En dépit de l’essoufflement de la mobilisation de l’opposition, il était, pour le 8 Mars et ses alliés, totalement prématuré hier de parler de « ihbat » ou de désenchantement. L’opposition aura néanmoins, et fort maladroitement d’ailleurs, misé sur une Confédération générale des travailleurs discréditée et décrédibilisée – à cause de ses nombreuses dissensions internes et de ses sympathies envers Damas – avant même d’avoir appelé à manifester.
Des sources de l’opposition précisent ainsi que si « une pause » a bel et bien été annoncée pour aujourd’hui, ce n’est nullement un signe de déconfiture, bien au contraire. Les sources proches du Hezbollah ont ainsi tenu à souligner que « c’est une pause, un répit ». « Ne sommes-nous pas en droit de manœuvrer ? » ajoutent ces mêmes sources, qui laissent entendre par là que la décision d’annuler le rassemblement d’aujourd’hui n’est nullement un constat d’échec. Selon le Hezb, il existe un plan, une continuité, une volonté de faire monter la tension de manière progressive. « Nous verrons bien comment ils (la majorité) réagiront lorsqu’ils se retrouveront au pied du mur, lorsque la situation deviendra plus dure », soulignent les sources précitées.
Toutefois, des sources autorisées tiennent à mettre en exergue deux points. D’abord, le Hezbollah a délibérément choisi de mettre en avant la CGTL et le caractère social dans ces récents mouvements populaires pour éviter tout éventuel affrontement sunnito-chiite, surtout à la lumière des résultats de la visite de la délégation du Hezb à Djeddah. D’autre part, l’opposition tenait à revêtir ses mouvements populaires d’une coloration purement ouvrière, ce qui n’a pas abouti en raison notamment de la faiblesse de l’organisation de la CGTL en matière de mobilisation et son manque de base populaire crédible et motivée. Preuve en est, le seul service d’ordre à s’être fait remarquer au cours des manifestations de ces deux derniers jours était celui du Hezb. Autre maillon de faible à ne pas négliger : l’absence relative de réceptivité de la rue chrétienne qui n’aurait presque pas réagi à l’appel de l’opposition. Dernier hic dans l’organisation du sit-in des forces du 8 Mars et de leurs alliés : la marginalisation du Parti syrien national social (PSNS) et du Parti communiste qui, tous deux, n’ont pas été conviés à participer aux mouvements de revendication.
Quelles sont les prévisions pour les jours qui viennent ? Selon des sources bien informées, rien de fracassant ne devrait avoir lieu avant la semaine prochaine, l’opposition ayant désormais compris les limites de la vitrine qui lui a été offerte par la CGTL. Au programme donc, en début de semaine prochaine, une nouvelle mobilisation des forces politiques de l’opposition. En gros, un néo-1er décembre qui devrait servir de double signal fort tant à l’adresse de la secrétaire d’État US, Condoleezza Rice, qu’à l’égard de l’équipe Siniora et des bailleurs de fonds occidentaux qui préparent activement la tenue de Paris III. Montrer tant aux Américains qu’aux chancelleries et autres instances financières occidentales que le gouvernement de Fouad Siniora ne représente pas la majorité au Liban. Ces informations concordent en effet assez bien avec les propos tenus par le général Michel Aoun dans un entretien, accordé hier soir à la chaîne de télévision MBC, et dans lequel il n’a pas manqué de souligner que « l’escalade la plus importante n’aura pas lieu durant les premiers jours du mois, mais il y aura un autre rendez-vous pour l’escalade, où l’opposition se reformera dans sa dimension naturelle ».
Les nouveaux objectifs
Les prochains objectifs ? Les mêmes sources citent la Banque du Liban, le ministère de l’Intérieur comme lieu de rassemblement pour l’opposition, mais aussi des sit-in à l’intérieur des établissements publics, les fonctionnaires se mettant ainsi en grève en s’abstenant de travailler. Ce dernier élément pourrait s’avérer être particulièrement critique, car cela signifierait une paralysie et une occupation des bâtiments publics pour une durée indéterminée. À cela viendront aussi s’ajouter des manifestations devant les principaux établissements publics « menacés » de privatisation. Entendre par là : l’EDL, l’Office des eaux, les deux compagnies de téléphonie cellulaire.
En clair, le divorce, sur le plan interne, est total, toute communication étant désormais coupée entre les membres de la majorité et ceux de l’opposition, étant entendu que si l’escalade n’a toujours pas réussi à avoir lieu, elle ne manquera pas d’être au rendez-vous dans les jours qui viennent.
Paradoxalement, sur le plan régional et international, ajoutent les mêmes sources, un dégel semble s’amorcer, notamment sur deux axes. Le premier, irano-saoudien, le second américano-iranien.
La visite du ministre iranien des Affaires étrangères en Arabie saoudite, dans les prochains jours, devrait donc compléter la tendance amorcée par la visite de la délégation du Hezb à Djeddah et œuvrer à désamorcer les germes d’un potentiel clash sunnito-chiite.
D’autre part, avec la victoire du Parti démocrate au Congrès US, l’Administration américaine serait de plus en plus tentée par une politique d’ouverture en direction de Téhéran et par transitivité, de Damas. C’est dans ce cadre que l’Administration américaine prévoit d’envoyer, début février, un de ses émissaires en Iran, de manière non officielle, afin de poursuivre cette politique de dégel chère à la politique pragmatique des démocrates.
La Russie enfin, et loin des projecteurs, poursuit son travail d’intermédiaire et de temporisateur, depuis qu’elle a pris les rênes du Conseil du sécurité de l’ONU. En effet, consciente de l’importance croissante du rôle qu’elle est amenée à jouer, elle tient à mener à bien le projet de création du tribunal international tout en ménageant les susceptibilités de Damas. Deux éléments risqueraient donc fort bien d’être modifiés : la désormais célébrissime clause du lien entre le supérieur hiérarchique et son subordonné d’abord, et, ensuite, la limitation dans le temps et l’espace des actes incriminés.
Des sources autorisées estiment à cet égard, que, dans sa formule actuelle, le projet du tribunal n’est pas applicable, n’étant pas acceptable ni pour le Hezbollah ni, encore moins, pour Damas.
Lélia MEZHER
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