Pour Nélida Nassar, graphiste de talent installée à Boston depuis une quinzaine d’années, le rêve américain s’est fait réalité . Elle a en effet brillamment réussi. Son entreprise la «Nassar Design» compte une assez prestigieuse clientèle, dont Harvard. Rencontre, à l’occasion d’un séjour de vacances, au pays natal. Le parcours de Nélida Nassar aurait sans doute été différent si la guerre n’avait pas éclaté l’année où elle entamait des études d’architecture à l’ALBA. Elle part alors pour Paris. Là, elle décroche, trois ans plus tard, une licence de littérature comparée en Sorbonne, et un diplôme à l’École nationale des arts décoratifs (Ensad). Deuxième destination : les États-Unis où elle suit des cours au «Carpenter Center» de Harvard. «C’est là que j’ai rencontré les deux personnes qui ont guidé mon choix professionnel, Louis Denziger et Paul Rand, deux géants du graphisme américain», dit-elle. à nouveau l’Europe, Bâle, où elle suit durant trois ans les cours d’une école spécialisée de graphisme. «J’ai fait mes études à une époque encore pré-ordinateur, signale-t-elle. J’ai donc eu la chance de manipuler la typographie en métal, de faire de la composition et cela a forgé ma sensibilité à la typographie». Retour aux États-Unis. Elle s’installe à Boston. Elle commence par collaborer à un quotidien, le Boston Globe. Elle rejoint ensuite une importante firme de graphisme qui a pour clients de nombreuses maisons d’éditions. En effet, aux États-Unis, les éditeurs laissent généralement le soin d’élaborer les couvertures des livres à des graphistes. Son troisième emploi, dans un grand cabinet d’architecture, «Stubbins Associates» (qui a notamment à son actif la City Court de N.Y. ; le Federal Reserve de Boston…), lui permet d’exploiter sa double formation d’architecte et de graphiste. Responsable du département de graphisme, elle passe à la signalétique. «Je ne faisais plus uniquement de l’impression, des brochures, des affiches… Il fallait aussi concevoir l’ensemble des éléments de signalisation d’un immeuble, d’un musée…». Au bout de quatre ans, encouragée par Jorge Silvetti, doyen de l’école d’architecture de Harvard, Nélida Nassar décide de voler de ses propres ailes. Elle ouvre donc sa propre boîte, la «Nassar Design». Au départ, elle travaille seule. Ses premiers projets sont des affiches pour les différents départements de Harvard, ainsi que pour une collecte de fonds de l’Unicef destinée au Sud-Liban. Elle produit aussi des livrets pour le «Harvard Semitic Museum» et une série d’ouvrages pour l’école d’architecture… Une fois lancée, elle recrute quatre graphistes pour faire face aux nombreuses commandes que lui passent des cabinets d’architecture de Boston, comme de New York…. Totalement assimilée, Nélida Nassar n’en revendique pas moins une pensée graphique influencée par un brassage de cultures bien libanais. «Je suis le produit d’une culture métissée . À la fois, francophone de par le milieu familial, anglophone bien entendu, mais aussi et surtout orientale. Cette dimension plurielle enrichit mon travail», souligne-t-elle. Un travail qui l’amène quelquefois à Beyrouth. Ce qui lui a permis de concevoir sans trop de difficultés les brochures, affiches et CD-Rom d’un cycle organisé en 1997 à Harvard sur la reconstruction de Beyrouth. Elle a aussi réalisé un livret, édité également par Harvard, sur la poldérisation de la côte libanaise ainsi que trois numéros du bulletin du Musée de Beyrouth. Maintenant qu’elle est bien lancée sur le marché américain, l’objectif premier de Nélida Nassar est de maintenir sa société dans des dimensions humaines. «Étant adepte de la qualité avant tout, je préfère rester au niveau d’un “design shop” plutôt que d’agrandir pour effectuer un travail sans âme». Définissant son approche, elle explique que «le concept graphique commence par poser le pourquoi des choses. Je considère que le rôle du graphiste est de résoudre un problème et non pas de faire une création subjective et personnelle, à l’instar d’un peintre ou d’un sculpteur. Lorsqu’un client s’adresse à moi, il m’avance des données que j’analyse et que je place dans le marché en tenant compte du fait que chaque projet s’adresse à un public déterminé. Une fois ces études réalisées, je commence à créer. En gardant toujours à l’esprit le message à faire passer au plus grand nombre. C’est pourquoi, je privilégie la simplicité du design à toute fioriture purement décorative». Pour un langage graphique universel…
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