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Actualités - CONFERENCES ET SEMINAIRES

Histoire - Une conférence de Nina Jidejian au Haïgazian College - La découverte de la nécropole royale de Sidon

«La découverte de la nécropole royale de Sidon». Tel est le thème de la conférence que Nina Jidejian a donnée jeudi soir à l’université Haïgazian, à Kantari. Nina Jidejian a réussi au cours de cette conférence à remonter le cours du temps et à entraîner avec elle toute l’assistance jusqu’au 2 mars 1887, date de la découverte sensationnelle de la nécropole royale de Sidon. Il y a trente-deux ans, en 1855, une boîte à momie géante, le sarcophage d’Enchmounazar, a été mise à jour accidentellement à Magharat Abloun, au sud de Sidon. Sur le couvercle, une inscription de 22 lignes en lettres phéniciennes contenant une malédiction à l’adresse de celui qui ouvrirait le sarcophage. À l’intérieur, se trouvaient une mâchoire et une dent. Une frégate, la «Sérieuse», a été envoyée pour le transporter en France et le sarcophage du roi se trouve depuis au Musée du Louvre. L’inscription nous révèle les noms des rois qui ont règné aux 6e et 5e siècles avant notre ère. : Echmounazar I, Tabnit et son fils Echmounazar II, qui a édifié le temple d’Echmoun à Sidon. En ce temps-là, le fils devait être enterré près du père, pour qu’ils puissent communiquer dans «l’autre vie». Ce n’était pas le cas. Il n’y avait aucune trace du roi Tabnit. La découverte accidentelle de la nécropole royale de Sidon, le 2 mars 1887, s’est faite de la manière suivante : dans une propriété appartenant à Mohammed Chérif, à Hélalié, au nord-est de Saïda, qu’il exploitait comme carrière, des ouvriers qui s’employaient à extraire les pierres se sont arrêtés net. L’un d’eux venait de mettre au jour un puits funéraire creusé dans le roc qui menait à une série de chambres funéraires : la nécropole des rois et nobles de Sidon «la cité des morts». Le soir, un des ouvriers se rend en courant au domicile du révérend William King Eddy, missionnaire américain natif de Sidon et un des fondateurs du «Gérard Institute for Boys». Les deux hommes traversent rapidement les rues mal éclairées de Sidon et des jardins plantés d’orangers et arrivent haletants à la carrière. Se laissant glisser au moyen d’une corde, ils se trouvent devant une série de chambres funéraires. Eddy ne pouvait croire ses yeux. Sa stupéfaction et ses impressions sont consignées dans ses rapports expédiés de Sidon à l’American Journal of Archeology. Il fut le premier à décrire ces magnifiques sarcophages : le sarcophage dit du lycéen, le sarcophage des pleureuses, le sarcophage du satrape et, le plus magnifique, celui dit d’Alexandre, car les sculptures présentent une bataille entre les Grecs et les Perses ou figure Alexandre le Grand, et une autre représente le conquérant macédonien dans une scène de chasse. La nouvelle de cette découverte se répand à Sidon. Jean Debbané a raconté il y a quelques années à Nina Jidejian, que son père, Raphaël Debbané, était en ce temps la dragoman honoraire du vice-consulat de France. Il prend immédiatement contact avec Mohammed Chérif. Il lui demande d’avertir les autorités françaises des découvertes importantes apparemment, lui faisant miroiter une récompense appropriée. Chérif consent. La première tombe est ouverte. La nuit, Chérif se précipite pour en informer Debbané, lequel était absent de chez lui. Le lendemain, au lieu de revenir chez Debbané comme promis, il se rend directement au Sérail pour annoncer sa découverte au caïmacam turc de Sidon. Ce dernier dépêche immédiatement les gardes pour interdire l’accès des tombes et informe les autorités ottomanes. Raphaël Debbané, déçu, a fréquemment évoqué cet événement en présence de ses fils et de sa famille. C’est ainsi que Nachid Bey, gouverneur général de Syrie, est averti et les nouvelles de cette découverte arrivent aux oreilles du sultan Abdul Ottomane, à Sidon, pour extraire les sarcophages et les amener à Constantinople par mer. Le 18 avril 1887 Hamdy Bey part pour Beyrouth, accompagné de Demosthenès Baltazzi. Le 30 avril, les deux hommes montent à cheval et prennent la route côtière qui mène à Sidon qu’ils atteignent au coucher du soleil. Sans même laisser souffler son cheval, Hamdy Bey part directement à la carrière et se laisse glisser au fond du puits à l’aide d’une corde. À la lumière des bougies, il passe d’une chambre funéraire à l’autre, s’arrêtant longuement devant chaque sarcophage dont quelques-uns étaient d’une étonnante beauté. Sept chambres funéraires sont ouvertes, que Hamdy bey a nommées Hypogeum A. En examinant de plus près, Hamdy bey découvre une ouverture dans le plafond d’une chambre funéraire. S’élevant avec difficulté, Hamdy bey s’introduit dans une chambre taillée dans le roc à un niveau supérieur et c’est ainsi qu’il découvre l’Hypogeum B et la tombe de Tabnit, un roi qui a régné à Sidon au 6e siècle avant J.-C. Le sarcophage en diorite noir provient d’Égypte et était destiné en premier lieu à un général égyptien nommé Pen Ptah. Une inscription en lettres phéniciennes a été ajoutée sur le couvercle : «Moi, Tabnit, prêtre d’Astarté, roi de Sidon, le fils d’Echmounazar, prêtre d’Astarté, roi de Sidon, suis couché dans ce sarcophage. On ne m’a donné ni argent, ni or, ni bijoux, seulement moi suis enseveli dans ce sarcophage. Surtout ne l’ouvrez pas». Sitôt ouvert, le sarcophage de Tabnit montre un corps humain dans un parfait état de conservation, baignant dans un liquide étrange. Les mensurations révèlent que Tabnit devait mesurer un mètre et soixante-sept centimètres. Il semble qu’il soit mort dans la force de l’âge. Le corps était légèrement émacié, la face et les membres encore recouverts de chair. La peau, douce au toucher, avait pris une teinte cuivrée. La tête du roi montrait un nez et des mâchoires proéminents. Ses muscles bien développés indiquaient qu’il était un homme fort. Les cheveux ondulés d’un brun roux devaient vraisemblablement leur couleur au henné. Mais pendant que Hamdy bey prenait son repas, les ouvriers renversèrent le sarcophage par accident et le précieux liquide se répondit sur le sable. Le corps n’était plus préservé et le secret du merveilleux liquide enterré à jamais dans le sable de Sidon. Le corps de Tabnit est ensuite déposé dans une boîte de zinc. Le 30 juin 1887 tous les sarcophages sculptés et celui de Tabnit sont enlevés et chargés sur un bateau, le «Assir», venu spécialement de Constantinople. Avant de quitter Sidon, Hamdy Bey donna la somme de 1 500 livres turques à Mohammed Chérif en signe de gratitude pour avoir signalé sa précieuse trouvaille. Que sont devenus les sept sarcophages laissés dans les chambres funéraires et la nécropole royale des rois de Sidon ? En 1890 un rapport dans le American Journal of Archeology dit : «L’admirable nécropole de Saïda qui a procuré il y a trois ans les magnifiques sarcophages au musée de Constantinople est anéanti. Les rochers de la colline où se trouvaient les belles sépultures en voûtes qui ont livré des merveilles archéologiques d’une si grande valeur ont été arrachés et transformés en vulgaire maçonnerie. Le lieu où reposait le roi Tabnit n’est plus qu’une fosse vide. Ce grandiose musée souterrain que les séismes, les destructions des conquérants et des siècles de barbarie respectèrent est effacé par la criminelle stupidité d’un jardinier de Saïda». Ironiquement aujourd’hui, après 2 500 ans, deux rois de Sidon, Tabnit et Echmounazar, père et fils se trouvent séparés l’un de l’autre, à quelques 4 000 kilomètre, l’un à Istanbul dans le musée archéologique et l’autre à Paris au musée du Louvre.

«La découverte de la nécropole royale de Sidon». Tel est le thème de la conférence que Nina Jidejian a donnée jeudi soir à l’université Haïgazian, à Kantari. Nina Jidejian a réussi au cours de cette conférence à remonter le cours du temps et à entraîner avec elle toute l’assistance jusqu’au 2 mars 1887, date de la découverte sensationnelle de la nécropole royale de...