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Communauté - Le père Hervé Legrand est au Liban à la demande du Synode patriarcal maronite Pour une meilleure définition des relations entre les Églises orientales catholiques et Rome

CHRONOLOGIE
22/04/2004
Le P. Hervé Legrand, théologien français de notoriété mondiale, était mardi l’hôte du Centre catholique d’information (CCI), où il a brièvement présenté les thèmes des trois conférences qu’il prononce à la demande du secrétariat du Synode patriarcal maronite. Le père Legrand parlera de la vocation des Églises orientales unies dans leur communion avec l’Église de Rome. L’importance du thème vient du fait qu’au cours de la première session du Synode patriarcal maronite, et dans le cadre de l’effort déployé par l’Église maronite pour se comprendre, l’accent avait été mis sur son caractère patriarcal apostolique, en communion avec Rome. Toutefois, les documents examinés n’étaient pas parvenus à définir de façon satisfaisante la nature de la communion entre les Églises romaine et maronite, et les manières concrètes de l’exercer. Beaucoup de membres du synode avaient demandé qu’au nom de cette communion, et sur base de certains des documents du concile Vatican II (La Révélation divine, Les Églises orientales catholiques), l’extension de l’autorité du patriarcat aux maronites installés dans le monde de l’émigration, et la restauration de la pleine autorité du synode maronite dans l’élection des évêques et leur installation, dans le cadre du territoire patriarcal comme en-dehors de ce cadre, ainsi que la question de l’envoi en mission de prêtres mariés, etc. La double identité La question se posait avec d’autant plus d’acuité que le synode s’accompagnait d’une nouvelle prise de conscience de l’importance numérique des communautés maronites installées dans les pays d’émigration, et des liens qui devraient unir ces communautés au patriarcat. Beaucoup prenaient alors conscience que, comme préalable à un dialogue constructif entre les Églises orientales catholiques, dont l’Église maronite fait partie, et l’Église romaine, et afin de déterminer ce qui pouvait se concrétiser dans ce domaine, une théologie ecclésiale rigoureuse et une connaissance spéciale du droit canon occidental étaient requis. Compte tenu de l’importance de la question pour le cours du Synode patriarcal maronite, le secrétariat décidait alors d’inviter le prêtre dominicain Hervé Legrand, théologien bien connu pour ses travaux sur l’ecclésiologie et l’œcuménisme, conseiller et expert dans de nombreuses réunions synodales dans le monde. Les conférences du père Legrand porteront sur la double identité des Églises orientales catholiques et la manière de concilier la notion orientale d’Église patriarcale locale avec la notion d’Église universelle telle que développée dans la théologie catholique romaine, et la place qui revient aux Églises locales dans cette théologie. Une belle vocation devant soi Exposant brièvement les grandes lignes de ses conférences, le père Legrand a insisté d’abord sur l’importance de la déclaration de Balamand (1993), qui tourne une fois pour toutes, dans l’histoire de l’Église, les pages de l’unionisme. Dans les rapports entre l’Église romaine et les Églises orientales, l’avenir sera désormais non plus au prosélytisme, mais à l’œcuménisme. Aucune Église ne travaillera plus à des unions partielles et la recherche de l’unité consistera, pour les Églises orientales catholiques, à bien occuper leur place dans l’Église catholique. «Bien occuper leur place, devait souligner le père Legrand, c’est prendre un peu plus confiance en elles-mêmes.» Cette nouvelle maturité demandée aux Églises orientales sera également précieuse à l’Église romaine, insiste le théologien, qui en espère une préparation de l’Église romaine «massivement latine, à penser et à vivre une unité vraiment diversifiée». Et d’ajouter que cette «unité dans la diversité» dont on souhaite la réalisation n’est nulle part mieux incarnée que dans les Églises orientales. «C’est une réalité qu’on ne trouve nulle part ailleurs», souligne-t-il. À condition de passer de l’unionisme à l’œcuménisme, les Églises orientales unies ont un bel avenir et une belle vocation devant elles.» Unis, mais non absorbés En termes simples, le père Legrand essaie ensuite d’expliquer le mot synode, «un mot difficile», dont il met en évidence l’importance dans la vie de l’Église apostolique. Le mot, qui veut dire «faire route ensemble», souligne l’importance de la prise de décision collective dans l’Église. «Aujourd’hui, dit le père Legrand, un synode comme le Synode patriarcal maronite se réunit sous la présidence d’un seul (le patriarche) avec tous les évêques, des représentants de tous les moines, prêtres, laïcs du monde entier, pour délibérer ensemble, préparer les décisions et les orientations nécessitées par la situation historique nouvelle, pour que l’Église maronite, guidée par l’Esprit, puisse cheminer fructueusement au XXIe siècle, partout où elle se trouve désormais.» Enfin, au sujet de l’extension de la juridiction des patriarches orientaux catholiques au-delà de leur territoire, le père Legrand souligne que «chrétiennement, il n’y a aucune raison qu’à leur déracinement dû à l’exil s’ajoute pour les orientaux catholiques un déracinement par rapport à leur Église mère. Au contraire, les richesses de leurs traditions sont à préserver pour eux-mêmes, et aussi comme un don précieux à toute l’Église. S’ils étaient assimilés par l’Église latine, ces richesses seraient perdues au détriment de tous. Le mot-clé, dans ce domaine, est: unis, mais non absorbés. L’inculturation dont on parle tant, en Occident, ce sont les Églises orientales. L’Église ne se résume pas au pape et aux évêques. Être Église, c’est être Église dans une culture.» «À partir de là, conclut le père Legrand, quelques questions se posent à cause de la diversité des disciplines – un exemple, les prêtres mariés –, auxquelles il faut trouver des solutions. Il faut aussi dépasser la tradition de n’avoir qu’un seul évêque dans une même ville, comme cela se fait couramment au Proche-Orient.» Fady NOUN (*) Les conférences du père Hervé Legrand seront données à 17h, aujourd’hui jeudi au centre pastoral de l’archevêché d’Antélias, et demain vendredi à l’Université La Sagesse.

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