CHRONOLOGIE

Santé Diagnostic du chef du « centre de dyspareunie et des douleurs vulvaires » à l’hôpital Johns Hopkins Kamal Hamod : « Le désordre du fonctionnement sexuel touche des patients de plus en plus jeunes » (photo)

NEW YORK – De Sylviane ZEHIL Grand centre hospitalier et important «port de la médecine», la ville de Baltimore (Maryland) attire un flux continu d’étudiants, chercheurs et médecins de tous horizons. Les Libanais y viennent poursuivre leurs études et leur spécialisation. Ils y trouvent aussi de nombreux débouchés. La présence de Johns Hopkins Hospital, qui arrive en tête du classement des hôpitaux américains de la fameuse liste honorifique de l’US News & World Report depuis treize ans, et la quinzaine d’autres établissements hospitaliers offre un attrait particulier à une diaspora libanaise aisée. Parmi les médecins libanais qui ont brillamment réussi à Baltimore, citons le Dr Nagi Khoury, chef du département de mammographie à l’hôpital Johns Hopkins, le Dr Victor Khouzami, à la tête de la chaire d’obstétrique et gynécologie à l’hôpital GBMC, le Dr Alain Chikhani, spécialiste en oto-rhino-laryngologie, et le Dr Kamal Alexandre Hamod, spécialiste en obstétrique, gynécologie et infertilité, à la tête du Dyspareunia and Vulvar Pain Center (désordre du fonctionnement sexuel) sous la houlette de l’hôpital Johns Hopkins. On ne compte que quatre centres spécialisés dans ce domaine dans le nord-est des États-Unis. Cette spécialité connaît aujourd’hui un grand intérêt puisque cette affection touche 20% de la population féminine. Qu’est-ce que la dyspareunie? La vulvodynie? Quelle thérapie faut-il apporter à ces maladies? Lors d’un entretien accordé à L’Orient-Le Jour, le Dr Hamod, spécialiste devenu célèbre et établi depuis plus d’une trentaine d’années aux États-Unis, nous éclaire sur les causes de ces affections et les différentes thérapies prodiguées dans son centre à un grand nombre de femmes venues des USA, du Liban et des pays arabes. «Cette spécialité est rare aux États-Unis,», explique le Dr Hamod dont l’intérêt pour la dyspareunie et la vulvodynie, deux maladies méconnues et autrefois considérées comme «honteuses», remonte à une vingtaine d’années. «Le grand professeur de gynécologie Donald Woodruff a été l’un des premiers à se pencher sur cette condition. La moyenne d’âge des femmes souffrant de ces symptômes était alors de quarante ans, dans la phase péri ou post-ménopausique. Aujourd’hui, la moyenne d’âge de mes malades est de 25 ans. Mes patientes sont aussi des collégiennes. Les troubles touchant un grand nombre de femmes peuvent survenir à n’importe quel âge. Nous avons constaté que la population africaine est moins affectée que les Caucasiennes et les Asiatiques», précise-t-il. La dyspareunie, qui vient du mot grec «dus», douleur, et «pareunos», époux, signifie douleurs lors des rapports sexuels chez la femme, ou «acte sexuel douloureux». Elle peut être superficielle ou profonde. La vulvodynie veut dire « douleur à la vulve». Elle se manifeste sous forme de brûlures ou peut être liée à une sensation de démangeaisons, ou à une forte douleur dans la région vulvaire. «Les manifestations peuvent être primaires ou secondaires, ajoute le Dr Hamod. Dans le premier cas, les douleurs apparaissent dès les premiers rapports sexuels. Certains symptômes proviennent d’anomalies anatomiques liées à un orifice vaginal plus étroit que la normale, ou à cause d’un périnée plus court. À l’instar des hommes, les organes sexuels féminins ont des dimensions différentes». «Dans le second cas, poursuit le spécialiste, l’affection se déclare au moment de la procréation. Les douleurs proviennent alors soit de l’inflammation des glandes sécrétrices entourant l’orifice vaginal, soit elles sont dues à un spasme des muscles du bassin causé par une irritation des nerfs locaux, après un accouchement ou une infection vaginale à répétition, soit encore elles sont dues à une atrophie du collagène des vulves dans le cas de la ménopause. Les douleurs peuvent également être provoquées par un vaginisme, sorte de contraction réflexe de la musculature périnéale féminine de protection, associée à l’anticipation d’une douleur qui va suivre. Cette contraction apparaît dans le cas des femmes violées ou victimes de sévices sexuels, ou dans le cas des femmes qui appréhendent la douleur». Un traitement réussi à 90% La thérapie varie selon la maladie. «Lorsqu’une patiente se présente à notre centre, nous procédons à un examen complet pour déterminer l’origine de l’infection, bactérienne ou virale. Il est nécessaire de faire une biopsie pour vérifier s’il y a une manifestation dermatologique dans la vulve. Nous appliquons ensuite un traitement sur mesure. Si une inflammation des glandes est établie, la patiente est placée sous régime anti-inflammatoire et subit une modification de son régime alimentaire. Si elle souffre d’un spasme musculaire des muscles du bassin, elle est soumise à des injections de stéroïdes pour contrecarrer la névralgie des nerfs pelviens. Elle suit ensuite plusieurs physiothérapies gynécologiques des muscles pelviens consistant en des massages et un “biofeedback”, un instrument qui mesure les contractions des muscles. Si la patiente souffre de vaginisme, après avoir complété le traitement, elle commence un régime d’exercices de relaxation vaginale avec usage de dilatateur vaginal. Il est parfois nécessaire de faire appel à la chirurgie pour exciser les glandes enflammées du vagin et relâcher les muscles contractés du périnée. Qu’elle soit médicale ou chirurgicale, la réussite du traitement est de 80 à 90%. La crainte d’une récurrence reste la grande appréhension des patientes. Une fois traitée, la femme peut à nouveau tomber enceinte sans risque d’être traumatisée», affirme le Dr Hamod. Quant aux troubles pelviens, ils proviennent, selon lui, de causes diverses. Ils peuvent être dus à l’endométriose, aux adhésions pelviennes à la suite de chirurgies ou d’infections du pelvis et aux varicosités pelviennes. «Pour déterminer les causes de ces affections, une investigation est nécessaire par laparoscopie. Le succès de notre centre est d’offrir aux patientes un traitement complet», ajoute le spécialiste. Qu’elles soient jeunes ou moins jeunes, «les femmes souffrent souvent en silence dans le but de protéger l’intimité sexuelle nécessaire à la relation amoureuse du couple», constate le Dr Hamod, qui précise qu’il existe un lien étroit entre cette condition et le comportement sexuel de la femme (libido). Il est intéressant de noter que loin d’éloigner le couple, ces conditions le consolident. Après le traitement, la vie sexuelle reprend progressivement son cours normal. La plupart des gynécologues ne portent pas un grand intérêt à ces maladies. Elles sont traitées comme des affections vaginales à répétition. De nombreuses femmes ne sont jamais diagnostiquées et passent des années à rechercher des soins efficaces. Ce problème demeure mal compris. Avec l’accès à l’information et à la vulgarisation médicale, les femmes s’ouvrent plus facilement, en discutent et recherchent les thérapies modernes dans des centres spécialisés. À l’écoute de ses patientes, le Dr Kamal Hamod a mis au point un site Web explicatif (www.dvpcenter.com) pour permettre une meilleure connaissance de ces affections. SYMPOSIUM Sixième réunion des gynécologues francophones au Centre culturel Émile Lahoud Pour la sixième année consécutive, un symposium destiné aux gynécologues francophones s’est tenu les vendredi 23 et samedi 24 avril au Centre culturel Émile Lahoud, à Dbayé. Plus de deux cent cinquante spécialistes libanais et étrangers ont participé aux travaux de ce symposium « destiné aux médecins francophones ayant exprimé le souhait de prendre part à des conférences en langue française pour partager les mêmes langue, culture et formation de base des gynécologues-obstétriciens dans les pays francophones, sachant qu’il s’agit d’une médecine à la pointe de la technologie », explique le Pr Jospeh Abboud, président du symposium. « Cette année, nous avons insisté sur les dernières données physiopathologiques de la prééclampsie, c’est-à-dire de l’hypertension artérielle et albuminurie de la grossesse responsables d’une importante morbidité maternelle et fœtale, poursuit-il. Il s’agit en fait de l’une des rares pathologies en obstétrique où le dépistage et la prévention sont possibles, alors que médecins et parents subissent toutes les autres pathologies. Nous avons également insisté, dans le cadre du congrès, sur le diagnostic génétique en prénatal, d’autant que les maladies et anomalies génétiques peuvent être de plus en plus dépistées in utéro. » Les troubles de l’ovulation, représentant près de 40 % des problèmes d’infertilité chez la femme, ont également été à l’ordre du jour de ce congrès. Le diagnostic de ces troubles et leur traitement thérapeutique ont ainsi été étudiés in extenso, les spécialistes ayant insisté sur les complications observées dans certains troubles du fait d’une mauvaise utilisation des médicaments. « Nous avons également consacré une séance au cancer du sein, qui touche une femme sur dix jusqu’à l’âge de 90 ans, note le Pr Abboud. Cette maladie mérite un dépistage de plus en plus précoce et une thérapeutique moins agressive et mutilante. Par ailleurs, le problème de la chute d’organes ou prolapsus avec ou sans incontinence urinaire d’effort a été au cœur de la séance consacrée aux nouvelles techniques chirurgicales utilisant les prothèses biodégradables permettant d’excellents résultats au prix d’une chirurgie plus simplifiée mise à la portée d’un plus grand nombre de spécialistes. Ces techniques ont été retransmises directement à partir du bloc opératoire de l’Hôtel-Dieu de France. » Également à l’ordre du jour du congrès : des séances consacrées à l’échographie obstétricale, aux infections dont souffre la femme enceinte et à leurs répercussions sur le fœtus. « Tous ces sujets ont été développés par des spécialistes français, la plupart d’entre eux exerçant à plein temps à l’hôpital Port-Royal à Paris », conclut le Pr Abboud. Peut-on prévenir les accidents vasculaires cérébraux? Cette sérieuse atteinte cérébrale redoutée, à juste titre, à cause de son haut risque de mortalité, sans parler de ses séquelles, bénéficie de plus en plus d’avancées remarquables grâce à l’imagerie médicale. Il s’agit en effet d’une atteinte cérébrale provoquée par un manque d’irrigation dû à l’obstruction vasculaire (artérielle) empêchant le sang de parvenir aux régions cérébrales (infarctus). Une hémorragie survenant toutefois à la suite d’une rupture d’un vaisseau entraînant une hémorragie cérébrale peut également en être la cause. Les facteurs contribuant à la survenue de semblables accidents sont connus: hypertension artérielle, hypercholestérolémie, tabagisme, diabète, maladies cardiaques sérieuses. Il va de soi qu’une diminution de ces facteurs de risque écarte sensiblement le danger de la survenue de ce grave accident. Cette atteinte cérébrale bénéficie de nos jours du dépistage de toute anomalie vasculaire présentant un risque par l’imagerie médicale. Grâce à cette avancée, on est en mesure de dépister toute anomalie vasculaire présentant un facteur de risque. Il en est ainsi de l’échographie de l’artère carotide. L’épaississement des parois de cet important vaisseau représente «un marqueur». Ce qui, en langage ordinaire, signifie un facteur de risque d’accident vasculaire cérébral. Cet accident grave est provoqué par l’arrêt d’approvisionnement sanguin au cerveau. La cause peut être soit l’obstruction des vaisseaux par des déchets progressivement déposés par le flux sanguin (thrombose), soit l’obturation par un fragment apporté par le flux sanguin (embolie). Appliqué assez tôt, ce moyen d’exploration permet de repérer assez tôt tout épaississement de la paroi vasculaire. Dans de nombreux pays occidentaux, cet examen est automatisé, évitant toute erreur humaine, autorisant ainsi un suivi précoce. Il s’agit d’un exemple concret de la «médecine prédictive» visant le diagnostic et la prévention de troubles pouvant survenir plusieurs années plus tard. C.G. CONGRÈS Point sur les nouvelles méthodes pour traiter les maladies gériatriques Le Centre médical Abiad a organisé, en collaboration avec l’Académie médicale au Moyen-Orient et l’Ordre des médecins du Liban-Nord, un congrès sur « La gériatrie: les nouvelles méthodes de traitement des maladies ordinaires ». Plusieurs associations et organisations médicales, étrangères et locales ont participé aux travaux du séminaire qui étaient axés sur l’anesthésie des personnes âgées, les maladies cardiaques, pneumologiques, neurologiques, gastriques et les troubles psychologiques dont elles pourraient souffrir, ainsi que sur les problèmes de l’insomnie et de l’euthanasie. Les intervenants ont insisté sur le nombre élevé des personnes du troisième âge, qui formeront en 2025, selon les estimations, près de 30 % de la population du Moyen-Orient. Cette tranche de la société, note le Dr Abiad, est celle qui souffre le plus de complications physiques, mentales, sociales et médicales. Parmi les sujets évoqués lors de cette journée, relevons notamment l’importance des médicaments dans le traitement des personnes du troisième âge, le rôle des médicaments dans le traitement des complications psychiatriques chez les personnes âgées, le diagnostic de l’insomnie chez les âgés, l’ulcère et les maladies orthopédiques. iététique Vrai ou faux ? • Les personnes inactives doivent boire autant d’eau que les athlètes Faux. Les personnes sportives ont besoin d’une quantité de liquides supérieure, puisque leur organisme perd de l’eau durant l’activité physique. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, elles perdent également du poids à la fin de l’entraînement. Chaque kilo perdu doit donc être compensé par quatre verres d’eau. Notons, par ailleurs, que deux litres d’eau par jour permettent de brûler autant de calories qu’une demi-heure de marche : près de 100 kcal. • La fatigue durant l’activité physique indique une déficience en fer Vrai. Le fer aide l’oxygène à circuler dans l’organisme. La durée de vie de la cellule rouge chez les athlètes est de 80 jours, à cause du taux d’acidité élevé dans le sang et du choc du pied avec le sol qui entraîne une contraction capillaire détruisant la cellule. Alors que chez les sédentaires, la durée de vie de la cellule rouge est de 120 jours. Pour cela, les athlètes doivent consommer une plus grande quantité de protéines animales riches en fer et en zinc, et éviter autant que possible les protéines végétales et les suppléments protéiques faibles en fer. • Une consommation excessive de suppléments protéiques entraîne une diminution du taux de calcium dans l’organisme Vrai. La poudre protéinée pourrait contribuer à la perte de la masse osseuse. Les recherches ont montré en fait que les protéines animales n’ont aucun effet sur le taux de calcium dans l’organisme et, par conséquent, ne contribuent pas à la perte de la masse osseuse. De plus, ces suppléments entraînent une déshydration et augmentent le risque d’insuffisance rénale et de maladies cardiaques. * Ces réponses nous ont été fournies par Mme Mireille Rizk Corbani, diététicienne-nutritionniste.

NEW YORK – De Sylviane ZEHIL
Grand centre hospitalier et important «port de la médecine», la ville de Baltimore (Maryland) attire un flux continu d’étudiants, chercheurs et médecins de tous horizons. Les Libanais y viennent poursuivre leurs études et leur spécialisation. Ils y trouvent aussi de nombreux débouchés. La présence de Johns Hopkins Hospital, qui arrive en tête du...