Économie

Pas de risque réel sur l’économie locale tant que la région du Golfe n’est pas affectée

Liban - Interview Dans un entretien avec « L'Orient-Le Jour », un expert de la banque britannique Standard Chartered a analysé la situation économique dans la région ainsi qu'au Liban, à l'ombre des troubles qui secouent le Moyen-Orient depuis plusieurs mois.
25/03/2011
Les bouleversements politiques sans précédent que connaît le Moyen-Orient depuis un certain temps risquent d'avoir de lourdes retombées sur les économies de la région ainsi que sur les intérêts des Libanais, notamment en cas de propagation du phénomène de contestation aux pays du Golfe. Plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d'expatriés sont en effet répartis dans ces pays d'où provient la majeure partie des investissements et des transferts de capitaux. Une éventuelle dégradation de la situation dans ce denier réduit sécurisé du monde arabo-musulman risque ainsi de plomber l'économie libanaise, déjà ternie par un interminable bras de fer politique qui oppose deux camps sur la scène locale.
Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que les prévisions de croissance pour le Liban ont été récemment revues à la baisse par plus d'une instance internationale. Dans une note publiée cette semaine, la banque britannique Standard Chartered a ainsi abaissé ses pronostics pour le Liban, prévoyant une croissance de 5,5 % en 2011 contre 6,5 % initialement. Cette correction a été notamment attribuée à la détérioration de l'environnement politique et à l'incertitude engendrée par le retard dans la formation d'un nouveau cabinet. « Plusieurs questions majeures, dont celle liée au Tribunal spécial pour le Liban (TSL), demeurent en outre en suspens (...). Tout ceci est de nature à assombrir les horizons économiques, d'autant que l'économie locale dépend largement du secteur volatil des services », a indiqué la banque. « Il n'en demeure pas moins que l'économie libanaise devrait se montrer encore une fois résiliente, notamment grâce à la solidité du secteur bancaire et aux importantes réserves de la Banque centrale », a toutefois souligné le rapport.
De passage au Liban, Philippe Dauba-Pantanacce, économiste senior au sein de la banque et spécialiste de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA), est revenu sur ce rapport, s'attardant, en parallèle, au cours d'un entretien avec L'Orient-Le Jour, sur les risques encourus par les divers pays, à l'ombre des troubles qui secouent la région. « Le bilan est jusque-là mitigé (...). Dans les pays ayant été le théâtre de renversement de régime ou de heurts particulièrement violents, la situation économique s'est bel et bien dégradée (...). Un retour à la normale a toutefois été noté dans certains de ces pays, à l'instar de l'Égypte (...). En outre, d'autres pays, comme la Libye, se nourrissent exclusivement de leur économie rentière (...). Ils n'encourent donc pas le risque d'une contraction majeure, vu l'absence de diversification sectorielle (...) », explique-t-il à cet égard.
Quant à la région du Golfe, le tableau n'est pas moins contrasté. À Bahreïn, par exemple, qui témoigne non seulement de mouvements de protestation internes mais fait également l'objet d'ingérences externes, vu son importance géostratégique, la croissance a été frappée de plein fouet. « Cette situation a toutefois profité à certaines monarchies des Émirats arabes unis (EAU), notamment Dubaï qui avait déjà érodé la position de Bahreïn comme hub financier dans la région », précise Philippe Dauba-Pantanacce.
« Les pays du Golfe (à l'exception de Bahreïn) continuent d'ailleurs de profiter d'une stabilité politique, couplée à une croissance de leurs revenus (...). Celle-ci a été favorisée par la hausse des cours mondiaux de pétrole mais aussi par l'augmentation de la production pétrolière, laquelle se répercute positivement sur l'ensemble de l'économie (supply-driven growth) », explique-t-il.

Le Liban : quel impact ?
Quant au Liban - qui importe la quasi-totalité de ses besoins énergétiques et dont l'économie repose largement sur le secteur tertiaire et les transferts d'émigrés -, « il pourrait être affecté dans une certaine mesure par ces changements régionaux, mais il n'encourt pas de risque majeur tant que les pays du Golfe n'ont pas été touchés » par le phénomène de contestation, estime l'expert.
« Une grande partie de la diaspora libanaise réside en Arabie saoudite, au Qatar et aux EAU, qui font jusque-là figure d'exception (...). Le Liban pourrait même profiter de la croissance que connaissent, paradoxalement, certains de ces pays », en termes d'afflux de capitaux et de dépenses touristiques, ajoute-t-il. « En revanche, le pays du Cèdre pourrait pâtir du ralentissement économique d'autres pays de la région ainsi que de la hausse des cours mondiaux du pétrole », poursuit-il.
Outre les retombées négatives sur l'inflation et le pouvoir d'achat des citoyens, la nouvelle flambée des prix risque en effet de creuser davantage le déficit de la balance courante et de porter préjudice aux finances de l'État, fragilisées déjà par les importants transferts au secteur énergétique.
Pour Phillipe Dauba-Pantanacce, les facteurs domestiques demeurent toutefois ceux qui pèsent le plus dans la balance. « Le Liban constitue à cet égard un cas particulier, voire même un paradoxe (...). En effet, son économie, en dépit d'une structure fortement dépendante de l'extérieur, est largement conditionnée par l'évolution de la conjoncture politique locale (...). Au pic de la crise internationale, qui avait emporté dans son sillage les pays du Golfe, le Liban avait en effet réussi à enregistrer les taux de croissance les plus élevés de son histoire récente, grâce à une relative stabilité, engendrée par la signature des accords de Doha », souligne-t-il.
Les dirigeants et les responsables libanais sont-ils conscients de ces réalités et de la nécessité cruciale de sanctuariser les intérêts des Libanais dans ce contexte particulier de tourbillon régional ? Rien (malheureusement) n'est moins sûr.

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