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SOUDAN - Retour triomphal de Mohammed Wardi après un long exil Chanter contre la dictature, à 70 ans

Le chanteur emblématique du Soudan, Mohammed Wardi, se déclare à 70 ans déterminé à poursuivre son combat contre la dictature qui l’avait poussé à treize ans d’exil terminés par un retour triomphal au pays. La taille haute, rehaussée par une longue djellaba et un turban blanc, Mohammed Wardi arbore un sourire empreint de mélancolie pour parler des dizaines de milliers de Soudanais qui l’ont accueilli en mai à Khartoum. « Le plus touchant, c’est que 85 % des gens étaient des jeunes qui avaient cinq, sept ans à mon départ et ne m’avaient jamais vu chanter », a déclaré M. Wardi à l’AFP. « J’étais partagé entre la joie de retrouver mon pays et la tristesse d’être resté si longtemps éloigné », ajoute-t-il, de retour d’un entretien avec le président Omar al-Béchir. Mohammed Wardi était en Libye pour des concerts en 1990 lorsqu’il choisit le chemin de l’exil de crainte d’être arrêté par le gouvernement islamiste du général Béchir, qui s’était emparé du pouvoir en 1989. En 1991, il s’isntalle en Égypte. En 1999, alors qu’il enregistre aux États-Unis, il s’établit à Los Angeles en attendant d’être greffé du rein. Les mains couvertes de pansements, traces de séances de dialyse, M. Wardi indique avoir reçu depuis son retour des centaines d’offres de don de rein. « Wardi est au Soudan ce qu’était Oum Kalsoum à l’Égypte », estime Mohammed Joubara, responsable au service d’information gouvernemental. Sous-entendus politiques Né en 1932 à l’île de Sawarda sur le Nil, dans le nord du Soudan, Mohammed Wardi a chanté depuis l’âge de cinq ans les complaintes de sa Nubie natale. Les textes de ses nombreuses chansons, même celles dédiées à l’amour, ont une connotation politique, comme Ya Baladi ya Haboub (Mon pays, mon amour), ou Demain nous lèverons l’étendard de l’indépendance. Elweya Rachidi, compagne des années d’exil et de détention depuis leur mariage en 1964 et mère de sa fille, Julia, 29 ans, et de son fils Mozafar, 26 ans, qui accompagne son père sur l’orgue, se plaint que la maison ne désemplit pas depuis leur retour. Wardi a trois enfants d’un précédent mariage. Dans la large salle de sa cossue villa blanche du quartier résidentiel de Safia, à Khartoum, un orchestre répète la chanson qui scellera ses retrouvailles avec le public cette semaine. Fidèle à son habitude, Paix sur le Soudan, écrite par le célèbre poète Mohammed al-Fitouri, est lourde de sous-entendus politiques. « Peuple soudanais, altier et fier bien que blessé, frustré par tes soucis. Patient, tu te tais, bien que tu désires parler, et la cause de ta souffrance est frappante », clame le texte. « Non, je n’ai pas peur d’être emprisonné à nouveau et je ne regrette pas les années de détention », affirme le vieux chanteur. Il a passé notamment 18 mois en prison pour avoir applaudi le coup d’État communiste de Hachem al-Ata en 1971. Après 72 heures, le putsch a été écrasé par l’ancien président Gaafar Nimayri qui jeta en prison les artistes partisans de ses opposants. « Je suis un humain, et tout être humain est contre la dictature et je continuerai à la dénoncer, affirme-t-il. L’atmosphère n’encourage pas la création. La liberté est primordiale à l’épanouissement de l’art. » Mohammed Wardi n’est pas de l’avis des responsables qui clament qu’un vent de liberté a soufflé sur le pays depuis la mise à l’écart, il y a deux ans, de l’éminence grise du régime, l’islamiste Hassan al-Tourabi. « Ils disent qu’il y a une marge de liberté, mais moi je n’en vois aucune. La musique soudanaise ne s’est pas développée. Elle n’est même pas restée figée, elle a reculé. » Malgré l’adulation qui l’entoure, Mohammed Wardi indique ne pas avoir encore décidé de s’installer définitivement au Soudan.

Le chanteur emblématique du Soudan, Mohammed Wardi, se déclare à 70 ans déterminé à poursuivre son combat contre la dictature qui l’avait poussé à treize ans d’exil terminés par un retour triomphal au pays. La taille haute, rehaussée par une longue djellaba et un turban blanc, Mohammed Wardi arbore un sourire empreint de mélancolie pour parler des dizaines de milliers de Soudanais...