Actualités

Colloque pour le 25e anniversaire de la formation à l’orthopédagogie, à l'USJ Un autre regard sur l’enfant à besoins spéciaux Fady NOUN

CHRONOLOGIE
22/04/2008
«L’essentiel ne se fait pas dans le court terme. » Ce principe était au cœur du colloque organisé par l’Institut libanais d’éducateurs (ILE) de l’USJ (18-19 avril), pour le 25e anniversaire de la formation à l’orthopédagogie, en présence du directeur générql de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, M. Fadi Yarak. Sur le thème général « Un autre regard sur l’enfant à besoins spéciaux : le regard de l’orthopédagogue », le colloque a passé en revue l’essentiel de ce beau et difficile métier, pourtant indispensable pour qu’une société se définisse comme une véritable communauté humaine. L’orthopédagogie se définit comme la science de l’évaluation et de l’intervention auprès des personnes qui ont des problèmes d’apprentissage et d’intégration. Son champ d’application est donc très vaste. Il comprend aussi bien les « traînards » et autres dyslexiques en classe, que les enfants autistes ou atteints de malformations physiques ou neurologiques. Le postulat essentiel de l’orthopédagogie est le concept « d’éducabilité » de l’enfant. Cette éducabilité est un droit. Elle implique un « changement de regard » indispensable. L’orthopédagogue table, en effet, son effort sur la compétence de l’enfant, non sa déficience. Il adapte sa méthode d’apprentissage au potentiel du petit être humain qu’il a en face de lui, et fait de son mieux pour lui rendre accessibles l’éducation, la culture et, en somme, l’identité. Car nous ne devenons des personnes qu’à travers un tissu de relations. Pour la personne à besoins spéciaux, ces relations seront assurées par le milieu parental d’abord puis le milieu scolaire dont l’acteur principal sera l’orthopédagogue. Certains même pourront être en mesure, avec le temps, d’être eux-mêmes acteurs de leur apprentissage. Méconnue, la formation à l’orthopédagogie est pourtant en pleine expansion. Elle s’impose de plus en plus, non seulement au Liban, mais aussi partout dans le monde, y compris dans le monde arabe, qui « happe » nos meilleurs éléments. Dès la rentrée 2008, cette formation sera assurée par l’ILE dans les deux langues arabe et anglaise. Sur le plan professionnel, un syndicat des orthopédagogues existe désormais. Sa présidente, Christine Apostolidès, est également présidente de la branche de l’ILE au Liban-Nord. Étalé sur deux jours, le colloque a permis de passer en revue l’essentiel de la formation, de ses exigences et des diplômes qu’elle assure, mais aussi de souligner l’importance d’une stratégie nationale d’inclusion qui serait menée par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, avec la coopération du monde scolaire. Intervenant à la séance inaugurale du colloque, le recteur de l’USJ, le Pr René Chamusssy, a affirmé : « L’orthopédagogie (…) n’est pas une science très courue hors Belgique et Canada, sous cette appellation du moins. Elle n’en reste pas moins, quel que soit son nom, tout à fait essentielle, et nous devons nous réjouir de voir cette filière se développer et prospérer en notre université (…). « Il va de soi en fait qu’il ne s’agit pas là seulement d’un enseignement. L’orthopédagogie, c’est, par-delà la technique dont il faut faire apprentissage, un certain état d’esprit et une façon spécifique de concevoir sa propre relation au monde (…) Je pense en effet qu’être orthopédagogue, c’est décider de vivre avec la part de l’humanité la plus difficile et la plus attachante, c’est accepter les blessures de la vie quand elles touchent les plus démunis, c’est savoir du coup reconstruire autour de soi une communauté de soutien qui permettra de se retrouver en tout temps de désespérance. « L’orthopédagogue, pour moi, aide des jeunes à accepter la vie différemment, il doit aussi aider la communauté des hommes à s’accepter ce qui est différent ; il promeut du coup une vision de l’humanité neuve, autre, une humanité qui tient compte de richesses méconnues et inexploitées. En ce sens peut-être, y a-t-il changement et évolution… » Transplantation à Abou Dhabi Introduisant « avec un sentiment de plénitude et une grande joie » le colloque, Garine Zohrabian, directrice de l’Institut libanais d’éducateurs, a brossé l’historique d’une formation née en 1983, « en réponse aux besoins du pays et aux diverses sollicitations des institutions spécialisées », et qui, aujourd’hui, assure 7 diplômes différents au niveau de la formation initiale, y compris un master en recherche en sciences de l’éducation. « Dans l’objectif de mieux servir les besoins spéciaux du pays et de la région, l’ILE continuera de développer ses actions de formation, d’expertise, de recherches, a conclu Mme Zohrabian. En outre, elle mettra en partage les acquis de son expérience à travers une série de publications et proposera à partir de septembre 2008 une formation bilingue (arabe-anglais) en orthopédagogie à Beyrouth. Enfin, elle transplantera cette formation à Abou Dhabi, répondant ainsi à un besoin régional. » Nous sommes tous « à besoins spéciaux » Pour sa part, Nada Mohghaïzel Nasr a affirmé : « En tant que doyenne de la faculté des sciences de l’éducation, qui forme à divers métiers dans le champ éducatif et auquel est rattaché l’Institut libanais d’éducateurs, j’aimerais dire combien cet “autre regard sur l’enfant à besoins spéciaux” (…) a des retombées positives sur l’ensemble du système éducatif et sur tous les enfants. « Ayant été chacun de nous un enfant, et ayant mis au monde ou côtoyé quelques-uns, nous savons que chaque enfant est une personne “à besoins spéciaux”. Nous savons aussi que chacun est différent. « Le regard de l’orthopédagogue sur l’enfant dont la spécificité est plus marquée, et la différence d’avec les autres plus visible et reconnue interpellent à mes yeux notre système éducatif et le fait avancer. Il le fait avancer parce qu’il souligne deux principes qui devraient être au fondement de tout système éducatif, au fondement de tout acte pédagogique. Le premier principe (…) c’est celui de la nécessité de placer l’enfant, tout enfant, au cœur de l’acte pédagogique, au cœur du système éducatif (…). Le second principe à la base de tout acte éducatif, banalisé aussi, mais auquel l’orthopédagogue redonne sens en le traduisant en actes, est celui de l’éducabilité. « Pour Avanzini, autre référence dans le monde de l’éducation, “l’histoire de l’éducation (…) progresse (…) moyennant un usage sans cesse plus audacieux de ce postulat (l’éducabilité de l’enfant)”. En formant des orthopédagogues, l’ILE a participé aussi à faire évoluer notre regard sur l’enfance, sur nous-mêmes donc aussi. Car nous sommes tous “différents”. Nous sommes tous, d’une certaine façon, à “besoins spéciaux”. »

À la une

Retour au dossier "Actualités"

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

À Baabda, un Conseil des ministres sous pressions internes et externes

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants