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« Tout pour l’Église », un portrait pluriel du patriarche Maximos V Hakim Fady NOUN

CHRONOLOGIE
15/10/2008
Homme de paix et d’unité, le patriarche grec-catholique Maximos V Hakim (1908-2001) fut aussi un Arabe chrétien au plein sens du terme. Une biographie, œuvre du métropolite Jean Jeanbart, archevêque d’Alep, rend justice à sa haute figure et à son long règne. Des soubresauts des deux conflits mondiaux à la guerre des dupes du Liban, en passant par la « nakba » et le partage de la Palestine, en 1948, la vie du patriarche Maximos V Hakim (1908-2001) a été mêlée de près aux événements dramatiques qui ont marqué le XXe siècle et dont certains se prolongent dans le XXIe. On a affaire, avec lui, à un pasteur d’âmes buriné par les vicissitudes de l’histoire. Sous le titre « Tout pour l’Église », un portrait biographique lui est consacré par le métropolite Jean Clément Jeanbart, archevêque d’Alep et visiteur apostolique pour les grecs-catholiques en Europe occidentale. Le métropolite Jeanbart a longtemps travaillé avec le patriarche Maximos V à Raboué, où il fut recteur du grand séminaire. Son ouvrage qu’on aurait aimé plus étoffé offre aussi au lecteur un portait de l’Église grecque melkite catholique et de ses racines antiochiennes. La vocation sacerdotale de Georges Hakim, le futur patriarche, est précoce. Né à Tanta (Égypte) de parents syriens, élève du séminaire Sainte-Anne, à Jérusalem, il n’a que 22 ans quand il est ordonné prêtre. À 35 ans, il est sacré évêque d’Acca, Haïfa, Nazareth et le restant de la Galilée (1943). C’est le plus jeune évêque du monde, à l’époque. Le 22 novembre 1967, quelques mois après la clôture du concile Vatican II, il est élu patriarche par le saint-synode réuni au siège de Aïn Trez (Aley) et succède à Maximos VI Sayegh, qui l’avait ordonné prêtre et en compagnie duquel il avait participé aux travaux du concile. En signe de reconnaissance et de continuité, il prend le nom de Maximos V, vingtième patriarche de sa communauté depuis 1724. Son patriarcat sera marqué, entre autres, par la décision d’ouverture au monde de l’Église qui marque Vatican II. Bien des associations laïques jouiront de sa souveraine et clairvoyante protection et s’épanouiront dans leurs charismes particuliers. Son ouverture sur l’œcuménisme n’est pas moins audacieuse. Là comme ailleurs, il comptera sur « la base », comme on dit, pour faire avancer les choses. Il affirmait souvent que notre temps était celui des laïcs, de l’audace, des pionniers. L’ouvrage est en fait un portrait pluriel du patriarche. Il juxtapose des souvenirs et des évocations de la figure de Maximos V Hakim par ceux et celles qui l’ont côtoyé et connu. Outre Jean Clément Jeanbart, les textes sont signés notamment par le patriarche Grégoire III, le cardinal Ignace Moussa Daoud, patriarche émérite d’Antioche des syriaques-catholiques et ancien préfet de la congrégation pour les Églises orientales, le patriarche Hazim des grecs-orthodoxes, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir et le patriarche Stephanos II Ghattas des coptes-catholiques. Ils voisinent avec des témoignages de communautés monastiques féminines : les moniales de Tazert (Maroc) et celle des Petites sœurs de Jésus, à Nazareth, ainsi que par des souvenirs de plusieurs ecclésiastiques qui ont connu le patriarche ou ont collaboré avec lui. Le texte le plus émouvant et le plus personnel de l’ouvrage est signé Myriam Chaoui Antaki. « Maximos V nous entretenait souvent de son long itinéraire, raconte-t-elle. Il pouvait être égyptien et nous racontait sa naissance sur les bords du Nil. Il était syrien, car Alep était la ville de ses aïeux, Damas son siège épiscopal. Il était palestinien, lui, l’évêque de Galilée qui avait appris la théologie et la philosophie à Jérusalem qu’il surnommait la ville de la paix. Il devait être aussi jordanien à cause d’un enseignement et d’une formation ; il était libanais et fier de l’être, œuvrant pour la dignité d’un pays en guerre. Cette identité, dans sa diversité étonnante, dans son arabité profonde, réconciliait les événements et les hommes », explique notamment le texte. Le sang et l’outrage « Tout se bouscule dans ma mémoire, l’événement s’éloigne, l’émotion perdure, ajoute Myriam Antaki. Je peux ouvrir un autre volet, un pan obscur de l’histoire de notre vieil Orient, de la guerre du Liban, du sang et de l’outrage. Il pleuvait du feu, des feux d’artifice qui brûlaient la chair. La nuit s’illuminait d’un scintillement de mort. La haine crevait les poumons. Il y avait tant de questions et toujours de fausses réponses (…). J’étais étudiante, à l’université, vivant dans la panique des jours de violences, et, lors d’une petite accalmie, Mgr Hakim m’appela pour me dire qu’il se rendait à Damas et qu’il était disposé à me ramener dans sa voiture chez mes parents. Je craignais la route, mais il me parla longuement d’une voix paternelle pour me recommander d’avoir confiance en Dieu qui nous protège. La peur nous dérobe à nous-mêmes, mais j’entrepris le voyage. Tout le long de la route, à chaque barrage, il ouvrait la fenêtre et disait la paix aux miliciens, et nous avancions comme si un modeste sourire pouvait détruire la haine. » L’ouvrage passe sous silence, sinon par deux brèves allusions contenues dans des textes du patriarche Hakim lui-même, l’attentat auquel il échappa, en février 1981, durant l’un de ses déplacements entre le siège patriarcal de Raboué et Damas. Cet attentat précéda celui de la place Saint-Pierre, le 13 mai 1981, auquel survécut par miracle Jean-Paul II. Un miracle que le pape attribuera à Notre-Dame de Fatima, dont c’était la fête. Homme d’unité, homme d’ouverture, Maximos V Hakim fut aussi un grand bâtisseur, auquel on doit notamment le siège patriarcal de Raboué, au Liban, une décision incontestablement stratégique, mais aussi d’innombrables écoles, églises et foyers, sans parler d’un projet de logements qui, pour citer Myriam Antaki, devait « permettre aux familles démunies de s’approprier une maison et croire un peu à l’avenir ». Il fut aussi un homme de paix qui, inlassablement, œuvra pour la pacification et la réconciliation des frères ennemis, au Liban et ailleurs. L’ouvrage consacre sa dernière partie à une courte anthologie de textes signés Maximos V Hakim. On y relève notamment un remarquable discours qu’il tint en 1978 à l’Université d’Alger, qui lui avait décerné un doctorat honoris causa. Il y affirme : « Nous sommes, Arabes musulmans et Arabes chrétiens, citoyens d’une même nation, nous adorons le même Dieu ; les musulmans vénérent les mêmes prophètes que nous. Notre salut et la garantie de notre survie en tant que “nation arabe” sont dans l’acceptation de l’autre, avec les valeurs qu’il incarne, et tout le potentiel qu’il peut porter en lui pour compléter l’autre. L’ouverture du chrétien vers l’Occident n’en fait pas un faux frère ; il en fait plutôt un trait d’union entre deux civilisations, deux cultures, deux religions qui confessent un même Dieu. » Lorsqu’il prononça ce discours, Samuel Huntington en était encore au brouillon de son ouvrage sur le choc des civilisations.

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