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Liban

Jamil Sayyed : « Si les responsables de ma détention démissionnent, je ne déposerai aucune plainte »

Sa première journée d'homme libre, après trois ans et huit mois de détention, le général Jamil Sayyed a voulu la passer avec ses amis et ses proches et tous ceux qui souhaitent le féliciter. Le grand salon de l'hôtel Coral Beach, à proximité de son domicile, a été ainsi ouvert pour ses nombreux visiteurs.
Dès dix heures, ceux-ci ont commencé à affluer, à leur tête l'ancien ministre Michel Samaha, rarement vu aussi souriant, l'ancien député Nasser Kandil, plus combatif que jamais, une délégation de députés du bloc Berry et du mouvement Amal, l'imam de Saïda, cheikh Maher Hammoud, le président de l'ordre des journalistes, Melhem Karam, et de nombreux proches, ainsi que des délégations de la Békaa qui n'ont pas voulu attendre le week-end que le général Sayyed doit passer à son domicile dans cette région.
Entouré de son épouse, de ses enfants et de ses frères, Jamil Sayyed semble très à l'aise et surtout très alerte, au courant de tout. Des officiers de l'armée et de la Sûreté générale viennent lui parler des derniers développements, certains évoquant l'envoi d'avions de type drone des États-Unis, d'autres parlent des mutations au sein de la troupe et lui écoute, corrige parfois les informations, comme s'il n'avait jamais été coupé de la vie politique et administrative pendant trois ans et huit mois. D'ailleurs, en le voyant, on dirait que le temps n'a pas passé. Si ses compagnons de détention ont l'air plus vieux, fatigués ou malades, lui reste impeccable, comme s'il avait passé tout ce temps dans son bureau. L'homme qui entretenait des rapports ambigus avec la presse, rencontrant les journalistes dans des endroits discrets, les accueille aujourd'hui à bras ouverts et ceux-ci n'en croient pas leurs yeux. Ils veulent tous lui poser des questions et lui arracher des interviews.
Selon le mot d'un proche, l'homme qui était « dans la cuisine médiatique est désormais au salon ». Son fils aîné, Malek, le poursuit le téléphone en main, c'est le président de la République Michel Sleiman qui est en ligne et souhaite le féliciter. Hier, c'était le général Michel Aoun et bien d'autres. Les coups de fil se suivent ainsi que les questions des journalistes.
Le général Sayyed trouve quelques minutes pour répondre à L'Orient-Le Jour, sans cesse interrompu par ses proches. Comment a-t-il passé sa première nuit après les trois ans et huit mois de détention ? « Je n'ai presque pas dormi. Je suis resté avec ma famille jusqu'à quatre heures du matin. J'ai dormi deux heures et me voilà », répond-il rapidement, précisant qu'il a du temps à rattraper.
Comment voit-il sa libération ? Ses détracteurs affirment qu'il reste suspect et qu'il pourrait être convoqué de nouveau à comparaître devant le TSL... « Évidemment, ils cherchent à tout prix à ternir l'importance de notre libération. L'opération a commencé avant même l'annonce de cette décision, par des propos tenus devant les journalistes par des députés et même par le ministre de la Justice Ibrahim Najjar. Mais cette méthode ne portera pas ses fruits. Le texte du juge de la mise en état ainsi que celui du procureur Bellemare sont clairs, puisqu'ils affirment que "les personnes détenues ne peuvent à ce stade être assimilées ni à des suspects ni à des accusés et ne remplissent pas les conditions de la liberté provisoire ou même de la liberté sous condition". Je ne vois pas dans ce cas comment il pourrait encore y avoir un doute sur notre innocence. »
Justement, dans le texte, il est dit « à ce stade », comme si on voulait laisser entendre que plus tard, une autre situation est possible ? La réponse fuse aussitôt : « J'ai été détenu pendant trois ans et huit mois. Les membres de la commission d'enquête internationale m'ont vu au cours des deux premiers mois de ma période de détention. Je n'ai plus eu aucune nouvelle d'eux pendant toute la période restante. S'il y avait des éléments nouveaux, ne croyez-vous pas qu'ils m'auraient interrogé ? Et si en près de quatre ans, aucun élément m'incriminant n'est apparu, comment pourrait-il apparaître maintenant ? Soyons sérieux et cessons de refuser de voir la réalité. Le procureur Bellemare lui-même a déclaré que les criminels sont encore en liberté et que nous ne sommes pas les suspects. Le juge de mise en état Fransen a adopté ce point de vue. Selon vous, qui faut-il croire ? Ces magistrats internationaux ou des parties politiques libanaises qui n'ont pas montré beaucoup de crédibilité dans le traitement de cette affaire ? »
Commentant les propos du premier président de la commission d'enquête Detlev Mehlis qui a déclaré hier qu'il détenait des éléments qu'il dévoilerait devant le TSL seulement, le général Sayyed s'est contenté de rappeler qu'il a intenté une action en justice contre Mehlis devant les tribunaux français. Il est catégorique et véhément au sujet de son innocence, considérant que plus rien ne peut désormais la remettre en cause.
Comment peut-il concilier son annonce de n'avoir aucune rancœur et sa détermination à poursuivre en justice les responsables de sa détention ? « C'est vrai, je n'ai pas de rancœur. Mais j'estime que ce qui s'est passé est très grave et au-delà de ma personne et de celle de mes compagnons, c'est tout le Liban et ses options qui étaient visés. C'est pourquoi, il faudrait prendre les mesures qui s'imposent pour qu'un tel crime ne soit pas réédité. Si les responsables de ces actes, notamment le procureur Mirza, les officiers, les politiciens et même les gens de l'information qui y sont impliqués présentent leur démission, je ne porterai plainte contre personne et le dossier sera clos. Mais s'ils refusent de le faire, je me vois dans l'obligation d'agir, dans l'intérêt du pays et de ceux qui veulent une justice juste. »
Le général Sayyed évite d'attaquer le chef du Courant du futur et répète qu'il le croit simplement mal entouré et mal conseillé. Il répète que toute cette affaire dépasse les quatre généraux et que les fils secrets seront de plus en plus clairs.
Sayyed refuse d'évoquer ses conditions de détention, mais à la question de savoir s'il a jamais douté de sa libération, il répond : « Jamais. Cette longue période m'a appris une chose : quand on croit dans la cause qu'on défend, qu'on sait être patient et qu'on est combatif, on finit toujours par obtenir gain de cause. Pour moi, la page est tournée, mais c'est un autre combat qui commence maintenant. » Il est, ensuite, happé par ses visiteurs et se contente de sourire lorsque l'un d'eux s'écrie : « Le coup d'État blanc accompli lors de l'arrestation des généraux le 30 août 2005 est terminé et c'est un autre coup d'État blanc inversé qui a eu lieu hier... »
Beaucoup de questions sont certes encore sans réponses et Sayyed ne veut rien précipiter. Au contraire, il a beaucoup réfléchi pendant ses années de détention, mais il ne compte pas révéler tout de suite le fruit de ses méditations. Il reste encore toutefois une toute petite question qui ne peut attendre d'autres jours : a-t-il peur pour sa vie ? Il a un petit silence avant de répondre rapidement et sans explication : « Pas du tout. »

Sa première journée d'homme libre, après trois ans et huit mois de détention, le général Jamil Sayyed a voulu la passer avec ses amis et ses proches et tous ceux qui souhaitent le féliciter. Le grand salon de l'hôtel Coral Beach, à proximité de son domicile, a été ainsi ouvert pour ses nombreux visiteurs....

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