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Actualités - REPORTAGE

CIMAISES Gustave Le Gray à la BN Des « ciels rapportés » au narguilé(photo)

Paris - De Mirèse AKAR C’est un des plus grands parmi les pionniers de la photographie, Gustave Le Gray (1820-1884) qu’a choisi d’exposer la Bibliothèque nationale (galeries Mansart et Mazarine, jusqu’au 16 juin). Avec pas moins de 250 tirages – parmi lesquels les séries et les panoramas dont il s’était fait une spécialité – présentés dans un parcours à la fois chronologique et biographique. Coédité avec Gallimard, un riche catalogue restitue dans le détail son existence passablement romanesque qui comporte malgré tout quelques zones d’ombre brouillant les pistes de son séjour au Levant. « Photographistes » Après des études de droit qui le laissent insatisfait, Le Gray se dépêche d’oublier ce cursus conformiste pour se lancer dans une carrière artistique et devient l’élève du peintre Paul Delaroche qu’il suit à Rome en 1843. La photographie naissante connaissant alors un engouement sans bornes, il se laisse séduire et met à profit ses talents de chimiste pour inventer en 1850 le négatif sur verre au collodion puis, l’année suivante, le négatif sur papier ciré sec. Ces deux innovations lui valent un joli renom et des membres de l’aristocratie fréquentent bientôt son atelier parisien pour y apprendre à devenir « photographistes ». Après avoir participé au premier inventaire du patrimoine architectural de la France, voilà qu’une épidémie de choléra le chasse de Paris en 1852. Réfugié à Fontainebleau, il y devient familier des premiers peintres de l’école de Barbizon : de quoi renouer avec sa vocation première. Une image recomposée En 1855, dans un nouvel et luxueux atelier que finance en mécène munificent le marquis de Briges, Le Gray met au point une technique inédite, celle des « ciels rapportés », prouvant une nouvelle fois que l’expérimentation est pour lui inséparable de l’art. En photographiant séparément le ciel et le paysage, puis en superposant les deux négatifs, il obtient une image recomposée qui n’existe pas dans la réalité. C’est plus subtil et plus virtuose que ce qu’on appellerait aujourd’hui du montage : le cliché est en quelque sorte devenu «cosa mentale». On n’est pas loin d’une réflexion de peintre et d’ailleurs, les étonnantes marines de Le Gray ne préfigurent-elles pas, à plus d’un égard, certaines œuvres de Courbet ? Mais, en l’espace de quelques années, la photographie est devenue une activité commerciale. On n’en est plus à cultiver l’art pour l’art et, même adulé, y compris par Napoléon III qui lui commande des portraits, Le Gray aspire à prendre du champ. En 1860, il embarque en compagnie d’Alexandre Dumas pour une croisière en Méditerranée. La première escale ne manque pas de sel. L’auteur des Trois mousquetaires retrouve Garibaldi qui vient de prendre Palerme, et Le Gray devient reporter à son corps défendant. Début juillet, la maîtresse de Dumas, Émilie Cordier, ayant semé la discorde parmi les croisiéristes, il est débarqué sans ménagements à Malte. Un accord passé avec « Le Monde illustré » va lui ouvrir les portes de l’Orient, lui permettant, pour commencer, de mettre le cap sur Beyrouth. Dans le temple de Jupiter Après quelques mois passés en Syrie – l’Italienne qu’il avait épousée à Rome n’avait-elle pas pour prénom Palmira ? –, il transforme en appartement privé, à Baalbeck, les ruines du temple de Jupiter où il soigne une jambe cassée ! Parmi les photos réalisées à Beyrouth – où Félix Bonfils occupe déjà le terrain – figure un spectaculaire panorama montré l’an dernier à l’Institut du monde arabe. À l’épisode libanais succède un séjour de vingt ans en Égypte, resté pour une bonne part énigmatique : Alexandrie d’abord puis Le Caire où Le Gray redevient peintre et enseigne le dessin aux enfants du vice-roi. À sa mort, il laisse, outre son matériel, ses photos et ses tableaux, quelques objets dont le maigre inventaire est présenté dans l’exposition. Parmi eux un narguilé, preuve qu’il était devenu adepte du kief et avait bien succombé aux charmes de l’Orient.

Paris - De Mirèse AKAR C’est un des plus grands parmi les pionniers de la photographie, Gustave Le Gray (1820-1884) qu’a choisi d’exposer la Bibliothèque nationale (galeries Mansart et Mazarine, jusqu’au 16 juin). Avec pas moins de 250 tirages – parmi lesquels les séries et les panoramas dont il s’était fait une spécialité – présentés dans un parcours à la fois...