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9h40, une voiture piégée explose : la banlieue-est revit les pires moments de la guerre (photos)

25/01/2002
L’ancien ministre et député, Élie Hobeika, a été assassiné hier. À cent cinquante mètres de son domicile de Hazmieh, une voiture piégée a explosé sur son passage vers 9h40. Hobeika venait de quitter son appartement pour commencer une journée ordinaire. Hazmieh, la rue Kamel el-Assaad, la scène rappelle les pires moments de la guerre. Une petite ruelle de banlieue. Une façade en flammes, des blessés qu’on évacue, dans un nuage de fumée, par les balcons des immeubles, des voitures calcinées, des débris de verre, une odeur de plastique brûlé et... des cadavres déchiquetés qui ont été propulsés par le souffle de l’explosion à plusieurs mètres du lieu de l’attentat. Dans un terrain vague, entre deux immeubles, il restait, après l’évacuation des victimes, un gilet pare-balles qui ne quittait pas l’ancien ministre. Hier matin, ce même gilet n’a pas pu protéger Hobeika. Son corps a été propulsé hors de la Range Rover immatriculée 223B, que son chauffeur conduisait, pour atterrir – avec le gilet pare-balles – dans ce terrain vague, à une cinquantaine de mètres du lieu de l’attentat. Non loin de là, dans un bâtiment neuf qui n’est pas encore habité, des mares de sang et des restes de chair marquent le parking et le balcon du troisième étage. C’est là que les cadavres des deux gardes du corps de Hobeika, Dimitri Ajram et Walid Zein, ont été propulsés par le souffle de l’explosion. Le corps du chauffeur de l’ancien ministre, Farès Soueidane, a brûlé dans le véhicule. À côté de la Range Rover calcinée, une paire d’espadrilles Adidas, des gants de conduite, et d’autres petits objets traînaient encore. Des heures durant, les forces de l’ordre ont bouclé le périmètre de l’attentat provoqué par l’explosion d’une voiture piégée stationnée devant un immeuble de quatre étages dont la façade a pris feu. Tout comme la Range Rover de l’ancien député, il ne reste plus qu’un tas de ferraille calciné de la Mercedes 280 bleue piégée «dont l’explosion a été actionnée par télécommande», a indiqué à L’Orient-Le Jour le procureur général du Mont-Liban, Jean Fahed, qui s’est rendu sur les lieux. Le numéro du châssis du véhicule a été détruit, probablement avant l’attentat ; par contre, les enquêteurs ont réussi de relever le numéro du moteur de la voiture piégée. Selon la version officielle, notamment celle du procureur du tribunal militaire Nasri Lahoud, qui a inspecté le lieu de l’attentat, «les explosifs employés équivalaient à vingt kilogrammes de TNT (trinitrotoluène) et la voiture piégée était en stationnement devant l’immeuble depuis deux jours». D’autres sources avaient affirmé durant la journée que la charge équivalait à 50 ou encore 100 kilogrammes d’explosifs. Certains avaient fait état également d’explosion de bombonnes d’oxygène, utilisées pour la plongée sous-marine, et qui se trouvaient dans le coffre de la voiture de l’ancien ministre, tandis que d’autres prétendaient que ces mêmes bonbonnes se trouvaient dans la Mercedes piégée et étaient reliées aux explosifs. L’attentat a fait quatre morts et neuf blessés : Éliane Laham, Jihane Yazbeck, Tania Mansour, Nadimé Mansour, Fadia Moussalem, Thouria Hélou, Tania Mansour, Gaby Salem et une ressortissante sri lankaise, qui ont été transportés à l’hôpital du Sacré-Cœur et à l’hôpital Saint- Charles. «J’ai vu des corps voler», indique Fadia Moussalem, 24 ans, qui rentrait hier chez elle en début d’après-midi, soutenue par sa tante, de l’hôpital. Fadia se trouvait sur son balcon juste en face de la voiture piégée au moment de l’attentat. Elle n’en dira pas plus. Les habitants du voisinage n’évoqueront pas les cadavres déchiquetés, qui ont baigné dans des flaques de sang durant une dizaine de minutes. Retrouvant les réflexes de guerre, ils ont commencé quelques heures après l’explosion à évaluer les dégâts, à balayer les débris de verre, à ranger leurs bibelots et leurs livres éparpillés par le souffle de la déflagration, à replacer les portes défoncées... Hier matin, ils avaient tous pensé que leur quartier était la cible de bombardements de l’aviation israélienne. Seule, une femme, Gina Hobeika, l’épouse de l’ancien ministre, a compris, au moment même, que son mari avait péri. «Juste au moment de l’attentat, on l’a entendu crier : “Ils ont tué Élie”», raconte une voisine. Hier, les amis, les parents, et les compagnons d’Élie Hobeika pleuraient leur disparu. Une dizaine d’entre eux, accompagnés d’un prêtre, se sont rendus à la morgue de l’hôpital du Sacré-Cœur. Ils avaient emporté de la maison du disparu un costume et une paire de chaussures du ministre assassiné... L’absoute sera donnée samedi prochain. N. Lahoud lance l’enquête Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, Nasri Lahoud, a lancé des commissions rogatoires à tous les services de sécurité pour enquêter sur les auteurs de l’attentat perpétré contre Élie Hobeika. À noter que le bureau de la lutte contre le terrorisme a été expressément nommé parmi les services auquel M. Lahoud a eu recours. Patricia KHODER

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