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Actualités - Opinion

L’élan du Saint-Père en faveur de la jeunesse a marqué tout son pontificat Les jeunes Libanais, prophètes de l’espérance

Au terme de la cérémonie liturgique célébrée lors de l’inauguration de son pontificat, le 22 octobre 1978, le pape Jean-Paul II s’adresse aux jeunes du monde entier, depuis la place Saint-Pierre : « Vous êtes l’espérance de l’Église. Vous êtes mon espérance... Ce n’est pas ce que j’ai à vous dire qui compte ; le plus important, c’est ce que vous me direz sur vous-mêmes, sur la société dans laquelle vous vivez et sur votre Église même... » Cet élan accompagne le pape tout au long de son ministère apostolique, particulièrement exprimé lors des JMJ (Journées mondiales de la jeunesse), qu’il anime désormais, provoquant l’enthousiasme des jeunes. Devant les dizaines de milliers de jeunes Libanais, rassemblés autour de la basilique Notre-Dame du Liban, le 11 mai 1997 et scandant les slogans de liberté et de paix, le pape rompt le protocole, se dirige vers l’esplanade et salue l’assemblée des jeunes en ces termes : « Soyez les témoins privilégiés de l’espérance qui est en vous et qui est les arrhes du Liban ressuscité. » La vitalité des jeunes et leur courage moral fascine le pape, et semble raviver en lui le souvenir vivant de l’insurrection de Varsovie, en 1944, lorsque le jeune Karol Wojtyla avec ses paires osent affronter le feu du brasier. Cet héroïsme manifeste sera très tôt confirmé par le père Konstanty Michalski, qui relate le témoignage de son séjour dans les camps de concentrations de Sachsenhausen, dans un ouvrage qui a pour titre : Entre héroïsme et barbarie. Porteur du texte de l’Exhortation apostolique intitulée : Espérance nouvelle pour le Liban, qui constitue l’achèvement de cinq ans d’efforts synodaux, le pape Jean-Paul II avait pris auparavant, et à maintes reprises, des positions fermes et tranchées en faveur du Liban. Dans sa lettre adressée à tous les Libanais, le 1er mai 1984, le Saint-Père dit : « Dans le Liban d’aujourd’hui, vous êtes responsables de l’espérance qui jaillit du tombeau ouvert de Pâques, du Christ ressuscité. Par les fruits de l’Esprit pascal, qui se résument en un mot, la vérité, créez là où vous vivez une ambiance fraternelle. Sans ingénuité, sachez faire confiance aux autres et soyez inventifs pour faire triompher la force génératrice de pardon et de miséricorde... Les générations à venir vous jugeront sur les capacités de surmonter les tensions présentes et la crainte du lendemain. » Le 25 janvier 1985, Jean-Paul II adresse au patriarche maronite un message dans lequel il dit : « ...L’authentique renaissance nationale sera l’effet de la volonté de l’ensemble du peuple libanais, uni dans un même désir de construire une patrie libre de toute ingérence étrangère, rassemblé autour des légitimes autorités et témoin de ce pluralisme constructif qui, depuis des siècles, a modelé le visage de votre noble nation. » Par ailleurs, le pape avertit les Libanais de tous bords que « le danger à éviter, à côté de la lassitude et du désespoir, est celui de se résigner à accepter n’importe quelle solution politique, pourvue que soit mis un terme aux luttes qui détruisent le pays. Si un tel état d’âme est bien compréhensible dans le conteste dramatique du Liban d’aujourd’hui, je me dois de rappeler à tous le courage de l’espérance qui prend sa source en ce Dieu miséricordieux, dans lequel tous les Libanais, chrétiens et musulmans, puisent leur sens de l’homme de sa dignité et de sa capacité de respecter autrui. » Les jeunes, des passionnés de liberté Mais qui sont donc ces jeunes qui fascinent tant le Saint-Père ? Que représente la jeunesse pour lui ? « La jeunesse n’est certainement pas une période quelconque de la vie, située entre l’enfance et l’âge adulte, dit Jean-Paul II dans son livre Entrez dans l’espérance. Je pense, au contraire, que c’est un temps privilégié, que la Providence donne à chaque être humain, pour trouver sa vocation ; le temps où chacun cherche une réponse sur le sens de son existence et aussi, plus concrètement, sur ce qui pourra construire sa vie de tous les jours. Voilà ce qui distingue, de tous les âges, le temps de la jeunesse... La jeunesse est le temps de la personnalisation de la vie humaine. Elle est aussi la période de la découverte de la communion. Les jeunes prennent progressivement conscience qu’ils devraient vivre pour les autres et avec les autres... Ils sont porteurs d’un immense potentiel de bien et de créativité. » Ces caractéristiques fondamentales s’observent chez les jeunes du Liban. Ils ont été meurtris, mais ils ne fléchissent pas. Ils sont sans cesse poursuivis, pour avoir osé réclamer leur dignité, tant personnelle que nationale, mais ils ne cèdent pas. Ils sont constamment réprimés et brutalement molestés, comme lors de la particulièrement douloureuse tragédie des 7 et 9 août 2001, pour avoir bravé l’interdit de revendiquer leur liberté, en n’usant que de moyens pacifiques. Ces jeunes n’ont jamais baissé les bras. L’enjeu est d’abord d’ordre national. Le problème des Libanais est celui de leur liberté avant qu’il ne soit celui de leur unité, celui de leur dignité et non de leur prospérité. C’est dans la liberté, et par les instruments de paix qu’ils sauront brillamment gérer leur diversité et pacifier leur adversité. Quand même, tel que le dit le Saint-Père en 1991, « ...le Liban a agonisé sous les yeux du monde, sans que l’on ait toujours voulu l’aider à se libérer des puissances qui se servent de lui pour leurs fins », les Libanais ont certes été apparemment asservis, mais les jeunes d’entre eux, tel le Phénix de leur histoire immémoriale, portent le flambeau de la vie, pour une nouvelle renaissance. C’est cette force de vie et de résistance qui fait dire éloquemment au Saint-Père, comme il l’aurait dit au nom des Libanais : « Je suis le fils d’une nation qui a vécu les plus grandes expériences de l’histoire, que ses voisins ont condamné à mort à plusieurs reprises, mais qui a survécu et est restée elle-même. Elle a conservé, malgré les occupations étrangères, sa souveraineté nationale, non en s’appuyant sur les ressources de la force physique, mais uniquement en s’appuyant sur sa culture ; cette culture s’est révélée en l’occurrence plus grande que toutes les autres forces. » Cette culture salvatrice est constituée au Liban par l’éthique de la liberté et de la Paix, les deux piliers de la cause libanaise séculaire, qui fait de lui « plus qu’un pays, un message », humanisant parce que humanisé. Les jeunes, des agents de paix Dans leur message solennel, les pères synodaux s’adressent aux jeunes du Liban, le 12 décembre 1995, avec un ton autant engagé que grave, en ces termes : « Comment maintenant ne pas nous adresser à vous, jeunes Libanais, présents au pays ou provisoirement éloignés. Vous avez connu la guerre, soyez les messagers de la paix. Vous avez connu la haine, soyez les messagers de l’amour. Vous avez connu le désespoir, soyez les messagers de l’espérance... L’église est votre église. Le Liban est votre patrie. Ils sortent, l’un et l’autre, meurtris de ces années de guerre. Ne les condamnez pas. Ne les jugez pas. Leur vocation est la vôtre. Leur mission est la vôtre. Assurez la relève avec l’intrépidité de votre vie chrétienne. Votre église, votre Liban seront demain ce que vous voulez qu’ils soient. » Pour réussir cette noble tâche, il convient, comme le rappelle l’Exhortation apostolique, de faire « des gestes courageux et prophétiques de pardon et de purification de la mémoire. Certes, il faut maintenir vivant le souvenir de ce qui c’est passé, pour que jamais plus cela ne se produise et que jamais plus la haine et l’injustice ne s’emparent de la nation tout entière... C’est au prix d’efforts, de gestes tangibles, de dépassement de soi et de réconciliation, qui sont les signes de la grandeur d’âme des personnes et des peuples, qu’un avenir commun est possible, au sein d’une société trop longtemps déchirée par des conflits d’hostilité et d’intolérance... L’unité n’est pas à chercher dans l’uniformité mais dans l’amour mutuel... » dans la coresponsabilisation, la cogestion et la coréalisation de soi, dans l’intérêt bien compris de tous, sans exclusions et sans déni. Unis dans l’espérance, nous pouvons construire à nouveau notre Liban en transformant : – la mainmise en main tendue ; – la parole invective en parole échangée ; – le refus en invocation ; – l’appétit de contraindre en énergie de consentement ; – la soumission en engagement ; – l’inimitié en réconciliation ; – le rapport de force en respect du droit ; – le désir de vaincre en passion de convaincre ; – l’autorité crainte en autorité aimée et aimante ; – l’inféodation en collégialité d’hommes libres et égaux ; – la résignation en courage prophétique ; – et le combat pour les dieux en combat pour l’homme, fils de Dieu. Et voici que, réconciliés par le sang du Christ libérateur, la vigne, le palmier et l’olivier de la même foi abrahamique entonnent, depuis le pays du Cèdre, le cantique de la bonne nouvelle : Gloire à Notre-Père dans les Cieux, car sa volonté s’est faite sur la terre comme au ciel, dans la liberté et la paix. Myriam El-KHOURY Étudiante à l’AUB
Au terme de la cérémonie liturgique célébrée lors de l’inauguration de son pontificat, le 22 octobre 1978, le pape Jean-Paul II s’adresse aux jeunes du monde entier, depuis la place Saint-Pierre : « Vous êtes l’espérance de l’Église. Vous êtes mon espérance... Ce n’est pas ce que j’ai à vous dire qui compte ; le plus important, c’est ce que vous me direz sur vous-mêmes, sur la société dans laquelle vous vivez et sur votre Église même... » Cet élan accompagne le pape tout au long de son ministère apostolique, particulièrement exprimé lors des JMJ (Journées mondiales de la jeunesse), qu’il anime désormais, provoquant l’enthousiasme des jeunes.
Devant les dizaines de milliers de jeunes Libanais, rassemblés autour de la basilique Notre-Dame du Liban, le 11 mai 1997 et scandant les slogans de...