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Actualités - CONFERENCES ET SEMINAIRES

Archéologie - De l'origine des cités, une conférence de Jean-Louis Huot Les villes, une invention orientale

«Les chercheurs ne se sont jamais mis d’accord sur une bonne définition de la ville. Certains prennent pour critère l’étendue des ruines ou l’existence d’un rempart… Mais en fait, pour définir une ville, il vaut mieux faire appel à la sociologie. En une ville réside une société plus diversifiée que celle d’un village. Et la meilleure définition est peut-être cette boutade : une ville est une agglomération dont les habitants se déclarent “citadins”». C’est en ces termes que Jean-Louis Huot a entamé sa conférence au musée de l’AUB. Ancien professeur et titulaire de la chaire d’archéologie orientale à la Sorbonne, M. Huot est un spécialiste de la naissance des cités. Actuellement, «pour couronner sa carrière», comme l’a dit le Dr Layla Badr, directrice du musée de l’AUB, il a été nommé directeur de l’Institut français d’archéologie du Proche-Orient. «Depuis son apparition à la fin du quatrième millénaire, jusqu’aujourd’hui, le phénomène urbain est le même, explique le Dr Huot. C’est une concentration artificielle d’habitants se livrant à des activités non agricoles et qui peuvent ainsi résoudre des problèmes complexes qu’un seul village ne saurait suffire à régler». Les villes à l’époque étaient perçues comme de vrais monstres terrifiants. C’est ainsi que Babylone a été décrite dans la Bible et imaginée par la suite par les grands peintres européens au cours des siècles passés. Toutefois, le problème majeur qui se pose actuellement est d’ordre pratique, il consiste à savoir comment fouiller ces villes. Il est un fait que les archéologues ont situé leur emplacement exact, mais les ruines couvrent de trop grandes superficies pour être fouillées. Selon quel critère choisir alors l’emplacement du chantier de fouilles à Babylone quand les vestiges s’étendent sur 700 hectares (7 km2) ? L’exemple de Persépolis, capitale de l’empire perse achéménide, est aussi édifiant. Les immenses ruines dégagées au cours des fouilles ne font partie que du complexe palatial. La ville, elle, est encore sous le sable ! Par ailleurs, le critère de la dimension de l’agglomération n’est pas forcément valable pour toutes les villes. C’est plutôt la forme architecturale et le plan urbain dessiné à l’avance qui sont pris en considération. Ainsi, la plus vieille ville du monde n’est pas Jéricho, comme le voudraient certains archéologues ou les agences de tourisme, mais Habuba Kabira en Syrie. «Le rempart de cette agglomération, planifiée architecturalement à l’avance, s’étend sur 500 mètres, souligne le Dr Huot. À l’intérieur des murailles, les rues séparent les différentes constructions. L’espace public n’existe pas et les maisons sont mitoyennes. Malheureusement, ce site datant de 3000 - 3100 av. J-C est aujourd’hui enseveli sous les eaux du lac Assad». Des villes ensevelies à la pelle Vulgarisant les grands problèmes archéologiques, M. Huot a détendu l’ambiance de la conférence et donné quelques exemples montrant la frustration et les tourments des archéologues sur les chantiers. Ainsi, à Larssa, en Irak, au cours de travaux de fouilles, des textes cunéiformes décrivant la ville ont été mis au jour. Ils précisaient les noms des rues et des temples. Mais on ne savait pas où se trouvaient ces édifices, la ville étant trop grande pour être fouillée ! Pour conclure, ce grand spécialiste des fouilles des villes rappelle que l’archéologie est une science qui n’a pas encore atteint «son âge adulte», selon ses termes. Car si la médecine, science vieille de plusieurs siècles, tâtonne encore dans beaucoup de cas, que dire de l’archéologie, science vieille seulement d’un siècle et demi ? Et si les villes sont plus étudiées en Orient que nulle part ailleurs, c’est pour la simple raison que les premières fouilles du monde ont eu lieu entre l’Égypte, la Mésopotamie et les pays du Levant. Par conséquent, l’histoire de cette région est la plus connue. Rien n’empêche que dans les prochaines années, les données soient différentes. Mais en attendant, l’Orient garde ce prestige.

«Les chercheurs ne se sont jamais mis d’accord sur une bonne définition de la ville. Certains prennent pour critère l’étendue des ruines ou l’existence d’un rempart… Mais en fait, pour définir une ville, il vaut mieux faire appel à la sociologie. En une ville réside une société plus diversifiée que celle d’un village. Et la meilleure définition est peut-être cette boutade...