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CHRONOLOGIE

La réhabilitation des infrastructures publiques est pratiquement achevée Un an après, le bilan mitigé de la reconstruction

Il y a un an, jour pour jour, Israël attaquait le Liban après l’enlèvement de deux de ses soldats par le Hezbollah. Trente-trois jours plus tard, le dernier soldat israélien quittait le sol libanais, laissant derrière lui un pays dévasté. La communauté internationale, les pays arabes en tête, accourut au chevet du pays du Cèdre lui promettant près de deux milliards de dollars pour la reconstruction du pays. À ce jour, le gouvernement libanais dit avoir reçu 1,2 milliard de dollars uniquement à cet effet (Paris III exclu), dont 570 millions de l’Arabie saoudite. Un an plus tard, où en est le chantier de la reconstruction ? Les principaux travaux de réhabilitation des infrastructures publiques ont été achevés. Mais les volets relatifs aux dédommagements des habitations et du secteur privé demeurent incomplets. Le bilan le plus lourd de la guerre de juillet a incontestablement été le bilan humain : 1 200 morts et plus de 4 400 blessés, dont 15 % sont restés handicapés. « La priorité du gouvernement a donc naturellement été de soutenir les familles des victimes », explique le ministre des Finances, Jihad Azour. Selon le dernier rapport de la présidence du Conseil, daté du 7 juin, 22,7 milliards de livres libanaises ont été versés à 1 166 familles de martyrs, soit 97 % du total. Non moins de 3 329 familles de blessés ont également bénéficié d’une aide totale de 15,28 milliards de livres. Infrastructures publiques Au-delà des pertes humaines, l’armée israélienne s’est particulièrement déchaînée contre les infrastructures du pays. Un an plus tard, force est de constater que le gros de l’effort de reconstruction a été fait. Sur les 91 ponts détruits, 51 ont été totalement reconstruits, la plupart de temps grâce à des initiatives privées, et 9 d’entre eux sont en phase de finalisation. Dans les secteurs des télécommunications et de l’eau, plus de 90 % des travaux de réparation ont été achevés. Au niveau de l’électricité, toutes les lignes de transmission ont été réhabilitées, mais les cinq réservoirs de fuel de l’usine de Jiyeh doivent encore être réparés dans le cadre de l’aide égyptienne. Aussi, sur les 862 écoles partiellement ou totalement endommagées, 791 ont été réhabilitées. Les cinq pistes de l’aéroport touchées ont également été réhabilitées, et deux des trois réservoirs endommagés. Au niveau de l’environnement, sur les 12 000 à 15 000 tonnes de fuel qui se sont déversées dans la mer, 1 026 mètres cubes de fuel et 6 292 m3 de déchets solides ont été dégagés. Enfin, sur les 37,1 kilomètres carrés contaminés par les bombes à sous-munitions, 18 km2 sont désormais praticables. Les habitations Jusque-là, le bilan est plutôt positif. Il devient en revanche plus mitigé lorsqu’on aborde la reconstruction des habitations détruites, qui représentent plus de 50 % du coût de la reconstruction, selon le vice-président du centre de documentation et de consultation, affilié au Hezbollah, Abdel Halim Fadlallah. Les chiffres de la présidence du Conseil font état de 118 963 unités partiellement ou totalement endommagées (93 865 au Sud et 25 098 dans la banlieue sud de Beyrouth). Mais seuls 82 737 dossiers ont été traités jusque-là. Le gouvernement a décidé une aide, payable en deux fois, de 60 millions de livres pour les habitants du Sud et 80 millions pour ceux de la banlieue dont les habitations ont été totalement détruites. Pour les réparations partielles, l’aide dépend du montant des dégâts. Sans différencier les unes des autres, le rapport affirme que les dossiers de 75 651 unités ont été traités, 389 milliards de livres ayant été versés aux bénéficiaires sur les 582 milliards promis. Dans la banlieue, seules 7 086 unités ont été traitées et 78 milliards versés sur les 175 milliards dus. Selon M. Fadlallah, le gouvernement a principalement indemnisé les travaux de rénovation et non de reconstruction. « Tout au plus 3 à 4 % des personnes dont la maison a été complètement détruite ont reçu des aides de l’État, soit entre 200 et 300 habitations sur les 7 000 dévastées durant la guerre, affirme-t-il. Alors que Jihad el-Bina a déjà versé des aides à la rénovation à tous les bénéficiaires, et indemnisé ceux qui se sont retrouvés à la rue à hauteur de 12 000 dollars dans la banlieue et 10 000 dollars au Sud. » Résultat, sur le terrain, les travaux ne battent pas leur plein même si 93 % des opérations de déblayage et 86,5 % des démolitions nécessaires d’immeubles ont été achevées. « Dans la banlieue, il n’y a aucun chantier pour le moment, mais la société Waed prépare le terrain. Dans le Sud, seuls les trois villages pris en charge par le Qatar sur les 345 affectés connaissent une réelle activité de reconstruction », affirme le responsable du parti chiite. « Il est normal que la reconstruction des maisons prenne plus de temps que celle des infrastructures, il faut au moins deux ans pour commencer à noter de réels progrès à ce niveau », estime pour sa part le ministre des Finances. Le secteur privé Autre sujet épineux, celui des aides au secteur privé qui a subi des dommages directs de près de 200 millions de dollars, selon le ministre des Finances, et de plus de 400 millions, selon le Hezbollah. M. Azour se défend et souligne, par exemple, que les 7 500 pêcheurs affectés durant la guerre ont été financièrement assistés. Le ministre cite également une série d’avantages fiscaux accordés aux secteurs productifs, l’extension des prêts bonifiés, ainsi que les fonds de Paris III, 800 millions de dollars déjà alloués au secteur privé à travers les banques locales. Aussi, mentionne-t-il le mécanisme mis en place avec la Banque du Liban, concrètement pas encore utilisé, qui doit permettre aux opérateurs ayant subi des dégâts de compenser leurs pertes en actif. Selon M. Azour, la BDL accordera des lignes de crédit aux banques qui souscrivent aux bons de Trésor. À leur tour, les banques subventionneront alors 60 % du coût de la reconstruction de leur client, lui accorderont un crédit équivalant à 20 % des frais, et lui-même assurera les 20 % restants. Pour M. Fadlallah, ce mécanisme est une « manœuvre qui sert les intérêts des banques commerciales puisqu’il n’est ouvert qu’aux opérateurs endettés auprès des banques. Ceux qui ne le sont pas, donc les plus petits, ne peuvent pas en bénéficier ». Pour le moment, rares sont les entreprises ayant été touchées durant la guerre à avoir été indemnisées. « Nous ne pourrons jamais compenser toutes les pertes subies par le privé, le gouvernement ne peut que l’assister », estime M. Azour, qui reconnaît que les mécanismes de soutien ont mis du temps à se mettre en place. Il reste que « c’est la première fois depuis 1975 que le gouvernement met en œuvre un programme de soutien global et mobilise autant de ressources pour reconstruire et relancer le secteur privé, malgré la situation difficile des finances publiques, selon le ministre. Cela n’a pas été idéal, nous n’y étions pas préparés, mais nous avons fait de notre mieux ». En tout cas, une chose est sûre, en raison de la crise politique qui s’est installée depuis la guerre, le boom économique devant découler de la reconstruction n’a pas eu lieu. Sahar AL-ATTAR


Il y a un an, jour pour jour, Israël attaquait le Liban après l’enlèvement de deux de ses soldats par le Hezbollah. Trente-trois jours plus tard, le dernier soldat israélien quittait le sol libanais, laissant derrière lui un pays dévasté. La communauté internationale, les pays arabes en tête, accourut au chevet du pays du Cèdre lui promettant près de deux milliards de dollars pour...