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BICULTURE Les confidences attachantes du virtuose libanais Abdel Rahman el-Bacha dans le «Double je» de Pivot (Photo)

Rediffusion sur TV5, mercredi dernier, de la 30e édition de l’émission télévisée Double je de Bernard Pivot. Émission consacrée aux artistes de la Méditerranée entre deux identités, deux cultures, deux langues. Sur le plateau, entre Umberto Eco (auteur d’Au nom de la rose) et Angelica Ionatos (chanteuse grecque vivant dans la Ville lumière) , Abdel Rahman el-Bacha, un pianiste bien de chez nous qui vient justement de donner un concert fracassant à la salle Émile Boustany à Beit-Méry. Si le public libanais applaudit plus ou moins fréquemment Abdel Rahman el-Bacha devant son clavier, il a par contre bien moins l’occasion de le voir se confier devant les caméras. Avec cette émission mêlant un peu les ingrédients de Bouillon de culture et d’Apostrophe, écouter, voir Abdel Rahman el-Bacha, surpris un peu dans son intimité, devient une réalité doublée d’un vrai plaisir. On écoute avec ravissement ce pianiste hors pair interpréter Chopin, Ravel ou Rachmaninov; mais on est beaucoup moins familier avec les intonations et le timbre de sa voix, les expressions de son visage, le mouvement de ses gestes, lui qui est la discrétion incarnée. Plaisir de découvrir une éminente personnalité qui, sans le feu serré des questions de Pivot, avec une incroyable douceur, un calme olympien, une voix argentée, chaleureuse, presque chantante, comme la plupart des Orientaux, parle de la vie, de son art, du piano, de Chopin, de la tolérance, lui qui, à seize ans, a mis dans ses valises la Bible et le Coran… De son élégante demeure à Montfort-l’Amaury, devant un piano à queue au couvercle à demi-ouvert, dans une veste bordeaux sombre et un pull à ras de cou noir (toujours d’une distinction tout en sobriété), le pianiste a le verbe éloquent et coulé dans le moule d’un français impeccable aux nuances subtiles. Confidences attachantes qui vont des premiers sanglots du violon que le jeune prodige casse de colère (qui l’aurait dit, lui colérique? Mais rassurez-vous, avec l’âge tout cela n’est que souvenir), à la fascination des touches du clavier en passant par la saga de ses parents eux-mêmes musiciens (connus et reconnus du monde arabe), ses coups de cœur pour Abdel Wahab et Feyrouz, sa dévotion et sa reconnaissance pour son prof de piano Zvart Sarkissian, émouvante dame, rattrapée par l’âge, qu’on voit en images filmées l’embrasser lors d’un récital à Paris. Touchantes images aussi de sa femme l’accueillant au bas d’un escalier, compagne de toujours, rencontrée depuis les études au Lycée Racine. Évocation des prix raflés haut la main, notamment ce prestigieux prix Reine Elizabeth emporté avec éclat tout en portant un nom arabe (d’ailleurs il est le premier Arabe à avoir cassé le cercle si fermé de la musique occidentale), un nom qu’il gardera contre vents et marées, qu’il défendra farouchement et âprement avec ses sonorités levantines. La guerre au Liban est vécue par lui sur le tempo de la douleur. «La guerre au Liban m’a brisé le cœur», dit-il. Et la musique? «La musique est source de paix et rend artificielles toutes les notions de frontières», précise-t-il. Et l’on comprend dès lors son coup de foudre pour Chopin, le pèlerin polonais qui lui aussi a vécu la guerre de son pays au tempo de la douleur, de la nostalgie, de la mélancolie, de la tristesse… Cette tristesse si familière aux Orientaux. Une tristesse qui fait couler les larmes quand la musique griffe la pointe du cœur... L’intégrale de l’œuvre de Chopin, quatorze heures de biographie musicale live, voilà un ambitieux et passionné tour de force . «Toutes les notes de musique de Chopin dans la tête de Abdel Rahman el-Bacha?» s’ébahit Bernard Pivot. Oui, absolument toutes! Entre Berlin, Paris, New York et Beyrouth, le public est-il toujours le même pour ce concertiste qui rend au clavier ses résonances les plus nobles et les plus originales? On l’aura deviné, c’est la capitale du pays du Cèdre qui l’emporte, avec cet aveu plein de tendresse et d’affection, car bon sang ne saurait mentir: «À Beyrouth, dit el-Bacha, j’ai l’impression d’être compris immédiatement…» Comme il a raison! Edgar DAVIDIAN

Rediffusion sur TV5, mercredi dernier, de la 30e édition de l’émission télévisée Double je de Bernard Pivot. Émission consacrée aux artistes de la Méditerranée entre deux identités, deux cultures, deux langues. Sur le plateau, entre Umberto Eco (auteur d’Au nom de la rose) et Angelica Ionatos (chanteuse grecque vivant dans la Ville lumière) , Abdel Rahman el-Bacha, un pianiste...