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Le bloc-notes de Abdo Chakhtoura Le réveil des vieux démons

OPINION
07/10/2008
La Syrie, encore la Syrie, toujours la Syrie ! Quoi qu’en dise le général Michel Aoun dans un souci de justification ou de banalisation, le récent déploiement de dix mille soldats des forces spéciales syriennes à la frontière nord du Liban a réveillé de vieux démons – qui n’avaient même pas encore eu le temps de complètement sommeiller – dans la mémoire collective des Libanais. Et ce ne sont pas les propos sibyllins de Bachar el-Assad ou même les explications vaseuses qu’il a fournies à Michel Sleiman sur le sujet qui sont de nature à les rassurer. Mais ce curieux développement a eu quand même ceci de bon qu’il a poussé les chancelleries occidentales, notamment à Paris et à Washington, à réagir pour réaffirmer la souveraineté du pays du Cèdre, refuser toute nouvelle intervention militaire syrienne sur son sol ainsi que toute tutelle, même politique, sur ses institutions. Tout cela est impeccable dans la forme, sauf que les grandes puissances, nous ne cesserons de le répéter, n’ont pas de stratégies permanentes ou d’alliés permanents. Pour rappel, c’est bien l’administration de Bush père qui a renouvelé, en 1990, le blanc-seing donné à la Syrie dans notre pays en contrepartie d’un appui sans réserve à la première invasion de l’Irak de Saddam Hussein. Ce sont aussi les missi dominici des deux partis aussi bien démocrate que républicain qui sondent les intentions de Assad quant à l’ouverture d’une nouvelle page avec l’administration qui sortira des urnes américaines. C’est également la France de Nicolas Sarkozy qui a mis un terme à l’isolement international de Damas et lui a permis de rattraper ses pertes, et même de s’offrir le luxe d’engranger de nouveaux gains sur la scène intérieure libanaise. Il ne faut évidemment pas nier, il est vrai, qu’en échange, M. Sarkozy a tout fait pour que la Syrie normalise ses relations avec son voisin libanais en permettant l’élection d’un président, la formation d’un gouvernement et l’instauration (au fait, c’est pour quand ?) de relations diplomatiques entre les deux pays. Mais en ce faisant, Paris a reconnu et consacré le retour de l’influence syrienne dans les affaires intérieures libanaises, influence qui était en veilleuse après le retrait des troupes en 2005. De la Russie, n’en parlons pas, puisque, après le conflit armé avec la Géorgie, Moscou a immédiatement accéléré le renforcement de ses liens fraternels avec Damas, l’ancien allié de l’Union soviétique. Il ne s’agit nullement de jeter la pierre à nos amis occidentaux et d’isoler le Liban en le mettant à l’écart du concert international des nations. L’important est surtout d’alerter et de convaincre les Libanais que le règlement du contentieux éternel avec leur voisin immédiat passe par des impératifs précis auxquels les deux pays doivent se soumettre. Allez, soyons naïfs ! Il faut d’abord que toutes les composantes de la nation acceptent le principe d’un Liban indépendant, souverain, reconnu dans ses frontières et traitant d’égal à égal avec Damas au niveau des seuls gouvernements. Il importe aussi de ne pas prêter le flanc en permettant que le pays devienne une carte aux mains de parties intérieures et extérieures au seul profit des acteurs étrangers dans la région ou ailleurs. Il faudrait également, naïveté suprême, que la Syrie adhère à ces mêmes principes et traite le Liban en pays égal, libre et souverain. Tel n’est malheureusement pas le cas et personne n’a retenu les leçons du passé. Car, après trois décennies de guerres successives et en dépit du ras-le-bol de la majorité écrasante d’une population à bout de souffle, démembrée et meurtrie, il se trouve encore des compatriotes de tous bords qui en appellent à l’étranger pour imposer leurs idées, se combattre et tenter, malgré les prétendues réconciliations, de s’éliminer mutuellement. Quant à la Syrie sœur, si on n’épouse pas aveuglément ses thèses, elle nous lorgne avec le regard du loup pour sa proie, un moment échappée, et qui veut nous étreindre pour mieux nous étouffer. N’est-ce pas Walid Moallem, son ministre des Affaires étrangères, qui, après avoir prospecté à New York avec son homologue, Condoleezza Rice, les voies de nouvelles relations syro-US, a exigé, comme dans une sorte d’accusation, une coordination sécuritaire totale entre Damas et Beyrouth alors qu’en matière de terrorisme, les services des deux pays sont déjà en complète symbiose depuis pas mal de temps ? N’est-ce pas aussi le président Bachar el-Assad qui vient tout juste de rappeler que malgré les malentendus et les différends entre Syriens et Libanais, les deux peuples sont toujours frères et vivent dans une même maison ? Frères, peut-être ! Le seul ennui, c’est que lorsque l’on vit sous un même toit, chacun peut sortir et rentrer à sa guise . Abdo Chakhtoura

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