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Économie

« Affaire » du câble IMEWE : les considérations politiques prennent le pas sur l’intérêt général

Liban - Télécoms Le report de la cérémonie d'inauguration, à Beyrouth, du câble sous-marin IMEWE - un mégaprojet d'un coût total d'un demi-milliard de dollars, reliant l'Inde à l'Europe - a dévoilé au grand jour les dessous de la cuisine interne libanaise. Entre accusations et contre-accusations, c'est l'aboutissement d'un projet-clé de la modernisation de l'infrastructure Internet qui risque d'être compromis.
06/12/2010
C'est désormais un nouveau round dans l'interminable bras de fer à caractère politique qui oppose le ministère des Télécoms à la direction de l'opérateur national du réseau fixe, Ogero.
Le récent report de la cérémonie d'inauguration, prévue à Beyrouth, d'un des systèmes de communication par câble sous-marin les plus importants dans le monde, IMEWE (India Middle East Western Europe), a en effet fait planer une ombre supplémentaire sur le processus de modernisation de l'infrastructure de communication dans le pays, et plus spécifiquement sur la poursuite d'un des projets majeurs de déploiement de l'Internet haut débit, encore boîteux au Liban.
Depuis 2007, le pays du Cèdre participe en effet au projet de construction de ce câble qui relie l'Inde à l'Europe, en passant par le Liban, et auquel participe neuf opérateurs de différentes nationalités. Ce projet, d'un coût total d'environ un demi-milliard de dollars, devrait permettre au Liban, qui y a investi à hauteur de quelque 50 millions de dollars, d'élargir sa capacité de bande passante jusqu'à 120 gigabits, contre une capacité actuelle de moins de trois gigabits et de contribuer ainsi à accroître de manière substantielle la vitesse de connexion Internet.

Accusations et contre-accusations
Dans les faits, le ministre des Télécoms, Charbel Nahas, a reçu vendredi dernier une lettre du directeur du comité du consortium responsable du projet du câble IMEWE, l'informant du report à une date ultérieure de la cérémonie d'inauguration de ce projet, prévue initialement à Beyrouth le 13 décembre. Dans son courrier, ce dernier avait évoqué « des imprévus », sur le plan technique, ayant abouti à ce report...
Cette lettre avait suivi celle envoyée par le ministre Nahas, quelques jours plus tôt, informant la direction du consortium d'une décision ministérielle destituant Ogero de sa fonction de représentant du ministère des Télécoms au sein du consortium (sachant que ce dernier avait été désigné comme tel en vertu d'une décision prise en Conseil des ministres le 9 octobre 2007), et attribuant à la direction de la construction et de l'équipement relevant du ministère la tâche d'assurer le relais.
Durant les dix jours précédant l'envoi de cette lettre, un échange de mémorandums particulièrement acerbes entre les deux parties avait eu lieu, selon des sources concordantes. Le ministre Nahas avait notamment accusé l'opérateur national d'usurpation (en s'appropriant, selon lui, l'identité d'investisseur et d'opérateur dans le projet IMEWE), et d'avoir failli à sa fonction de mandataire. Il l'a également accusé de n'avoir pas avisé le principal actionnaire du projet (le ministère des Télécoms) de l'avancée des préparatifs liés à la cérémonie d'inauguration, lui lançant un ultimatum de moins de 24 heures pour lui soumettre le dossier concerné.
Selon un haut responsable d'Ogero, « l'opérateur national avait alors répondu au ministre par le biais d'une lettre dans laquelle il a rejeté en bloc toutes ces allégations injustes et injustifiées (...) ». « En effet, au lendemain de la décision prise par la direction du consortium, en juillet 2009, d'organiser cet événement à Beyrouth, nous avions informé le ministre du résultat (...). Une autre lettre avait également été envoyée à ce sujet en mars 2010 », a-t-il précisé.
Depuis, aucune correspondance n'a toutefois eu lieu, selon le ministre Charbel Nahas. « Suite à cette dernière lettre, à laquelle j'avais répondu favorablement, demandant à Ogéro d'entamer les préparatifs nécessaires, je n'ai plus rien reçu (...) », a-t-il indiqué dans un entretien à L'Orient-Le Jour. Selon lui, outre cet écart relevant de la forme, plusieurs manquements de fond ont ponctué le travail d'Ogero depuis l'adhésion du Liban au consortium en 2007. « Aucun contrat avec les deux directions générales du ministère - à savoir la direction de l'équipement et de la construction et celle des opérations et de la maintenance - n'a, par exemple, été conclu dans le cadre du projet IMEWE (...). Cela était pourtant stipulé dans la décision du Conseil des ministres il y a trois ans », a-t-il précisé. « Ogero s'est comporté et continue d'agir comme une entité indépendante, dépassant ses prérogatives dictées par la loi », a-t-il poursuivi.
Interrogé à ce sujet, un haut responsable d'Ogero a catégoriquement réfuté ces « accusations infondées ». « Durant la première phase, au cours de laquelle un contrat devait être conclu entre Ogero et la direction générale de l'équipement et de la construction, une décision (n° 224, datant du 5 mai 2008) avait été prise en Conseil des ministres d'accorder directement à Ogero une avance de 45 millions de dollars dans le but d'accélérer le processus (...). Quant au deuxième contrat, portant sur la phase opérationnelle, il fallait attendre la fin des travaux de construction du câble et la cérémonie d'inauguration », a-t-il ironisé.
Quoi qu'il en soit, la « décision unilatérale prise par le ministre de destituer Ogero de sa fonction, communiquée directement au directeur du consortium, K. P. Tiwari, va à l'encontre du travail ministériel et à la décision prise par le gouvernement au sujet du projet IMEWE en 2007 », a-t-il ajouté.
« Le ministre Nahas mène d'ailleurs une guerre injustifiée contre Ogero depuis son entrée en fonctions. Non seulement il a décidé d'annuler les trois principaux contrats entre nous et le ministère, renouvelés chaque année de manière systématique, mais également de nous payer cette année au compte-gouttes (...). Nous avions en effet encaissé jusque-là moins de 40 milliards de livres, alors que la somme approuvée par le gouvernement pour les six premiers mois de l'année s'élève à 100 milliards de livres », a-t-il conclu.

L'économie, premier perdant
Conflits d'intérêts ou volonté de torpillage politique, l'incident du câble IMEWE n'a fait que confirmer, encore une fois, l'existence d'un problème réel dans la gestion d'un des secteurs les plus porteurs de l'économie nationale. Ces dissensions internes étaient apparues au grand jour à plusieurs reprises au cours des dernières années, avec, entre autres, la démission, sur fond de tensions, de l'ancien secrétaire général de l'Autorité de régulation des télécoms (ART), Kamal Chéhadé.
Cet incident risque en tout cas de retarder l'avancement des travaux liés à ce projet d'envergure, qui devrait largement bénéficier au Liban, épinglé par plus d'un organisme pour son retard dans la mise en place de l'Internet haut débit (broadband).
En effet, selon un rapport de l'Union internationale des télécommunications (UIT), le Liban est arrivé à la 121e place mondiale en termes de pénétration de l'Internet en 2009 (sur 233 pays). Selon l'UIT, le taux de pénétration Internet au Liban avait atteint 23,68 % l'an dernier, contre un taux moyen de 28,14 % dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA).
Rappelons en outre que, selon une étude récente de la Banque mondiale, toute augmentation de 10 % du taux de pénétration du broadband d'un pays entraînerait une hausse de plus de 1 % de son PIB. Au Liban, cela équivaut à la création de quelque 400 millions de dollars de richesses supplémentaires...

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