Législatives : juin 2009 - Pour aller plus loin

Majorité et opposition haussent le ton avant la seconde désignation de Hariri

La situation
15/09/2009
Avec le début ce matin des consultations parlementaires contraignantes au palais présidentiel de Baabda, le paysage politique donne une impression de déjà- vu. Avec quelques nuances toutefois, puisque selon toute probabilité, Saad Hariri qui devrait être désigné demain n'obtiendrait pas les voix du bloc Berry. Le président du Parlement, qui a présidé hier une réunion de son groupe, a décidé en effet de poser deux conditions à la désignation de Saad Hariri : son engagement à former un gouvernement d'entente nationale et à se conformer à la formule 15-10-5. Or, selon ses propres discours, le chef du Courant du futur semble préférer garder toutes les options ouvertes, notamment celles de la formation d'un gouvernement de pôles politiques (six ministres : un maronite, un grec-orthodoxe, un grec-catholique, un sunnite, un chiite et un druze) ou d'une équipe de technocrates, qui bénéficierait de l'appui des groupes politiques sans y être directement impliqués. Ce qui contribuerait à réduire la tension dans le pays.
C'est dire que la seconde désignation de Saad Hariri (qu'on appelle déjà Hariri 2) se ferait dans un climat différent de celle du 27 juin, qui baignait dans la béatitude du réchauffement des relations entre Damas et Riyad. Le général Michel Aoun a d'ailleurs affirmé à l'issue de la réunion de son bloc parlementaire que cette désignation se fait sous le signe du désordre, accusant M. Hariri de vouloir la confrontation, non la solution.
De leur côté, les députés membres du Bloc du futur ont protesté contre les conditions posées par Nabih Berry, rappelant que lorsque le bloc Liban d'abord a voté en sa faveur à la tête de l'Assemblée, il l'a fait sans restriction, alors qu'il avait beaucoup de réserves sur l'exercice de la présidence de la Chambre au cours des deux dernières années. Ces députés estiment donc que les conditions posées par Berry n'ont pas lieu d'être et ne servent qu'à envenimer le climat général, au lieu de favoriser la solution.
La journée d'hier, précédant le début des consultations parlementaires, a donc été marquée par une montée du ton de part et d'autre. Seul le leader du PSP Walid Joumblatt a continué à exhorter au dialogue et à la raison, rappelant qu'il faut à tout prix former un gouvernement d'union nationale pour mettre le Liban à l'abri des remous externes et d'éventuels développements régionaux peu encourageants. M. Joumblatt poursuit d'ailleurs avec brio sa performance d'équilibriste, tenant un discours proche des thèses de l'opposition, au sujet notamment du blocage qu'il attribue implicitement aux États-Unis, et demandant parallèlement à son bloc parlementaire (11 membres) de confier à Saad Hariri la mission de former le gouvernement. Même position ambigüe pour le Tachnag, qui tout en étant officiellement dans l'opposition, avait déclaré que Saad Hariri lui paraissait le mieux qualifié pour assumer la responsabilité du prochain gouvernement. Mais il n'y a en réalité rien d'étonnant, le parti Tachnag ayant été généralement favorable au consensus.
À part ces deux « passerelles » entre la majorité et l'opposition, les positions semblent se radicaliser, au point que les Libanais se demandent par quel miracle « Hariri 2 » serait en mesure de former un gouvernement, alors que « Hariri 1 » a échoué malgré les fées qui s'étaient penchées sur son berceau. Des analystes relativement neutres affirment que les propos incendiaires ne servent qu'à envenimer le climat, mais que les deux camps savent que si un gouvernement doit être formé, il ne peut qu'être d'entente nationale, car sans les voix du bloc de Joumblatt, la majorité n'a pas la possibilité de former seule un cabinet. Toutes les formules de rechange ne peuvent pas se concrétiser tant que l'opposition restera attachée aux 15-10-5. L'impasse est donc totale et le Liban entre dans une phase de quasi-coma politique en attendant les signaux de déblocage qui viendraient de l'extérieur. La lueur pourrait venir de la prochaine session de l'assemblée générale des Nations unies où des réunions importantes pourraient se tenir, puisque l'espoir placé dans les cérémonies d'ouverture de l'Université Abdallah ben Abdel-Aziz en Arabie saoudite s'est évaporé depuis que Bachar el-Assad a annoncé qu'il n'y participerait pas.
Soucieux de leur souveraineté, les Libanais, ou du moins la classe politique, semblent incapables de la concrétiser, le principal souci étant désormais d'éviter les dérapages sur le terrain.

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