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Assassinat Hariri - Neuf personnes interpellées à la demande de la commission Mehlis Les « suspects » Sayyed, Azar, Hamdane, Hajj et Kandil dorment au dépôt après une journée d’interrogatoires(photo)

Il s’agit sans nulle doute d’une extraordinaire première dans les annales judiciaires et politiques au Liban. Quinze jours avant la date prévue pour la publication de son rapport d’enquête, le président de la commission internationale chargée de tirer au clair les circonstances de l’assassinat de Rafic Hariri est passé à l’action. Hier matin, à la demande de M. Detlev Mehlis, et après accord du procureur général Saïd Mirza, l’ancien directeur général de la Sûreté générale, le général Jamil Sayyed, l’ancien chef des services de renseignements de l’armée, le général Raymond Azar, l’ancien directeur général des FSI, le général Ali Hajj, et le chef de la garde présidentielle, le général Moustapha Hamdane, ont été conduits manu militari au siège de la commission, à Monteverde, et placés en garde à vue. Ils ont été rejoints l’après-midi par l’ancien député Nasser Kandil, arrivé en cours de journée de Damas, et en début de soirée par trois officiers et un civil, les généraux Fayçal Rachid et Khodr Tawil, de la Sûreté de l’État, le colonel Jamal Mawas, de la garde républicaine, et M. Maged Hamdane, le frère de M. Moustapha Hamdane. En fin de soirée, après une journée d’interrogatoires et de confrontations, les quatre généraux Sayyed, Azar, Hajj et Hamdane ainsi que l’ancien député Kandil ont été conduits au dépôt de la Direction générale des FSI, apprenait-on. Les trois généraux démissionnaires ont été interpellés à leurs domiciles respectifs, à 5 heures du matin. Le chef de la garde présidentielle a été contacté au palais présidentiel. Tous quatre ont été interrogés en tant que « suspects », a insisté le Premier ministre Fouad Siniora, dans une déclaration télévisée. Il en va de même pour M. Kandil et les quatre autres personnes interpellées. Des perquisitions ont été effectuées à leurs domiciles. Les chefs d’accusation retenus contre eux seraient, selon des milieux informés, soit la complicité dans l’assassinat de Rafic Hariri, soit le recel d’informations, soit encore la modification de la scène de l’attentat et donc la dissimulation d’indices. Les enquêteurs se sont employés en cours de journée à confronter leurs témoignages et à en relever les contradictions. Il était question, en particulier, hier, de l’interception d’un appel téléphonique de Kandil annonçant le départ de Rafic Hariri du Parlement, le jour du crime. Selon certaines sources, M. Mehlis aurait obtenu une bonne partie de ses précieux renseignements en filtrant les écoutes téléphoniques dont un enregistrement aurait échappé à la destruction. Un complot ? Aucun mandat d’arrêt n’a été émis contre les personnes interpellées, hier, contrairement à ce que certains médias ont annoncé. Un communiqué de la commission internationale a été publié en soirée annonçant que l’interrogatoire des personnes arrêtées s’est poursuivi la nuit et que la commission les renverra aujourd’hui devant la justice libanaise, conformément au protocole d’accord conclu entre l’ONU et la justice libanaise après la création de la commission en avril. Ce sera donc à la justice libanaise de décider soit de les relâcher soit d’établir à leur encontre un mandat d’arrêt. Devançant les conclusions de l’enquête, les milieux proches du Courant du futur ont avancé en direct sur la télévision al-Moustakbal la thèse d’un complot ourdi par les quatre officiers, ainsi que par l’ancien député, qui aurait recommandé la liquidation de Rafic Hariri avant les législatives. Sans aller dans cette direction, le Premier ministre a pris un ton solennel pour s’adresser aux Libanais et leur promettre que le crime ne restera pas impuni. Le ministère de la Justice a toutefois précisé, en cours de journée, que l’instruction de l’affaire se faisait dans le plus grand secret. Notons que M. Mehlis a successivement rendu visite, hier, au Premier ministre Fouad Siniora et au ministre de la Justice, Charles Rizk. Le coup de théâtre d’hier intervient au lendemain d’une rencontre de la commission Mehlis, à Genève, avec des officiers syriens des renseignements qui se trouvaient en poste à Beyrouth au moment de l’attentat. Une rencontre dont rien n’a filtré. Des spéculations ont circulé hier sur la possibilité de voir des responsables syriens interrogés dans les prochains jours par la commission d’enquête. En tête des personnalités suspectes, le brigadier Rustom Ghazalé, chef de l’ancien réseau des SR syriens au Liban. Selon certains milieux, Damas n’aurait accepté de faire preuve de coopération qu’à la condition que l’enquête ne remonte pas plus loin. Sfeir menacé ? L’interpellation des généraux Sayyed, Azar, Hajj et Hamdane s’est accompagnée, hier, d’un déploiement de l’armée dans la capitale et d’une relance de la psychose à l’attentat. Au nombre des personnalités figurant sur la liste des cibles à abattre, apprenait-on, figure même le patriarche maronite. Des conseils de prudence auraient été transmis par la commission Mehlis au patriarche, par le biais du porte-parole de l’ONU, Nagib Friji. Des réactions passionnées ont suivi la nouvelle de l’interpellation des anciens chefs des services de sécurité et du général Hamdane. M. Walid Joumblatt a estimé que l’enquête sonne le glas du mandat du président Lahoud, qui ne pourra plus rester longtemps en place. Toutefois, les observateurs ont noté que la présidence de la République continue de défendre, obstinément, le commandant de la garde républicaine.


Il s’agit sans nulle doute d’une extraordinaire première dans les annales judiciaires et politiques au Liban. Quinze jours avant la date prévue pour la publication de son rapport d’enquête, le président de la commission internationale chargée de tirer au clair les circonstances de l’assassinat de Rafic Hariri est passé à l’action.
Hier matin, à la demande de M. Detlev...