s'ajoutent des réserves en devises étrangères évaluées à plus de 30 milliards de dollars, constituent un important gage de sécurité pour le Liban, dont la dette représente plus de 135 % du PIB.

*Le quantitative easing, ou assouplissement quantitatif en français, est une politique monétaire dite non conventionnelle utilisée par certaines banques centrales pour augmenter la masse monétaire et contribuer ainsi à la relance économique.

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