Le chancelier allemand Gerhard Schröder a discrètement lancé les relations germano-russes dans l’ère de «l’après-Eltsine» lors d’un séjour de deux jours lundi et mardi à Moscou, où il a annoncé que l’aide unilatérale allemande à la Russie était désormais tarie. Le «sommet» proprement dit s’est résumé à quelques minutes d’entretien en tête à tête entre MM. Schröder et Boris Eltsine mardi matin. Le président russe, que la télévision a montré brièvement, a participé ensuite à la réunion élargie regroupant plusieurs ministres et des experts des deux pays. Il a cependant laissé son hôte allemand tenir seul une conférence de presse mardi après-midi. Pressé de questions par les journalistes russes, qui cherchaient à savoir si le Premier ministre Evgueni Primakov n’était pas désormais le seul interlocuteur valable pour les dirigeants étrangers, M. Schröder a dû expliquer diplomatiquement : «J’ai rencontré un président actif et informé (...) Je respecte l’ordre hiérarchique, le président est donc mon premier interlocuteur, mais j’ai porté beaucoup d’intérêt à mes rencontres avec les membres du gouvernement. Mes interlocuteurs étaient aussi compétents les uns que les autres». M. Schröder, avant même son départ de Bonn, avait clairement fait savoir qu’il entendait affranchir la relation russo-allemande des liens personnels entre dirigeants. Une façon de reléguer aux oubliettes «l’amitié» affichée par son prédécesseur Helmut Kohl et Boris Eltsine. «Je n’aime pas beaucoup aller au sauna», a plaisanté M. Schröder lors d’une rencontre avec des étudiants, dans une allusion aux bains de vapeur russes où Boris Eltsine aimait inviter Helmut Kohl. La prochaine rencontre entre MM. Schröder et Eltsine est prévue en juillet à Cologne, pour la prochaine réunion du G8. L’état de santé de Boris Eltsine à ce moment-là décidera de sa participation. Évoquant la crise financière en Russie, M. Schröder a estimé que la mise en œuvre d’un «programme élaboré en commun avec le FMI» serait «probablement la solution la plus tolérable». En rencontrant lundi Evgueni Primakov, M. Schröder avait très clairement indiqué que l’Allemagne ne fournirait plus d’aide financière directe à la Russie, et se contenterait de participer aux programmes d’aide multilatéraux. Le chancelier, mardi, a insisté de nouveau sur la nécessité de créer des conditions favorables à l’investissement étranger en Russie. «Les investisseurs exigent un très haut niveau de sécurité», a-t-il dit. Ce qui est en cause en Russie, a-t-il ajouté, ce n’est pas la législation, mais l’administration, trop lente et trop tatillonne, et la jurisprudence trop obscure et imprévisible. À la fin de son séjour, M. Schröder a par ailleurs été attaqué pour avoir accepté une rencontre avec Guennadi Ziouganov, le chef du Parti communiste qui vient de se distinguer en refusant de condamner les propos antisémites de l’un de ses députés. «Pourquoi ne devrais-je pas rencontrer le chef du groupe parlementaire le plus important de la Douma ?», s’est défendu M. Schröder. «Autant que je sache, a-t-il ajouté, il y a des représentants du parti de M. Ziouganov au gouvernement, pourquoi aurais-je le droit de les rencontrer quand ils sont ministres et pas quand ils sont députés ?» Le chancelier allemand a assuré par ailleurs avoir dit à M. Ziouganov que «le racisme et l’antisémitisme n’ont pas leur place dans une démocratie». «Il a dit qu’il était d’accord», a ajouté M. Schröder, qui a également rencontré d’autres leaders de l’opposition, dont le général Alexandre Lebed.
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