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Le choc entre l'état et Toufayli sera-t-il évité ?

CHRONOLOGIE
08/08/1997
Des mesures policières et légales doivent incessamment entrer en vigueur pour restaurer l’autorité de l’Etat dans les zones rurales de Baalbeck-Hermel et la zone urbaine surpeuplée de la banlieue-sud de Beyrouth, des régions à majorité chiite touchées par un mouvement de désobéissance civile conduit par cheikh Sobhi Toufayli. Une véritable épreuve de force va s’engager, dans les prochaines heures, entre le «cheikh rouge» et les autorités.

Ancien secrétaire général du Hezbollah, l’homme se permet, depuis le 4 juillet, date du déclenchement de son mouvement, de pousser les citoyens à ne pas obéir à la loi, à construire des maisons sans permis, à ne pas payer les factures d’eau et d’électricité, etc. Cheikh Toufayli pose comme condition à l’arrêt de son mouvement l’établissement d’un plan de développement global accompagné d’un calendrier d’exécution détaillé.
Conformément aux recommandations du Conseil des ministres de mercredi, le Conseil central de sécurité s’est réuni hier, sous la présidence du ministre de l’Intérieur, M. Michel Murr, et a confié à l’armée le commandement des forces de l’ordre, dans le mohafazat de la Békaa et la banlieue-sud (VOIR PAGE 2). L’extension de l’autorité militaire à l’ensemble du mohafazat se justifie, selon M. Murr, par la nécessité de permettre à l’armée de contrôler la route de la capitale. Le ministre de l’Intérieur estime que cette mesure viendra à bout du mouvement de désobéissance civile en moins d’une semaine. Tout en reconnaissant que le Conseil des ministres avait réagi tardivement au phénomène Toufayli, M. Murr s’est promis d’y mettre fin d’ici lundi. «On verra bientôt, a-t-il dit hier, que l’Etat est le plus fort».

Une partie délicate

Les forces de l’ordre ont la charge de fermer la radio et la télévision de cheikh Sobhi Toufayli, et de sommer les personnes ayant construit sans permis de se mettre en règle, dans un délai d’un mois. Parallèlement, le parquet devra examiner les déclarations de cheikh Toufayli, comme celles d’autres personnalités, et sévir dans le cas où elles tomberaient sous le coup de la loi: menaces de mort, appels à l’insubordination armée, offense au chef de l’Etat, etc. Un mandat d’amener à l’encontre de cheikh Sobhi Toufayli n’est pas exclu.
En choisissant d’utiliser la manière forte, l’autorité joue une partie extrêmement délicate et risque de se laisser entraîner dans une spirale répressive qui renforcerait cheikh Toufayli, au lieu de l’affaiblir.
Personne ne conteste, en effet, à l’Etat, de vouloir exercer son autorité, mais un troisième type de mesure est nécessaire pour régler véritablement le problème qui se pose: des mesures de développement. Par ailleurs, ce dont souffre le pouvoir aux yeux d’une large frange de l’opinion, c’est d’un manque de crédibilité dans son intégrité. Trop de fortunes bâties trop vite, trop d’insensibilité du législateur aux infortunes des petites gens ont miné la confiance de nombre de Libanais dans leurs dirigeants.
Les objections aux décisions du Conseil des ministres ne manquent d’ailleurs pas. C’est ainsi que M. Nassib Lahoud redoute, qu’au nom de l’ordre, on ne bafoue un peu plus les libertés démocratiques reconnues par la Constitution, comme le droit de rassemblement (LIRE EN PAGE 3).
Pour sa part, dans un communiqué, le Hezbollah se range de façon nuancée du côté de Toufayli. Le parti de Dieu met surtout l’accent sur les raisons profondes qui ont miné la confiance des Libanais dans leurs dirigeants: l’absence d’une loi électorale assurant une véritable représentation populaire, l’échec de la réforme administrative, la marginalisation des organes de contrôle de l’Exécutif, les interférences de l’Exécutif dans la vie judiciaire.
Le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah, prendra position à l’égard des résolutions du Conseil des ministres, au cours d’une conférence de presse qu’il tiendra ce matin, dans la banlieue-sud.

La loi du nombre

Entre-temps, la mobilisation de l’Etat ne paraît pas impressionner cheikh Sobhi Toufayli. Au micro d’une chaîne de télévision, l’ancien secrétaire du Hezbollah a déclaré hier ne pas craindre les poursuites qui seraient engagées contre lui et a affirmé compter sur la loi du nombre, pour neutraliser l’effet de la campagne répressive. «Va-t-on mettre en prison tout le peuple?» s’est-il interrogé. Cheikh Toufayli a demandé à la population de réserver bon accueil aux forces qui se déploieront et de ne pas tomber dans «le piège d’une confrontation» avec les forces de l’ordre. Il a déclaré, par contre, que s’il était au pouvoir «il ferait pendre tous les dirigeants actuels» et a considéré que «l’autorité est folle et force les gens à désobéir». En réponse à une question sur le point de savoir s’il ne craignait pas d’être arrêté, il a fait valoir qu’il souhaiterait «mourir de la main d’un oppresseur».
Dès la publication, mercredi soir, des résolutions du Conseil des ministres, des délégations ont commencé à affluer au domicile de l’ancien secrétaire général du Hezbollah pour lui manifester leur appui, tandis que des tracts étaient distribués, hier, à Baalbeck, en sa faveur. Les jours qui viennent diront en faveur de qui tournera l’épreuve de force.
Fady NOUN

F.N.

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