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Actualités - CHRONOLOGIE

Société - Aux États-Unis, dénoncer ou surveiller ses voisins fait partie de la culture du pays Le mouchardage, un sport américain érigé en vertu civique

Votre chat a mauvaise mine, votre pelouse n’est pas tondue, votre enfant fume ou boit sans avoir l’âge requis : aux États-Unis, vous risquez d’être dénoncé pour ce genre de méfaits par vos voisins qui se targuent d’avoir l’esprit civique avant tout. Pour les Américains, qui refusent d’utiliser le terme de délation, ces réactions correspondent à « un sens de la responsabilité civique développé », et permettent de maintenir l’ordre ou d’empêcher des dégradations. En Europe, on qualifierait ces conduites de « mouchardages ». Les sociologues américains qui se sont penchés sur le sujet admettent que les étrangers puissent être désagréablement surpris, soulignant qu’il s’agit d’un système bien ancré dans la mentalité américaine et enseigné dès la maternelle. « On encourage les enfants à rapporter aux parents ou aux autorités s’ils observent quelque chose de bizarre, cela fait partie de l’éducation », explique à l’AFP Robert Sampson, président du département sociologie à l’Université de Harvard. « Le système américain est individualiste, on compte les uns sur les autres pour faire régner l’ordre et on se sent parfaitement habilité à sanctionner et à rapporter surtout quand il s’agit des enfants, cela fait partie de notre culture, de l’esprit civique », ajoute-t-il. Quentin Marchais, 17 ans, en a fait l’amère expérience quand il s’est vu infliger une contravention pour avoir fumé sans avoir l’âge requis. Un jour où il promenait son chien, il a été dénoncé aux policiers par un voisin, étonné de le voir si jeune avec une cigarette au bec. Les animaux domestiques n’échappent pas à la surveillance des voisins. Quelle ne fut la surprise de Sylvie Rafaelli quand elle ouvrit sa porte à un policier chargé de la protection des animaux pour la contraindre à faire examiner son chat sous peine d’amende. C’était en fait la voisine qui, s’inquiétant de la maigreur du chat, avait averti la police spécialisée dans ces affaires. « Mais pourquoi n’est-elle pas venue me voir directement ? » s’est interrogée Sylvie. « C’est vrai, il y a de la lâcheté » dans ces conduites, reconnaît Jerald Jellison, professeur de sociologie à l’Université de South California. « Ici, on surveille et on rapporte, alors qu’en Europe on ne fait que surveiller – ce qui est dans la nature humaine. Rapporter est plus typiquement américain », souligne-t-il. Cette différence s’apparente selon lui à un « esprit civique plus développé » et s’explique aussi par le gigantisme des villes et le tempérament nomade de l’Américain qui connaît peu son voisinage. Comme il s’inquiète vite et manque de courage pour s’adresser directement à son voisin, il informe les autorités. Les anecdotes sont nombreuses. S’il ne tond pas régulièrement sa pelouse, un habitant d’un quartier résidentiel peut être facilement dénoncé aux autorités locales et risque des pénalités. Des parents laissant trop souvent des enfants sans surveillance encourent aussi de tels tracas. Pour David Crystal, professeur de psychologie à l’Université Georgetown à Washington, cette propension à rapporter est avant tout « sécuritaire ». Les gens, tout en étant plus habitués qu’en Europe à la diversité, sont aussi plus peureux et acceptent paradoxalement moins les usages différents. Ils veulent uniformiser les modes de vie et « le système de contrôle individuel permet de les rassurer », explique-t-il. La théorie de la « broken window » (fenêtre cassée), mise au point à l’Université de Harvard dans les années 1980 et utilisée pour réprimer la délinquance à New York, est aussi une justification de ce contrôle social de voisinage. Si on laisse impunies les « incivilités » (graffiti, vitres brisées, crachats, etc.), elles se multiplient et sont le préalable au délabrement et à la délinquance.

Votre chat a mauvaise mine, votre pelouse n’est pas tondue, votre enfant fume ou boit sans avoir l’âge requis : aux États-Unis, vous risquez d’être dénoncé pour ce genre de méfaits par vos voisins qui se targuent d’avoir l’esprit civique avant tout.
Pour les Américains, qui refusent d’utiliser le terme de délation, ces réactions correspondent à « un sens de la...