Il aura été, sans nul doute, l’un des grands graveurs du monde arabe. Décédé il y a un an à la suite d’une explosion de gaz qui a détruit son domicile et son atelier, Moustapha Hallaj laisse un souvenir encore intact dans la mémoire de ceux qui l’ont connu ou apprécié son œuvre. Cet artiste palestinien a aimé Beyrouth (où il a longtemps vécu), et Beyrouth le lui rend bien.
Pour le premier anniversaire de sa mort, Georges Zéenni organise une exposition-hommage à l’Association des artistes-peintres et sculpteurs (rue de Verdun), où il donne à voir un inédit de l’œuvre de l’artiste, reconstitué par l’architecte et designer Anis al-Jarrah. Jusqu’au 23 janvier.
Une toile de 20mx20cm ceinture une pièce de l’association, donnant à voir une partie donc de cette œuvre baptisée Gravure sur la face du temps (à l’origine, il s’agissait de 40mx40cm). Une succession de motifs gravés en noir et blanc d’une minutie époustouflante et d’une élégance somptueuse, où Hallaj raconte la vie et la mort à travers les civilisations qui ont marqué le bassin méditerranéen. Et défile une série d’histoires et de situations: pharaons, Grecs, Phéniciens, Mésopotamiens, liberté, exil, exode, tendresse, chevauchée, folklore, etc. Il avait également pris soin de filmer sa production (manie ou prémonition) réduite en cendre avec l’atelier. Seuls trois mètres signés par l’artiste ont échappé au feu. Il les avait offerts à son ami Zéenni alors qu’il venait d’entamer le projet.
Et pour Anis el-Jarrah, qui, à partir de la vidéo, a reconstitué avec beaucoup de précision ces 20 mètres de toiles, il s’agissait d’« un acte de reconnaissance et de fidélité » à la mémoire de cet homme qu’il a si bien connu.
Un baril-poubelle ainsi que deux candélabres, peints par Moustapha Hallaj pendant que la guerre du Liban faisait rage, créent, paradoxalement, une note de couleur et de fraîcheur dans cet ensemble si sobre et si insolite. Parce que Hallaj a vécu les heures noires de Beyrouth, participant activement à l’organisation de la vie au quotidien et aux activités qui s’y déroulaient.
Parallèllement à l’exposition, le public peut profiter de la projection d’une interview télévisée de l’artiste où il raconte son cheminement et son art.
Après Beyrouth, l’exposition prendra le chemin de la capitale syrienne.
M.C.
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