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REPORTAGES

Législatives - Bataille pour une opposition plurielle à Beyrouth II Il faut sauver le soldat Tammam

Soyons simpliste : une démocratie, c’est un pouvoir et une opposition. Et pour que cette dernière reste constructive, productive, et intelligente surtout, il faut impérativement qu’elle ne soit pas monochrome, qu’elle englobe un éventail de forces des plus larges.Pour que les différentes façons de combattre un régime en place puissent converger en une seule et même synergie, pour que cette dernière soit positive, riche et motrice, il faut, encore et toujours, que cette opposition soit plurielle. Par plurielle, l’on entend évidemment qu’elle soit plus ou moins équilibrée, qu’elle ne soit pas vampirisée par un courant quelconque aux dépens d’un (ou de plusieurs) autre(s). Or tout porte à croire que l’on se dirige, dimanche prochain, du moins dans la deuxième circonscription de Beyrouth, vers un nouveau raz-de-marée de l’opposition. Sauf que cette fois, cette dernière pourrait avoir un effet pervers tellement elle risque d’être hégémonique. Voilà pourquoi il faut que le leader de Mousseitbé contrebalance d’une façon ou d’une autre le raz-de-marée que provoquerait le leader de Koraytem. Comment se présente le paysage préélectoral à Beyrouth II (Mousseitbé-Bachoura-Rmeil) ? Quels sont les forces et les candidats en présence – peut-être faudrait-il parler là d’une force en présence et des autres ? D’un côté, évidemment, les candidats de la Liste de la Dignité, celle de Rafic Hariri, à savoir Béchara Merhej, Yéghia Djerdjian, Walid Eido, Nabil de Freige et Bassem Yammout. De l’autre, ceux de l’Entente nationale, c’est-à-dire Tammam Salam, Mohammed Machnouk, Mohammed Berjaoui, Habib Frem et Mihran Safarian. Les voilà les deux listes, que l’on peut qualifier toutes deux d’opposition, la première étant simplement beaucoup plus outrancière que la seconde. En face de ces deux grandes listes incomplètes, une autre, plus «petite» s’est formée, regroupant Zouheir Obeïdi, Nohad Hedroj, Khalil Broummana et Youssef Gebrane. Quatorze autres candidats indépendants seront également sur les starting-blocks dimanche prochain pour l’un des six sièges de cette deuxième circonscription de la capitale. Et au vu des résultats dimanche dernier au Mont-Liban et au Liban-Nord, et du raz-de-marée de l’opposition axée surtout autour du tandem Hariri-Joumblatt, il est clair que bon nombre d’observateurs, bon nombre de sources proches des différents candidats, ainsi que la rue beyrouthine miseraient assez gros sur les poulains de l’ancien Premier ministre Hariri – qui se présente lui-même dans la première circonscription de la capitale. Les enjeux ? Ils sont triples. Pour Rafic Hariri d’abord, continuer à constituer un futur groupe parlementaire qui lui soit entièrement dévoué – et limiter au maximum l’expérience précédente de 1996 lorsque certains de ses colistiers, Jamil Chammas, le bloc arménien, voire même Khaled Saad et Hussein Yatim, ont pris plus ou moins leurs distances avec lui lors de l’arrivée au Sérail de Sélim Hoss. Pour Tammam Salam, il s’agit d’abord de limiter les dégâts en faisant en sorte que soient élus le maximum de ses colistiers mais aussi et surtout de conserver ne serait-ce que le tiers du précieux leadership sunnite de la capitale, celui censé mener, lorsque les paramètres régionaux le veulent bien, au Sérail. Et la voilà la toile de fond, de toute la bataille beyrouthine, la clé du Sérail – certes concentré plutôt dans la troisième circonscription avec le duel mano a mano Hoss-Hariri. Dans tous les cas, à Beyrouth II, info ou intox, les proches de Tammam bey eux-mêmes reconnaissent que «la bataille va être dure, très dure»… Et pourtant ils y croient. Dernier enjeu mais non des moindres, la participation, dimanche prochain au scrutin – et notamment celle de l’électorat chrétien. Toutes les parties sont d’accord pour reconnaître qu’elle pourrait faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre, toutes l’appellent à participer activement à la chose publique, quelle que soit la nature de son vote – mais de participer. D’autant plus qu’il apparaît que l’électorat chrétien de Beyrouth serait plutôt circonspect par rapport à Rafic Hariri et à son bilan de six ans à la tête du gouvernement – un bon nombre des meetings électoraux que sa machine a organisés dans les différents quartiers d’Achrafieh ont été, dit-on, de retentissants flops. Les duels Parmi les six sièges de la deuxième circonscription de Beyrouth, il y en a deux sunnites, un grec-orthodoxe, un chiite, un arménien-orthodoxe et un siège pour les minorités. Pour les sièges sunnites, si l’on considère que Tammam Salam devrait, selon toute vraisemblance – même s’il est clair aujourd’hui que les surprises seront de mise – retrouver son siège place de l’Étoile, la bataille se jouera entre son colistier Mohammed Machnouk, président de l’Alumni Club d’une part, et entre les candidats haririens Walid Eido, juge à titre honorifique, et Bassem Yammout, professeur en neurologie à l’AUB. Le panachage est certainement à envisager, notamment entre les deux colistiers de la Liste de la Dignité. Quant aux autres, que ce soit Zouheir Obeïdi de la troisième liste ou les sept indépendants, il semblerait qu’il n’y ait rien à en craindre. Pour le siège arménien-orthodoxe, la bataille se jouera entre Yéghia Djerdjian pour Hariri et Mihran Safarian pour Salam. Le premier a été radié du parti Hentchag après qu’il ait tenu à se battre aux côtés de l’ancien Premier ministre et le second appartient également au même parti, sauf que sa candidature aux côtés du leader de Mousseitbé – que l’on ne peut définitivement pas qualifier de «loyaliste» – ne lui a pas coûté sa place. L’électorat arménien de Beyrouth II se trouve donc, à l’image du second parti arménien, divisé, et il est fort à parier que le panachage, s’il aura lieu, sera particulièrement prépondérant. Même topo pour le siège des minorités. Nabil de Freige (latin) et Habib Frem (syrien-orthodoxe) croiseront le fer dans quatre jours. La balance risquerait, indépendamment du poids de l’ancien Premier ministre, de pencher en faveur du premier, étant donné, selon une source confirmée, qu’il récolterait plutôt les suffrages de l’électorat mahométan, alors que les voix chrétiennes iraient davantage vers Habib Frem. Sauf que là, il y a le cas Jamil Chammas, député sortant et candidat indépendant cette fois. Quel pourrait être le pourcentage de son grignotage, cela reste à voir, sachant qu’il est, lui, le candidat – s’il en est – du pouvoir. Le fait que ce dernier n’ait pas pu réussir à le «caser» sur une des deux listes paraît assez surprenant. Le siège grec-orthodoxe quant à lui paraît acquis au colistier de Hariri, Béchara Merhej, son ancien ministre de l’Intérieur qu’il avait «démissionné», d’accord avec le président Hraoui, au profit de Michel Murr. Béchara Merhej n’a personne en face de lui, Tammam Salam ayant laissé un siège vacant pour Najah Wakim avant que celui-ci ne se retire de la bataille électorale. Un coup pour rien, «une erreur», reconnaît une source proche du fils de Saëb bey. Le cas du siège chiite, enfin, est à peu près identique, Rafic Hariri l’ayant laissé vacant sur sa liste – au profit du Hezbollah, un prêté pour un rendu par rapport à la candidature de sa sœur Bahia à Saïda. Ce siège semblerait donc accessible au colistier, Hezbollah justement, de Tammam Salam, Ahmed Berjaoui. Le seul problème : l’électorat chiite, notamment affilié au Hezbollah, de Beyrouth II suivra-t-il ? Le candidat indépendant Hassan Sabra, particulièrement populaire au sein de la base du parti islamiste, pourrait-t-il percer ? Des enjeux, des questions, et une réponse, une seule, dans la nuit de dimanche à lundi prochains.

Soyons simpliste : une démocratie, c’est un pouvoir et une opposition. Et pour que cette dernière reste constructive, productive, et intelligente surtout, il faut impérativement qu’elle ne soit pas monochrome, qu’elle englobe un éventail de forces des plus larges.Pour que les différentes façons de combattre un régime en place puissent converger en une seule et même synergie, pour...