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Actualités - Reportage

SOCIÉTÉ - Baalbeck, N-D de Harissa, la tour Eiffel et le « Titanic » Toufic Daher, ou comment reconstruire sa vie à partir des allumettes (PHOTOS)

Reconstruire tout un monde à partir des allumettes. Il fallait y penser. Depuis plusieurs années, Toufic Daher a décidé de reconstituer des monuments en utilisant de petites brindilles de bois trempées dans du soufre. Il faut aimer… et avoir de la patience. Cloué sur une chaise roulante, Toufic Daher a le temps et la patience. De plus, il a décidé d’entrer dans le Guinness Book of Records, et d’ouvrir un musée pour exposer les pièces qu’il fabrique. Quand il évoque son minutieux travail, il cite surtout des chiffres : le nombre d’heures, de mois, de jours et d’allumettes qu’il a fallu consacrer pour parvenir à l’œuvre finie. Il y a un peu moins de quinze ans, Toufic Daher, qui était mécanicien, n’aurait jamais cru qu’il passerait un jour la plupart de son temps confiné entre quatre murs, passant parfois des nuits blanches à construire des objets inutiles mais qui suscitent l’admiration. Il y a 14 ans, la vie de Toufic a basculé. Il était alors âgé de 28 ans. Il raconte qu’un beau jour, un homme de son village de Freiké (Metn) est entré dans son garage de Zalka en tirant des coups de feu. Toufic est atteint à la colonne vertébrale. Il porte plainte. Ce n’est qu’en 1993 que le pistolero criminel est arrêté. Il écope uniquement de deux mois de prison. Toufic est fou de rage. Il décide alors de se venger car «la justice m’a déçu», indique-t-il. Mais il prend son temps, et quelques années plus tard, muni de son revolver, il tue la personne responsable de son handicap. Toufic est jugé, il devrait purger une peine de huit ans. Mais Daher sera libéré «au bout de quatre ans, deux mois et vingt-trois jours, suite à une grâce présidentielle», explique-t-il. Pourquoi a-t-il tué ? «À cause de cet homme-là, toute ma vie a basculé, mon fils Assaad avait trois mois, ma femme m’a quitté et j’ai dû réapprendre à vivre entre l’hôpital et la maison», repond-t-il. C’est en prison que Toufic apprend à fabriquer des objets à partir des allumettes. «La peinture, la poterie et d’autres travaux manuels... tout le monde en fait. Mais rares sont les personnes qui décident de fabriqurer des “monuments” à partir des allumettes», explique Daher. Au début de son parcours, l’ancien prisonnier fabriquait de petits modèles, notamment des cadres et des boîtes à kleenex. Petit à petit, il remarque que ce genre d’objets ne rapporte pas beaucoup à la vente. Il décide donc de fabriquer des bateaux, des boîtes de trictrac, et des monuments du monde, comme la tour Eiffel, les temples de Baalbeck, ou encore Notre-Dame de Harissa, sans oublier un duplicate du Titanic, ce qui lui vaut l’admiration et l’encouragement de plusieurs responsables et politiciens. Depuis un certain nombre d’années, Toufic participe à des expositions. Et les objets qu’il exhibe ne sont pas destinés à la vente. «Pour terminer chaque pièce, il me faut des semaines, voire des mois de travail, et je n’ai pas la patience, plus tard, de reproduire le même modèle», dit-il. Et de citer en exemple son Titanic en allumettes. «J’ai commencé le travail le 20 août 1998, je l’ai achevé le 11 février 2000, une affaire d’un an et demi», dit-il. «ça m’a pris 6 600 heures de travail, 18 400 000 allumettes, soit 460 000 paquets d’allumettes, et 2 100 petites lampes pour l’éclairage du bateau», précise-t-il. Tout ce matériel a coûté 7 600 dollars. Le bateau «miniature» est long de trois mètres et haut de 1,80 mètre. Il présente six étages, deux piscines, des barques de sauvetage, des salles de réception… le tout fabriqué à partir des allumettes. Comment fait-il pour se procurer de l’argent ? «Pour l’éclairage, c’est une entreprise privée qui a fait don des petites lampes, et puis ma tante Leila m’aide en m’offrant les allumettes ; il y a des particuliers qui m’encouragent aussi», explique-t-il. Toufic promet d’achever, l’été prochain, «une tour Eiffel géante, qui a pour base quatre mètres carrés et qui aura besoin, pour l’éclairage, de 5 000 lampes». Quand il voit les gens admirer son travail, Toufic Daher devient tout fier. «En reproduisant les monuments avec des allumettes, je prouve aux autres que j’existe, que je suis vraiment quelqu’un», confie-t-il. Et d’expliquer à ceux qui n’ont pas vraiment compris : «Au Liban, quand tu es sur une chaise roulante, tu ne sers plus à rien, c’est comme si tu n’existais plus vraiment». Patricia KHODER
Reconstruire tout un monde à partir des allumettes. Il fallait y penser. Depuis plusieurs années, Toufic Daher a décidé de reconstituer des monuments en utilisant de petites brindilles de bois trempées dans du soufre. Il faut aimer… et avoir de la patience. Cloué sur une chaise roulante, Toufic Daher a le temps et la patience. De plus, il a décidé d’entrer dans le Guinness Book of Records, et d’ouvrir un musée pour exposer les pièces qu’il fabrique. Quand il évoque son minutieux travail, il cite surtout des chiffres : le nombre d’heures, de mois, de jours et d’allumettes qu’il a fallu consacrer pour parvenir à l’œuvre finie. Il y a un peu moins de quinze ans, Toufic Daher, qui était mécanicien, n’aurait jamais cru qu’il passerait un jour la plupart de son temps confiné entre quatre murs, passant...