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Actualités - Opinion

Éclairage - Faire l’Europe au nom de la paix, un argument qui ne porte plus

Le maintien de la paix, au coeur des motivations des pères de l’Europe après 1945, est un argument qui n’est plus suffisant pour convaincre une majorité de citoyens du « vieux continent » de poursuivre la construction européenne, les enjeux sociaux-économiques ayant pris le dessus. « C’est le drame et le succès de l’Europe : être parvenue à une situation où la paix est une évidence » estime Maurice Durousset, historien spécialiste de la construction européenne, après la double victoire du non aux référendums en France et aux Pays-Bas sur la Constitution européenne. « La défense de la paix est devenue un argument presque ringard », déplore-t-il. Lors du vote français du 29 mai, les plus de 60 ans ont constitué la seule tranche d’âge à avoir voté majoritairement oui : 56 % chez les 60-69 ans et 58 % chez les 70 ans et plus, selon l’institut Ipsos. Aux Pays-Bas, le 1er juin, le oui a été essentiellement le fait des plus de 50 ans et en particulier des hommes, selon l’institut Interview/NSS. Dans ces deux pays fondateurs de l’Union européenne, qui ont rejeté le Traité constitutionnel, le oui des aînés est en grande partie lié au souvenir des guerres de 1914-18 et 1939-45 qui ont laminé l’Europe, relève Maurice Durousset. Mais « pour les jeunes générations, les enjeux économiques et la question de la puissance politique de l’Europe priment ». Le renforcement du « poids de l’Europe » par rapport à d’autres grandes puissances comme les États-Unis ou la Chine arrivait ainsi en tête des motivations de ceux qui ont voté oui en France le 29 mai, selon plusieurs sondages. Directeur de l’Institut français d’analyse stratégique, François Géré déplore que les dirigeants politiques n’aient pas mis davantage l’accent sur « le thème de la paix ». « Le thème a été évoqué de manière beaucoup trop anecdotique et tactique, il aurait fallu le faire de manière stratégique, en défendant la fragilité de la paix », estime cet expert. « Il s’agissait de dire ‘croyez-vous que cet état de paix est acquis durablement?’ et d’expliquer qu’un conflit comme celui des Balkans pourrait encore rebondir chez nous », ajoute-t-il. D’autant que ces votes avaient lieu dans un contexte de repli identitaire. « Tout pointe vers un regain d’instincts nationalistes dangereux pour la cohésion du continent », s’est inquiété après les non français et néerlandais Wlodzimierz Cimoszewicz, président de la chambre des députés de Pologne. Mais « parler de la paix implique de référer à la guerre, donc d’aborder la question sensible de l’Europe de la défense et de ses implications militaires, Otan y compris, sur laquelle nos dirigeants ont beaucoup de mal à communiquer », commente Pierre Verluise, auteur d’un livre intitulé « Géopolitique de l’Europe ». Gerhard Schröder, chancelier d’une Allemagne à peine remise de son expérience nazie, est l’un des seuls à brandir régulièrement l’argument pacifique. Dans son ultime plaidoyer pour le oui au référendum français, publié dans Le Figaro le 28 mai, il vantait « l’unification européenne » comme seule réponse capable d’« assurer la paix et la prospérité de notre continent », et rappelait « le testament de la génération qui a vécu la guerre ». Affirmer, comme nombre d’opposants à la Constitution européenne, que « ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix mais la paix qui a fait l’Europe » est une « grave contrevérité », assure l’historien Maurice Durousset. Audrey KAUFFMANN (AFP)
Le maintien de la paix, au coeur des motivations des pères de l’Europe après 1945, est un argument qui n’est plus suffisant pour convaincre une majorité de citoyens du « vieux continent » de poursuivre la construction européenne, les enjeux sociaux-économiques ayant pris le dessus.
« C’est le drame et le succès de l’Europe : être parvenue à une situation où la paix est une évidence » estime Maurice Durousset, historien spécialiste de la construction européenne, après la double victoire du non aux référendums en France et aux Pays-Bas sur la Constitution européenne. « La défense de la paix est devenue un argument presque ringard », déplore-t-il.
Lors du vote français du 29 mai, les plus de 60 ans ont constitué la seule tranche d’âge à avoir voté majoritairement oui : 56 % chez les 60-69 ans et 58 %...