Liban

Face au tribunal, le chantage du Hezbollah

Opinion
31/07/2009

Par Farès Souhaid
Ancien député Coordinateur du secrétariat du 14 Mars

 

Pendant longtemps, les chrétiens libanais ont brandi le slogan de la liberté dans leur discours politique, accusant d'une manière indirecte leurs compatriotes musulmans de vouloir imposer des limites à un tel concept. Pendant longtemps aussi, l'islam politique libanais a adopté le thème de la justice pour réclamer des droits constitutionnels monopolisés autrefois par les représentants de la communauté chrétienne.
La liberté semblait ainsi être le credo des chrétiens, la justice celui des musulmans. L'échelle de valeurs s'étant effondrée pendant la guerre civile, les deux concepts n'ont pas résisté au cycle infernal de la violence et du clivage communautaire. Les régions contrôlées par les deux camps ont été épurées de toute présence de « l'autre », de sorte que toute sorte de liberté politique en milieu chrétien et toute sorte de justice en milieu musulman ont été abolies. Les points de repère de la société dans son ensemble étaient perdus. Le bouleversement social causé par la guerre, l'introduction de la culture de la violence, l'habitude acquise par le citoyen de vivre et s'organiser sans l'aide d'un État régulateur, la fuite massive des Libanais vers l'étranger... tous ces facteurs ont contribué à l'émergence de nouveaux concepts au sein de notre société : c'est ainsi qu'être « magouilleur » est devenu admis pour s'assurer une réussite sociale, voire politique. Sous prétexte de survivre, les pires méthodes utilisées pour s'affirmer trouvaient justifications. Un profond sentiment d'incapacité, de passivité a pris le dessus. Ceux qui s'opposaient à cette nouvelle manière d'être se contentaient de se réunir, de dénoncer les irrégularités et les exactions, sans aller plus loin.
Il a fallu des circonstances politiques exceptionnelles, celles qui ont précédé la révolution du 14 Mars, pour commencer à espérer qu'un changement se profile à l'horizon. C'est en effet l'assassinat de Rafic Hariri qui a donné le coup d'envoi à une révolution pacifique et démocratique. Et pour la première fois depuis le début de la guerre, les Libanais ont reparlé de liberté et de justice. Il fallait se libérer de la tutelle syrienne, recouvrer l'indépendance et demander justice face aux assassinats politiques. Les Libanais avaient, sans le savoir, entamé un plan d'action qui visait à la remise en place de leur échelle de valeurs initiale.
Aujourd'hui, le Hezbollah nous ramène à la case départ. En effet, en prévention d'une accusation directe ou indirecte portée à son encontre par le tribunal international, il commence à préparer les moyens de sa défense et a recours au chantage, obligeant les Libanais à choisir entre la stabilité et la justice. Le Liban a déjà vécu ce genre de situation auparavant. Le leader palestinien Abou Ammar avait accusé la République libanaise de se désengager de sa cause et avait réussi, avec l'aide de la gauche libanaise, à soumettre les Libanais à un choix : soit la stabilité sécuritaire, soit le renoncement progressif à la souveraineté nationale. Nous avons alors assisté à la création du « Fatehland » et à la mainmise de la Résistance palestinienne sur l'État libanais.
Ce fut ensuite au tour des milices - chrétiennes et autres - de nous imposer le choix entre la soumission à leurs théories politiques ou l'instauration du chaos au sein de chaque communauté. Il en fut de même des Syriens qui nous ont imposé le choix entre la mainmise territoriale et politique ou le retour à la guerre intercommunautaire.
C'est au tour du Hezbollah, aujourd'hui, de nous ramener vers ce sombre passé par la voix de son secrétaire général Hassan Nasrallah : soit, dit-il, nous passons outre au verdict du tribunal international, soit c'est le retour au chaos du 7 mai dernier. Quelle serait la réaction des responsables face à cette situation ? Sous couvert de pragmatisme politique, de réalisme et d'équilibre de forces, nombre d'entre eux, et non seulement Walid Joumblatt, seraient tentés de renoncer à l'application de la justice, sous prétexte qu'elle serait le détonateur d'un nouveau cycle de violence au sein de notre société. D'autres, au contraire, insisteraient pour mettre en place une fois pour toutes les jalons d'une justice qui serait à la base de la création d'un phénomène d'entraînement à tous les niveaux.
Une troisième position sera-t-elle adoptée par la société civile ? De celle-ci dépendrait la défense de nos critères moraux. Arrondir les angles sous couvert de stabilité, oublier, arriver même à revendiquer l'abolition du tribunal : tel est le programme que nous réserve le Hezbollah dans les mois à venir. Il nous est demandé à nous tous de continuer la lutte que nous avions commencée ensemble le 14 mars 2005. Ce mouvement n'avait pas attendu le directoire politique pour s'insurger, il avait dépassé les petits calculs, les intérêts des uns et des autres. Nous sommes appelés aujourd'hui à poursuivre une bataille que nous avions volontairement initiée pour remettre une fois pour toutes le Liban sur les rails.

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