Liban

Marjeyoun-Hasbaya, une bataille de poids et de scores…

N'était l'activité incessante des candidats de la liste de l'opposition, le caza de Marjeyoun-Hasbaya semblerait hors du temps électoral. Les portraits des candidats et les affiches visant à inciter les électeurs à se rendre aux urnes sont quasi inexistants. Il est clair que dans ce caza, les 5 sièges à pourvoir, deux chiites, un grec-orthodoxe, un sunnite et un druze, sont pratiquement assurés d'être occupés dès le 8 juin par les candidats de la liste d'opposition.
05/06/2009
Il s'agit d'une alliance entre le Hezbollah, dont le candidat Ali Fayad se présente comme celui de la Résistance, le mouvement Amal qui présente Ali Hassan Khalil, bras droit du président de la Chambre Nabih Berry, le PSNS qui présente son candidat de toujours le chef actuel du parti Assaad Hardane, le parti Baas qui présente Kassem Hachem et le candidat druze consensuel Anouar el-Khalil. Cette liste est pratiquement la même que celle de 2005, seul le candidat du Hezbollah ayant changé à la suite d'une décision interne du parti.
La tempête des quatre dernières années ne semble pas avoir soufflé sur cette région qui n'a même pas vu un changement dans le nom du candidat chrétien en dépit du document d'entente signé en 2006 entre le Hezbollah et le CPL du général Michel Aoun. Si près de la frontière et dans une région constamment menacée par Israël, le Hezbollah ne songe pas à modifier les équilibres existants. Priorité donc à la Résistance et rien qu'à elle. Il y a bien sûr une liste du 14 Mars comprenant Mounif Khatib, un proche de l'ancien président de la Chambre Kamel el-Assaad, l'ancien président de la CGTL, Élias Abou Rizk, devenu un infatigable opposant à Nabih Berry, et enfin le candidat Adnane Abboud. Face à ces deux listes, le candidat Ahmad el-Assaad se présente seul et n'a visiblement pas de grandes chances de réaliser une percée. Non seulement les voix de l'opposition sont dispersées, mais les électeurs chiites sont encore massivement favorables à l'alliance entre le Hezbollah et Amal. Pour le candidat Ali Fayad, il ne s'agit là en fait que de l'expression de l'appui dont bénéficie la Résistance dans cette région. Selon lui, les électeurs de ce caza ont choisi clairement leur option et elle est en faveur de la lutte contre Israël.
Tous les pronostics font donc état d'une victoire évidente et facile de la liste de l'opposition. Mais la bataille est avant tout une bataille de poids et de principe. Pour la liste du 14 Mars, il est important de montrer qu'une autre option existe même chez les électeurs chiites du Sud et que la Résistance ne fait pas l'unanimité. Il s'agit donc pour ses candidats, non pas de remporter la victoire, mais d'obtenir un score suffisamment important pour inquiéter l'alliance Hezbollah-Amal-PSNS-Baas et constituer une base de travail pour les années à venir en sapant la popularité du Hezbollah. Quant à Ahmad el-Assaad, qui est pratiquement contre tout le monde, et qui a d'ailleurs été violemment combattu par toutes les parties en place, il s'agit d'une victoire existentielle pour montrer qu'il constitue une option et une force crédibles.
À Marjeyoun-Hasbaya, la bataille est donc d'ordre politique et symbolique. Pour le 14 Mars, il est important de surveiller les scores enregistrés par la liste de l'opposition et de voir s'ils sont moins importants que ceux de 2005. Ce qui serait la preuve, pour ce camp, que l'option de la Résistance mobilise moins les habitants et que la popularité du Hezbollah est en train de baisser même dans les rangs chiites et surtout au Sud dans la région la plus exposée aux agressions israéliennes.
Le Hezbollah, lui, se montre confiant et affirme que les électeurs se rendront massivement aux urnes pour montrer justement que la Résistance est toujours leur option principale. Selon le parti chiite, même dans la bourgade sunnite de Chebaa et les villages avoisinants, on s'attend à une plus grande affluence des électeurs. 20 % d'entre eux ont voté en 2005. Cette année, ils devraient être 40 %. Dans les villages chrétiens, comme notamment Marjeyoun et Kleya, l'affluence est généralement faible, car beaucoup d'habitants vivent à l'étranger. Cette année encore donc, le vote chrétien ne sera pas impressionnant dans ce caza où le candidat grec-orthodoxe Assaad Hardane est quasiment assuré de la victoire, porté par les votes chiite et sunnite. Il pourrait y avoir un vote chrétien plus important qu'en 2005, mais les candidats des deux camps ne misent pas trop sur un phénomène d'affluence chrétienne.
Reste la bourgade de Hasbaya qui, elle aussi, est traditionnellement engagée aux côtés de la Résistance. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le chef du PSP Walid Joumblatt s'est rendu le week-end dernier dans la région et a appelé les électeurs druzes à voter en faveur des candidats de la liste de l'opposition, Ali Hassan Khalil et Anouar el-Khalil. Cette attitude s'inscrit dans le cadre de la politique d'ouverture du leader druze, mais selon le Hezbollah, avec ou sans ses encouragements, les électeurs druzes de la région accorderont leurs suffrages à la liste de l'opposition. Justement un des compromis conclus dans la formation des listes a consisté dans l'adoption de la candidature d'Anouar el-Khalil agréé par Joumblatt et l'opposition pour le siège druze du caza, alors que l'alliance Amal-Hezbollah aurait pu choisir un candidat proche de ses propres alliés druzes. Cette démarche avait d'ailleurs soulevé des critiques dans les rangs de l'opposition, mais finalement l'option de l'ouverture en direction de Joumblatt et de la tendance à calmer le jeu, sur la base de la nécessité d'éviter les batailles inutiles, l'a emporté.
En résumé, Marjeyoun-Hasbaya connaît pratiquement déjà l'identité de ses 5 représentants au Parlement, mais tout se jouera dans les scores et dans le taux d'affluence des électeurs. C'est la raison pour laquelle les candidats de la liste de l'opposition multiplient inlassablement les rencontres avec les électeurs dans toutes les localités du caza, conscients que l'enjeu pour eux est d'obtenir des chiffres plus importants qu'en 2005, chez les électeurs chiites, mais aussi chez toutes les autres composantes de la société libanaise, dont ce caza est un modèle exemplaire avec ses électeurs sunnites, druzes et chrétiens. Le mot de la fin appartient en tout cas aux électeurs...

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Les messages internes de Nasrallah et leurs différentes interprétations

Pause verte de Suzanne BAAKLINI

Déchets : de l’urgence de sortir de l’improvisation et d’instaurer un vrai débat

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants