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CHRONOLOGIE

Les ministres Hezbollah et Amal suspendent leur participation au gouvernement Beyrouth demande un tribunal international et une enquête onusienne sur la série d’attentats

C,’est un Conseil des ministres qui fera date. C’est le premier au cours duquel tout le monde a exercé son droit démocratique : la majorité parlementaire a enfin réagi en tant que telle, et la minorité formée des ministres chiites a suspendu sa participation au gouvernement. Fouad Siniora en démarrage de la séance : « Nous, nous ne voulons que la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Ceci implique que nous devons recourir à tous les moyens qui nous permettent d’aboutir à cette vérité, ne serait-ce qu’en réponse aux aspirations du peuple. Donc, un tribunal à caractère international est indispensable si l’on veut en finir, enfin, avec cette phase. » Et c’est ce qui a été fait. Le gouvernement a réclamé un tribunal (à caractère) international sur l’assassinat de Rafic Hariri et une enquête internationale sur les autres attentats ayant secoué le Liban depuis un an, de Marwan Hamadé jusqu’à Gebran Tuéni. Avec une promesse faite par le Conseil des ministres à l’une des leurs, Nayla Moawad, et consignée dans le procès-verbal : celle de n’épargner aucun effort pour que la lumière se fasse, aussi, sur l’assassinat de l’ancien président-martyr René Moawad. Sauf que cela a poussé quatre ministres Hezb et Amal (Faouzi Salloukh, Mohammed Fneich, Trad Hamadé et Talal Sahili – le cinquième, Mohammed Khalifé, étant en déplacement à l’étranger) à quitter la salle trente secondes avant le vote et à suspendre leur participation au gouvernement. Ils avaient été précédés par Yaacoub Sarraf, qui n’a pas suspendu sa participation mais qui a tenu à marquer sa désapprobation avec le concept de vote, justement. « Nous suspendons notre participation au gouvernement pour consulter nos directions après qu’un vote eut été décidé en faveur d’un tribunal international. À ce stade, il ne s’agit pas d’une démission. Il est très possible que nous acceptions par la suite la proposition du tribunal et de l’enquête internationale, une fois cristallisée, après avoir pris le temps de l’examiner en profondeur », a déclaré en sortant le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Mohammed Fneich. « Il s’agit de divergences ; nous exerçons nos droits démocratiques », a-t-il insisté. Démocratie et courtoisie En réalité, les débats étaient réellement démocratiques et les échanges ont été particulièrement courtois au cours de cette séance, même entre le chef de l’État et des ministres issus du 14 mars. En fait, « si les ministres chiites avaient eu la possibilité de prendre la décision seuls, ils auraient marché avec nous, ils étaient d’accord à 75 %, Bahige Tabbarah et le Hezbollah avaient beaucoup avancé dans leurs discussions », a indiqué à L’Orient-Le Jour un ministre de la majorité parlementaire, sous le couvert de l’anonymat. « Mais ils n’ont pas pu. À un moment, le ministre Salloukh propose que l’on attende jeudi pour poursuivre le débat sur le tribunal et l’élargissement de l’enquête. Le Hezbollah par contre n’a même pas donné une garantie concernant la date de jeudi », a ajouté ce ministre. Un autre ministre issu du 14 mars a déclaré à L’Orient-Le Jour : « Les ministres chiites ont pensé que nous avions trop de choses en tête pour nous rendre compte que s’ils avaient choisi jeudi, c’est parce qu’il y a une réunion du Conseil de sécurité entre- temps et qu’ils voulaient voir ce que cela allait donner. » Il n’empêche, ces deux ministres ont tous deux insisté sur le fait que la majorité a pratiquement supplié à plusieurs reprises les ministres de la coalition chiite de revenir sur leur refus, de « montrer un peu de solidarité avec le peuple ». Un des ministres du 14 mars a rappelé à Mohammed Fneich une position de principe de la majorité, à savoir le soutien à la Résistance, mais qu’il fallait un minimum de donnant donnant. « Oui, mais aujourd’hui je ne peux pas », a répondu le ministre hezbollahi… Tout cela malgré les nombreuses tentatives du ministre de la Justice, Charles Rizk, de convaincre la coalition chiite d’accepter les demandes de tribunal international et d’élargissement de l’enquête. Une source ministérielle a d’ailleurs souligné à L’Orient-Le Jour que le ministre Rizk a été particulièrement surpris par les divergences entre les deux camps, alors que la veille, tous les signaux étaient pratiquement au vert, grâce, entre autres, aux déclarations de Bahige Tabbarah, de Mohammed Fneich et du président Berry. Et lorsque le chef de la diplomatie a proposé d’attendre jusqu’à jeudi, Charles Rizk a repris le crédo des ministres du 14 mars en soulignant qu’à l’aune d’un événement comme l’assassinat de Gebran Tuéni, « le peuple ne peut plus supporter d’attendre ». Charles Rizk, contrairement à Yaacoub Sarraf, est resté dans la salle de réunions pour participer au vote, qui n’a donc pas eu lieu en raison de la sortie des quatre ministres chiites… Signalons également une conversation « intéressante » entre le chef de l’État et le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Michel Pharaon. « Faire taire une voix comme celle de Gebran Tuéni, c’est automatiquement nous obliger, nous, à élever la nôtre. Tout le monde veut la vérité, la liberté, l’unité nationale, trois concepts intrinsèquement liés. Et c’est pour cela, parce qu’il ne peut y avoir de liberté et d’unité nationale sans vérité vraie qu’un tribunal international s’impose. Cela n’écorne pas la souveraineté, bien au contraire ; cela la renforce. La communauté internationale n’est intervenue qu’au moment de la prorogation du mandat présidentiel », a dit le ministre Pharaon à l’adresse d’Émile Lahoud. « Nous n’étions pas d’accord Gebran Tuéni et moi politiquement, mais je respectais son courage », a dit le chef de l’État. « Malheureusement, le conflit politique n’est ni normal ni démocratique quand chaque personne qui était en conflit politique avec vous, donc contre la prorogation, finit tuée », a répondu Michel Pharaon. « Il ne faut pas accuser à la hâte », a répliqué le président Lahoud. Aridi, Marwan Hamadé et Rizk Rendant compte de la réunion, le ministre de l’Information, Ghazi Aridi, a commencé par rapporter le prologue politique du chef de l’État, qui a affirmé que l’assassinat de Gebran Tuéni fait partie d’un « grand complot contre le Liban » auquel on ne peut faire face que par « l’unité des Libanais ». Et M. Aridi d’enchaîner en affirmant que, pour sa part, « le Premier ministre a affirmé que l’assassinat de Gebran Tuéni tente de porter atteinte à la liberté de parole au Liban ; il vise l’âme du Liban et la capacité des Libanais à tenir bon, à défendre leur droit de s’exprimer. Il est donc indispensable que les Libanais s’entendent sur leurs grandes causes ». Après débat, a poursuivi le ministre, le Conseil des ministres a décidé de demander la création d’un tribunal ayant un caractère international pour connaître du crime de l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri et de demander à la commission indépendante d’enquête de l’ONU d’étendre ses attributions aux assassinats et tentatives d’assassinat enregistrées au Liban à partir du 1er octobre 2004. Sinon, le Liban demanderait la création d’une seconde commission qui se chargerait de ce travail particulier, a-t-il dit. En réponse aux questions des journalistes, M. Aridi a repris les arguments de M. Siniora, affirmant que le Liban se doit d’utiliser tous les moyens possibles pour parvenir à la vérité, pour assurer la continuité de l’enquête et sa bonne marche, chose qui s’est avérée impossible aussi bien en Syrie qu’au Liban, comme le montrent bien le déroulement de l’enquête et les entraves de toutes sortes auquel il se heurte. « Pour toutes ces raisons, a-t-il dit, s’est imposée l’idée de voir l’enquête se dérouler en-dehors du Liban. » Au sujet de l’attitude des ministres chiites, M. Aridi a affirmé qu’il ne convient pas de penser en termes de victoire, mais se dire que ceux qui ont dit oui à une commission internationale cherchaient l’intérêt du Liban, au même titre que ceux qui ont dit non à cette commission, et qu’il espérait que le dialogue et la concertation entre les deux camps se poursuivraient. D’ailleurs, Marwan Hamadé et Charles Rizk ont, chacun de son côté, minimisé la portée de la décision des ministres chiites. « Nous continuerons les concertations avec nos frères du Hezbollah et d’Amal après la décision prise (hier). Ils n’ont évidemment pas rompu le fil, nous non plus : la suspension n’a rien à voir avec le retrait du gouvernement ou la démission », a dit le ministre des Télécoms à l’issue de la séance, soulignant qu’une « majorité écrasante » est née, après l’assassinat de Gebran Tuéni, à propos d’un tribunal (à caractère) international. « Nous étions à deux doigts d’adopter la décision à l’unanimité », a dit pour sa part le ministre de la Justice, souhaitant que cette suspension soit « momentanée » et que les ministres concernés retournent très vite auprès de leurs collègues.

C,’est un Conseil des ministres qui fera date. C’est le premier au cours duquel tout le monde a exercé son droit démocratique : la majorité parlementaire a enfin réagi en tant que telle, et la minorité formée des ministres chiites a suspendu sa participation au gouvernement.
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