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CONFERENCES ET SEMINAIRES

Société - La consommation d'alcool et de stupéfiants a nettement augmenté Drogue et jeunes : statistiques alarmantes (photos)

L’usage de la drogue parmi la population libanaise, où en sommes-nous ? Sujet délicat qui préoccupe de plus en plus notre société d’après-guerre et sur lequel se sont penchés, la semaine dernière, des psychothérapeutes, invités par le Comité social (AAA), l’Institut médical des troubles neuropsychiques (MIND) et l’Institut pour le développement des recherches et des soins appliqués (IDRAC), à l’auditorium de l’Association des anciens de l’Université américaine de Beyrouth. La toxicomanie est l’absorption volontaire de toute substance impliquant, dans ses effets psychophysiologiques, une dépendance ou une toxicité. La drogue la plus utilisée de par le monde est la cigarette, à qui on attribue moins de dégâts qu’elle n’en engendre en fait. Le tabagisme, comme par ailleurs toutes les autres drogues de même l’alcool, apporte un «bien-être» qui, le plus souvent, cache un «mal-être». Contrairement à l’idée répandue, fumer un joint par curiosité n’est pas un acte innocent. Car, dans la plupart des cas, cette curiosité est un alibi pour consommer, en toute impunité, des produits illicites. Le Dr Wadih Maalouf, épidémiologiste et biostatisticien, a passé en revue, dans son intervention, les résultats de statistiques réalisées auprès d’un nombre de jeunes étudiants, de l’Université américaine (AUB) et de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, et qui portent notamment sur la tranche d’âge de la première «rencontre fortuite» avec une drogue et autres substances toxicomanogènes, à l’instar de la cigarette et de l’alcool. Ainsi, a-t-il noté, plus de 50 % de ces jeunes ont goûté à leur premier alcool vers l’âge de 9 ans. Côté tabac, le moyen d’âge de la première consommation est de 12 ans. En ce qui concerne les substances narcotiques (cannabis, cocaïne), c’est aux alentours de l’âge de 13 à 14 ans que les jeunes s’y aventurent. Et toujours, selon le Dr Maalouf, la prise des toxiques a connu, malheureusement, ces dernières dix années, une nette recrudescence. Et d’ajouter : des enquêtes menées auprès d’universitaires (AUB, USJ), entre 1991 et 1999, ont permis d’évaluer l’ampleur du phénomène : en 1991, 5.7 % des jeunes consommaient de l’alcool contre 14.4 % en 1999 ; la prise de haschisch a augmenté, quant à elle, de 2.9 % chez les jeunes garçons et de 1.5 % chez les jeunes filles. Le Dr Maalouf a fait valoir, à cet égard, que plus de 50 % des adolescents qui se sont drogués plus que cinq fois risquaient de développer une dépendance à ces drogues. Pour l’héroïne, par contre, une seule fois suffit pour provoquer une accoutumance. Il faut dire que le passage à l’adolescence connaît généralement des perturbations d’ordre psychologique et émotionnel. Dans le huis clos familial, l’accession à l’âge adulte ne va pas sans conflits, auxquels la drogue peut apporter un support d’autant plus redoutable qu’il cristallise les angoisses des parents et le désir d’autonomie des enfants. En effet, on rapporte souvent l’origine de la toxicomanie aux bouleversements de l’adolescence : pour faire face aux pulsions nouvelles, érotiques ou agressives, l’adolescent doit faire des efforts complexes d’adaptation psychique. Certains, incapables de fournir ces efforts, ont recours à la drogue pour geler les pulsions. Autre critère grave qu’il faut prendre en considération : le dialogue avec les parents, qui n’est pas toujours évident. Pour les jeunes, il n’est pas facile d’exprimer un monde intérieur violent, conflictuel, en évolution, sans avoir des modèles pour le faire. Les parents sont là pour ça, d’autant plus qu’ils ont fourni, par le passé, les mots et les comportements dont use l’adolescent . Ils offrent encore les sujets sur lesquels on va s’entendre… ou rester seul avec sa peur. La drogue qui fait si peur aux parents ( alors qu’elle est souvent banalisée par les jeunes) est un sujet de dialogue, donc d’opposition et de tension. Les disputes au sein des familles sont également mis en cause, et les haines engendrées par les conflits s’expriment de façon traumatisante à l’endroit de l’enfant, qui sera tenté d’engourdir son angoisse en recourant à la drogue. Du côté de la famille Quelle place occupe la drogue dans les relations familiales ? Considérée, par l’adolescent comme moyen de s’affirmer, de se révolter ou de s’enfuir, la drogue devient ainsi l’outil rêvé mais redoutable d’une dénégation réussie du conflit familial. Élever un enfant n’est pas une mince affaire. Jamais il ne grandit exactement comme on l’aurait souhaité. Qu’il soit meilleur ou moins bien que l’enfant dont on rêve importe peu; il est toujours différent, et son évolution incessante oblige les parents à des adaptations multiples. Au moment de l’adolescence, le rythme s’accélère, les changements sont nombreux, souvent marqués par des oppositions, et les parents sont pris dans des conflits variés qu’il n’est pas aisé de dépasser. Les dangers que courent les enfants provoquent une véritable augoisse chez les parents, soucieux au bien-être de leurs petits. Car, c’est bien de «petits», qu’il s’agit dans la plupart des cas : les parents qui s’abstiennent de reconnaître les capacités de leurs enfants, de peur que ces derniers ne réalisent pas les ambitions de la famille, refusent de dialoguer avec leur progéniture sur des décisions importantes à prendre. En réponse à cette dépréciation, l’adolescent se révolte, cherche une issue, de quoi prouver à ces parents qu’il est maître de ses décisions. Et de peur d’échouer, les enfants vulnérables projettent leur crainte sur un objet extérieur, dans ce cas la drogue. Il y a même des parents qui n’ont souvent pas idée de ce qu’est la drogue : ils en sont encore à cibler leur angoisse sur l’alcool et la cigarette seulement. Certains mettent aussi l’accent sur l’importance des relations mère-enfant dans la prime enfance et sur la défaillance paternelle. Le père n’aurait pas introduit une véritable loi dans la relation que noue l’enfant avec le monde, et celui-ci aura plus tard tendance à s’appuyer sur la dépendance en lieu et place de cette loi manquante. En admettant que le premier contact avec les substances toxicomanogènes puisse être le fait de la rencontre, voire du hasard, la poursuite de l’intoxication et l’installation de la dépendance relèvent de la psychopathologie du sujet. Des prédispositions génétiques Il existe des traits communs de comportement qui définissent un caractère toxicomaniaque. Certains symptômes, il est vrai, surviennent à l’adolescence : alternance des épisodes de toxicomanie et épisodes de boulimie ou d’anorexie ou, encore, épisode de violence non maîtrisable. La dépression, maladie qui précède, dans un grand nombre de cas, une éventuelle prise de narcotiques, peut alarmer les médecins traitants et même la famille sur l’état sensible de la personne. En effet, des études réalisées au Liban ont montré que 25% des personnes nées après 1955 (45 ans et plus) ont fait leur première dépression avant l’âge de 25 ans. Le Dr Caroline Cordahi, psychologue clinicienne pour enfants et adolescents, s’est penchée, pour sa part, sur les différents facteurs et signes qui précèdent tout comportement toxicomaniaque. Ainsi, précise-t-elle, la plupart des toxicomanes éprouvent un manque de confiance et d’estime en soi. Ils ont, en fait, une personnalité psychologique fragile et surmontent difficilement toutes les pressions sociales auxquelles ils sont confrontés. Une étude faite en 1997 aux États-Unis par l’institut ECA montre que 53 % des drogués sont victimes de désordres psychiques suicidaires. L’enquête de Singer et Al en 1986 indique, quant à elle, que 61% des intoxiqués connaissent des changements d’humeur, 54% éprouvent des troubles de conduite et 43 % souffrent d’anxiété. Le Dr Cordahi a relevé les signes qui accompagnent une prise de stupéfiants : fatigue, douleur physique, somnolence, colère, agressivité, un faible rendement scolaire, un manque d’engagement et d’appétit. On ne peut donc nier que, dans bien des cas, les toxicomanes sont le fruit de conditions psychosociales, fragilisés par un quotidien de plus en plus stressant. De ce fait, on remarque qu’une dépendance toxicomaniaque implique diverses conduites qui s’interactivent entre elles pour former un sujet vulnérable et autodestructeur. Le traitement doit, impérativement, impliquer plusieurs éléments de la société : la famille qui doit suivre de près l’évolution de l’enfant, en mettant l’accent sur l’action compréhensive et la nécessité de restituer la communication entre ses membres ; les organismes gouvernementaux et les écoles qui doivent prévenir les enfants contre les méfaits de la drogue et, enfin, des centres thérapeutiques de sevrage et de post-cure professionnels.

L’usage de la drogue parmi la population libanaise, où en sommes-nous ? Sujet délicat qui préoccupe de plus en plus notre société d’après-guerre et sur lequel se sont penchés, la semaine dernière, des psychothérapeutes, invités par le Comité social (AAA), l’Institut médical des troubles neuropsychiques (MIND) et l’Institut pour le développement des recherches et des soins...