Hors piste

Le paradoxe étatique du Hezbollah

Le démantèlement par les forces de l'ordre de plusieurs réseaux d'espionnage pour le compte des services de renseignements israéliens est sans le moindre doute un véritable exploit, une victoire réelle remportée par l'État contre cet ennemi historique et fondamental du Liban moderne qu'est Israël.
Le nombre élevé de personnes arrêtées et inculpées dans le cadre de cette affaire, la diversité de leurs appartenances régionales et confessionnelles et le haut rang de certaines d'entre elles attestent de l'efficacité et du professionnalisme dont ont fait preuve à cet égard les renseignements généraux des FSI et de l'armée ainsi que la Sûreté générale. Il s'agit aussi d'autant de preuves que l'État et ses institutions sont le seul véritable rempart du pays face aux agressions à répétition de l'ennemi israélien. En tant qu'unique cadre fédérateur des Libanais et garant de leur pluralité, l'État est non seulement capable de réfuter sur le plan politique l'intégralité des paradigmes sionistes fondés sur le racisme, l'obscurantisme et l'exclusion, il a aussi les moyens de combattre l'ennemi directement sur le terrain et de défendre le pays face aux agressions israéliennes, lorsqu'on lui laisse la voie libre et qu'on lui permet d'assumer ses responsabilités en matière de sécurité et de défense.
Or, c'est rarement le cas, et l'État est souvent concurrencé sur le territoire de ses compétences régaliennes par des parties dont la légitimité contestable n'est en aucun cas comparable à celle des institutions étatiques. L'on entend par là le Hezbollah qui définit régulièrement à l'État des lignes rouges qu'il lui interdit de franchir ou qui bloque le fonctionnement de ses institutions, pour le taxer ensuite de laxisme, d'incurie et de défaillance.
Ainsi, récemment, le chef du parti khomeyniste libanais, Hassan Nasrallah, tournait-il en dérision l'État libanais en affirmant qu' « il ne s'agit même pas d'un État digne de ce nom » et en déplorant sa « passivité » face aux prochaines manœuvres israéliennes.
Or, faut-il encore une fois le rappeler, l'État a été empêché pendant des décennies par le parti de Dieu et avant lui par ses alliés d'outre-frontières de déployer son armée dans le Liban-Sud, face à cet ennemi même que le Hezbollah appelle à combattre. Il en résulte que l'État a été amputé de ses prérogatives en matière de défense nationale par ceux-là mêmes qui lui reprochent aujourd'hui de ne pas avoir défendu le pays face aux attaques israéliennes.
De même, le Hezbollah et ses alliés ont bloqué la magistrature suprême, le gouvernement et le Parlement, et envahi le cœur de 
Beyrouth dès le lendemain de la guerre de juillet 2006 et jusqu'en mai 2008, paralysant l'ensemble de l'État. Dans un contexte d'immobilisme étatique et de crise politique aiguë, il va sans dire que les forces de l'ordre, dépassées par les événements, n'étaient aucunement en mesure d'honorer leurs responsabilités et de démanteler les réseaux d'espionnage pour le compte de l'ennemi israélien opérant sur le sol libanais. Et dès que le Hezbollah a levé - partiellement - le siège de l'État, les forces de sécurité ont réussi leur exploit spectaculaire des dernières semaines. Or, au lieu de s'en réjouir et de saluer la victoire des FSI et de l'armée sur les collaborateurs avec Israël, les médias et les intellectuels proches du 8 Mars font circuler toutes sortes de rumeurs à cet égard, prétendant que les renseignements généraux de Wissam Hassan se sont empressés d'arrêter les espions pour redorer leur blason en prévision d'une victoire de « l'opposition » aux législatives. De tels propos qu'encourage le parti de Dieu en coulisses ne font en réalité que discréditer l'État et affaiblir la capacité de résistance du Liban dans son ensemble face à Israël, capacité à laquelle le Hezbollah devrait pourtant être profondément attaché.
C'est dans ce paradoxe apparent que réside le cœur de la stratégie adoptée par le parti khomeyniste libanais à l'égard de l'État. Affaiblir l'État et lui reprocher sa faiblesse, bloquer l'État et le qualifier de laxiste, détruire l'État et prétendre qu'il est inexistant, entretenir le paternalisme et taxer l'État d'incompétence en matière de développement, telle est l'attitude du Hezbollah à l'égard de l'épine dorsale de la société libanaise.
Or, ce faisant, le parti ronge les fondements mêmes de la société libanaise, et l'expose à toutes sortes d'agressions israéliennes et d'ingérences étrangères. Il empêche également toute velléité de changement et de réforme d'aboutir à ses fins escomptées et noie le pays dans une sorte de pourrissement sur les plans social, économique et culturel qui ne profite qu`à ses ennemis. L'on ne peut pas imposer son hégémonie à la population et lui demander de résister à l'ennemi car la résistance est le fait d'hommes libres et unis défendant leur bien-être, et non une quelconque idéologie eschatologique. Il appartient aujourd'hui aux Libanais d'en convaincre ceux qui ne l'auront pas compris le 7 juin prochain, dans les urnes, par le suffrage universel qui est l'unique remède possible au paradoxe étatique du Hezbollah.

Le démantèlement par les forces de l'ordre de plusieurs réseaux d'espionnage pour le compte des services de renseignements israéliens est sans le moindre doute un véritable exploit, une victoire réelle remportée par l'État contre cet ennemi historique et fondamental du Liban moderne qu'est Israël.
Le nombre élevé de...

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