L’élection du Metn aura tôt fait de rééquilibrer le jeu politique en plaçant tous les acteurs, tant de l’opposition que de la majorité, devant leurs responsabilités respectives. Une leçon que tous devront retenir : le Liban ne fonctionne que lorsque toutes ses forces sont réunies et qu’elles avancent dans la même direction.
L’heure est résolument au dialogue. Reste à savoir comment et par qui celui-ci va être entamé. De source autorisée, on indique à cet égard qu’une rencontre entre le chef de la majorité parlementaire, Saad Hariri, et le chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun, est désormais imminente.
Celle-ci servira-t-elle de prélude à une éventuelle rencontre entre Saad Hariri et le secrétaire général du Hezb, Hassan Nasrallah ? Entre Michel Aoun, le chef du parti des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, et le chef des Kataëb, Amine Gemayel ? Rien n’est moins sûr. Du moins pour l’instant.
Le retour du ministre des Affaires étrangères (AE), Faouzi Salloukh, à son bureau du palais Bustros est toutefois un signe qui peut avoir une double interprétation.
Positive d’abord, le Hezb étant embarrassé par la position trop radicale qu’il a adoptée à l’égard du gouvernement de Fouad Siniora, depuis le 1er décembre dernier. Cet embarras proviendrait d’abord du sit-in du centre-ville qui n’a que trop duré, ensuite il aurait pour origine la participation de Michel Aoun à l’élection du Metn, une élection organisée par un gouvernement qu’il considérait pourtant comme inexistant.
M. Salloukh reprenant ses fonctions, c’était là une manière de montrer le changement d’attitude de l’opposition, Hezb y compris, à l’égard du gouvernement.
Négative ensuite, et en prévision de l’échéance présidentielle. Le retour du ministre démissionnaire des AE pourrait être le début d’un retour en chaîne des ministres démissionnaires de l’opposition en vue de reprendre le contrôle de leurs ministères.
Si la polémique autour des deux décrets de nominations au ministère des AE n’est pas rapidement endiguée, il est fort à craindre qu’une certaine dichotomie s’installe au palais Bustros. Une dichotomie qui pourrait se répandre à d’autres ministères relevant de l’autorité des ministres démissionnaires de l’opposition, au fur et à mesure que l’échéance présidentielle se rapproche, au cas où un consensus ne serait pas atteint.
Du côté de Aïn el-Tiné, le ballet diplomatique se poursuit, mais peu d’informations tangibles ont filtré. Ce qui est sûr, indique une source parlementaire proche du 14 Mars, c’est que, « avec M. Berry, toutes les possibilités sont ouvertes, car il ne peut continuer à dire la chose et son contraire ». La position de M. Berry à l’égard du cabinet en place et la paralysie de la Chambre des députés qui s’est ensuivie ne peuvent plus à l’heure qu’il est être justifiées, maintenant qu’une partie de l’opposition a participé et remporté l’élection partielle du Metn.
« L’opposition a perdu la bataille. Mais elle ne peut plus, à l’heure qu’il est, faire marche arrière. Aucun des deux camps n’accepte cependant d’être à l’origine d’un acte qui peut être interprété comme un acte de faiblesse », souligne la source parlementaire.
Ce qui est néanmoins certain, c’est que la participation et la victoire d’un des pôles de l’opposition à l’élection du Metn constituent le summum de la reconnaissance du gouvernement Siniora, d’autant plus que M. Berry a « pris acte » – selon ses propres termes – de la missive du gouvernement annonçant les résultats des élections partielles.
Le président de la Chambre a également eu un entretien téléphonique avec le Premier ministre, qui l’a félicité de la victoire de l’opposition à l’élection du Metn.
Tout porte à croire que le pays se dirige vers les trois constantes pour lesquelles la Ligue arabe avait effectué un lobbying intensif au début de son initiative : il faut partir du fait que les trois pouvoirs sont légitimes et constitutionnels, et négocier à partir de là. Une vision qui rejoint celle de la France, qui ne voit aucun inconvénient à ce que l’élargissement du gouvernement et le choix du futur président de la République soient organisés de manière simultanée.
Lélia MEZHER
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