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Société - Une messe et une visite au caveau ont marqué le 21e anniversaire de la disparition du jeune homme Fathi Baladi, « le saint qui donne avec prodigalité »(PHOTOS)

REPORTAGE
03/01/2002
Ils étaient plus d’une centaine à être venus hier assister à la messe de requiem annuel de Fathi Baladi, un jeune homme décédé en 1980 dans des circonstances dramatiques, et tenu par beaucoup comme «un saint qui donne avec prodigalité». La messe a été célébrée au couvent du Saint-Sauveur des grecs-catholiques, à Sarba, par le supérieur de l’Ordre basilien alépin, l’archimandrite Sarouphim Kassabji, et suivie d’une visite au caveau. Dans une courte et simple homélie, le père Kassabji, qui a célébré il y a 21 ans la messe d’inhumation de Fathi Baladi, a parlé de la sainteté ordinaire des baptisés, que certains savent transformer en sainteté d’élection. La messe a été suivie par une série de témoignages un peu confus, car mal encadrés, et d’une visite fervente au caveau ponctuée elle aussi par une profusion de témoignages dont la sincérité exaltée pouvait dérouter. Il n’en reste pas moins que ce qui distinguait cette cérémonie de n’importe quelle autre messe du souvenir, c’est que parmi les fidèles qui y assistaient, les étrangers étaient bien plus nombreux que les membres de la famille. La preuve que les grâces extraordinaires obtenues à l’intercession de Fathi Baladi ont largement débordé le cadre familial. Mais qui était Fathi Baladi ? Aux dires de beaucoup, un garçon modèle. Sa mère témoigne de son extraordinaire pureté, d’une précocité spirituelle étonnante, mais insoupçonnée, et d’une obéissance angélique. C’était en même temps un garçon équilibré, profond, intelligent, avide de connaissances, ajoute-t-elle. Et puis, le 31 décembre 1980, le drame. Etudiant en architecture, Fathi, qui avait alors 19 ans, quitte le domicile paternel à Aïn el-Remmaneh, pour se rendre chez un camarade à Araya. Grand de taille, d’une santé de fer, ce n’était pas un jeune homme qu’on pouvait facilement intimider. C’était le dernier jour de l’année, et les deux jeunes gens devaient réviser ensemble leurs cours. Il est retrouvé mort, au volant de sa voiture, tué d’une dizaine de balles à la tête, tirées à bout portant. Il avait garé sa voiture devant le domicile de son camarade, quand le drame a eu lieu. Tout, dans la posture de son corps, indiquait qu’il venait de couper le contact du moteur et s’apprêtait à sortir de voiture. La clé de contact était encore entre ses doigts. Ses parents accourent et constatent, éplorés, le drame. Les circonstances de sa mort ne seront jamais élucidées, en dépit de l’ouverture d’une enquête judiciaire. Dans les semaines qui suivent, des «signes» sont donnés à ses proches sous forme de phénomènes inhabituels. Sa mère atteste que ses blessures béantes ne s’étaient pas arrêtées de suinter, au lendemain du drame. «Papa, papa», s’entend appeler son père, quelques semaines après la mort. Sa sœur et son mari s’entendent aussi appeler. «On dirait que Fathi n’est pas passé par la mort», dit aujourd’hui sa mère, pour expliquer le sentiment de paix et d’assurance qui grandit parmi les membres de sa famille. Témoignages sincères Au fil des mois, les «signes» se multiplient, selon les témoins. Parfums suaves d’encens, lumières inhabituelles, suintement d’huile, locutions intérieures, apparitions et visions, guérisons. La sincérité de ces témoignages encourage le patriarche Maximos V Hakim et l’archevêque de Beyrouth, Mgr Habib Bacha, à songer à introduire sa cause en béatification. Une enquête est ouverte en 1984 et, dix ans plus tard, en 1994, endossée par le synode de l’Église grecque-catholique. Le dossier est aujourd’hui suivi par le père Élie Haddad. Les documents attestant de guérisons attribuées à l’intercession de Fathi Baladi forment désormais un dossier volumineux. À la messe du Saint-Sauveur, deux témoignages ressortent plus particulièrement. Mme Fadia Saadé a témoigné de sa guérison d’une sclérodermie, une maladie incurable dont elle souffrait depuis 13 ans. La guérison s’est produite après une visite au caveau de Fathi Baladi, a-t-elle déclaré. Pour sa part, Mme Joséphine Louis Merhi témoigne de la guérison d’un ulcère duodénal, le 3 janvier 1982. Elle déclare avoir vu Fathi pénétrer dans sa chambre, s’approcher d’elle et se glisser entre la commode et le lit. Il pose sa main sur son abdomen et lui déclare : «Lève-toi pour servir ta famille, tu es guérie». Mme Merhi devait subir une opération d’ablation de l’ulcère le lendemain même de sa guérison. Celle-ci a été totale et instantanée. C’est pourquoi elle a été sélectionnée pour l’ouverture de la cause de béatification. L’arbre et le fruit Des fidèles assistant à la messe ont affirmé hier avoir vu l’image de Fathi Baladi apparaître dans l’une des lucarnes de l’église. D’autres ont affirmé avoir vu une aura de lumière éclairer le fond de la nef, et d’autres encore des éclairs traverser l’Église. Illusion collective ? Comment dire ? Une fois de plus, la règle d’or confiée par le Christ à l’église prouve sa fécondité. «On juge l’arbre à son fruit». Phénomènes lumineux, suintement d’huile, parfum d’encens sont attestés dans la vie de nombreux saints. Ces phénomènes sont presque «traditionnels» dans la vie de l’Église, qui ne peut être tenue pour responsable de certains débordements de piété qui les accompagnent. Témoins d’innombrables récits miraculeux ou de signes, les parents de Fathi Baladi savent ne pas être à l’abri des accusations d’«hystérie» qui peuvent leur être lancées. Le parfum d’encens, l’huile qui apparaît sur les images saintes glissées entre les plaques de marbre du caveau, sont pour eux monnaie courante. C’est pourquoi, dans certains cas, ils préfèrent garder le silence. Car ils savent aussi que le véritable miracle, c’est celui qui s’opère dans le cœur, dans la visite de la grâce, et non dans les signes extérieurs. On ne peut que regretter cependant que les autorités ecclésiastiques ne soient pas plus présentes pour cultiver les fruits de cette grâce, tout en faisant preuve de la prudence indispensable quant à l’authenticité des phénomènes miraculeux. Un ouvrage écrit par sa mère, Mme Nelly Medawar Baladi, retrace les grandes étapes de la vie de Fathi. Il contient également de nombreux témoignages de guérisons. L’ouvrage reproduit enfin quelques textes personnels, des méditations ou Fathi Baladi révèle une profonde intuition de son destin. Tout indique que l’on se trouve devant un authentique cas de sainteté, mais de sainteté cachée, que même ses plus proches ne soupçonnaient pas. La Bible a raison d’affirmer que les voies de Dieu ne sont pas celles des hommes. Fady NOUN

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