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Liban

La byzantine Anastasis serait-elle aux pieds de la cathédrale Saint-Georges des grecs-orthodoxes ?

Archéologie La cathédrale Saint-Georges des grecs-orthodoxes repose sur les vestiges de cinq églises, dont (peut-être ?) la byzantine Anastasis. Créée grâce aux efforts soutenus de Mgr Élias Audi et de Ghassan Tuéni, la crypte archéologique, qui révèle l'histoire des lieux, sera inaugurée le 3 janvier. Un événement exceptionnel qui fera date dans l'histoire du patrimoine.
May MAKAREM | OLJ
28/12/2010
Le chantier de consolidation et de restauration de la cathédrale Saint-Georges des grecs-orthodoxes, place de l'Étoile, a conduit à la réalisation d'une fouille qui fut menée en 1994 et 1995 par Leila Badre et son équipe du musée de l'Université américaine de Beyrouth (AUB), en collaboration avec les deux archéologues Nadine Panayot et Rita Kalindjian. L'opération avait pour principal objectif de localiser l'emplacement de l'Anastasis (460 de notre ère), qui « selon les textes anciens était située à proximité de l'École de droit ». « Or on sait que cette dernière est quelque part dans cette zone », souligne Leila Badre, indiquant qu'outre le fragment du Cardo Maximus (grand axe de circulation) exposé in situ dans le salon de la cathédrale, les vestiges ont révélé un site religieux chrétien où se sont superposées depuis l'époque byzantine six églises : une datant du Ve siècle ; une autre du XIIe siècle ; et en démontant l'autel de l'actuelle cathédrale, les archéologues découvrent successivement trois autels antérieurs à celle-ci.
Leila Badre, chef de la commission scientifique, résume l'histoire comme suit : l'église byzantine a été détruite par le tremblement de terre de 551 ; la médiévale a perduré jusqu'en 1759 avant d'être violemment secouée par un nouveau séisme, puis détruite pour être reconstruite, en 1764, avec une seule voûte (sans la forme cruciforme). Elle est dédiée à saint Georges, patron de la ville. En 1772, une église à trois nefs (plan en croix) est bâtie. L'iconostase est placée par Younès Nicolas al-Jubaily (Abou Askar). Deux autels, ceux de saint Élie et de saint Nicolas, y sont ajoutés avant qu'une nouvelle phase, comprenant l'agrandissement de l'église vers l'est, et le rajout du clocher, ne suive (... )
Pour offrir aux visiteurs une approche bien précise du site, une présentation virtuelle en 3D reconstitue les six églises qui se sont superposées au cours des siècles. Bien mieux, pour valoriser ce site exceptionnel et permettre de l'explorer, la crypte de la cathédrale a été agencée en musée archéologique, financé par la Fondation Jacques et Nayla Saadé. La muséographie pertinente, presque sans lumière, jouant de l'impression de labyrinthe onirique pour nous plonger dans l'atmosphère du sacré, a été conçue par Leila Badre et Yasmine Makaroun Bou Assaf. On passe vertigineusement d'une période à l'autre en empruntant des passerelles qui surplombent 316 m2 de fouilles ponctuées de panneaux explicatifs dotés d'une minuterie, dispositif servant à éclairer uniquement le vestige devant lequel s'arrête le visiteur. Par ailleurs les divers objets archéologiques exhumés lors de la fouille - notamment une tête hellénistique en terracotta, des croix et des médailles de bénédiction du XIIe et du XIIIe siècles, des fusaïoles en os et des lampes hellénistiques et mamelouks - ont été logés dans deux vitrines placés à l'entrée du musée. Un point faible - hélas - pour cette belle réalisation : aucune voie accessible n'est aménagée pour les personnes handicapées !

Des siècles d'histoire à vos pieds
Au sein du musée, une panoplie de matériels, notamment une manche de brasero représentant la tête de Silenus, dieu du vin, et des lampes à huile attestent de l'occupation des lieux à la période hellénistique.
De la période romaine, lorsque Beyrouth devient colonie sous le nom de colonia Julia Augusta Felix Berytus et abrite une célèbre École de droit, reconnue pour dispenser la meilleure formation juridique de l'empire, les excavations n'ont révélé qu'une base de colonne du Cardo qui borde la rue ; les restes de briques circulaires d'un hypocauste ; un égout collecteur pour évacuer les eaux et un sarcophage en terre cuite.
Le IVe siècle après J-C fait entrer l'Orient romain dans une nouvelle période historique, celle de la domination byzantine qui se perpétue en Phénicie jusqu'à la conquête musulmane. Le christianisme conquiert alors une position officielle et exclusive. De cette période, deux bases de colonnes et un sol en mosaïque ont été exhumés. Selon Leila Badre, la qualité de la mosaïque suggère une provenance prestigieuse, peut-être l'église de l'Anastasis ? D'une part, la mosaïque a été datée par un grand spécialiste français comme étant du Ve siècle; d'autre part, elle est particulière à une église et son motif de guirlandes et de feuilles a été repris dans toute la cathédrale saint Georges depuis le XVIIIe siècle. « Cependant, pour confirmer scientifiquement cette découverte, il faut trouver l'abside », signale la directrice du musée de l'AUB. Poussant les fouilles avec son équipe, ce n'est toutefois pas l'abside qu'elle découvre, mais un mur byzantin (période plus tardive) qui a cassé la mosaïque du Ve siècle, et une nouvelle mosaïque à motifs géométriques qu'« on pourrait situer à la limite nord de l'Anastasis ». Ce sont donc deux mosaïques superposées que les visiteurs de la crypte auront le privilège d'admirer.
Quant au chapitre médiéval, il donne à voir une nécropole construite en pierre « ramlé », renfermant 25 tombes. Dans l'une repose un squelette mâle avec une flèche en bronze posée sur sa poitrine et une tiare du même métal sur la tête. « Même des spécialistes français du médiéval n'ont pas pu préciser si la tiare, qui porte encore des traces de tissu, appartenait à un curé ou à un soldat », relève Leila Badre, ajoutant aussi que les nombreux clous trouvés indiquent que les morts reposaient dans des cercueils en bois, la tête en direction de l'ouest.
La période médiévale a dévoilé également une église présentant une abside, une absidiole, un mur extérieur (le chevet), quatre piliers dont l'un porte les traces d'une fresque datant de la fin du XIIe-début XIIIe siècle. L'église a conservé une partie de son dallage ainsi que les murs est et ouest qui ont permis d'évaluer sa longueur à 21 mètres. Plus tard, à l'époque des Mamelouks, une douzaine de tombes en pierre « ramlé » ont occupé les limites est et nord de ce lieu de culte. À côté de chaque squelette a été trouvée une lampe à huile. Une seule tombe a été conservée in situ.
Les archéologues ont également déterré un système de canalisation et un caveau datant de la période ottomane portant l'inscription suivante : « Youssef ibn Abdallah el-Berbéri a renové ce tombeau, en 1761 ». Un peu plus loin, cerise sur le gâteau, la fouille a révélé la tombe d'une dame enterrée avec des bagues aux orteils et parée de boucles d'oreille et d'un collier en cornaline.
C'est dire que le sous-sol n'a pas fini de vomir ses trésors archéologiques. Ce n'est pas Pompéi certes, mais c'est tout comme, à l'échelle libanaise. Pourvu que ces efforts pour dégager la richesse de notre patrimoine historique nourrissent notre culture. Bravo !

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