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Santé - Hôpitaux

Les urgences du CHU de Geitaoui réhabilitées

Peu à peu, l’établissement panse les plaies du 4 août 2020.

Les urgences du CHU de Geitaoui réhabilitées

La nouvelle unité d’urgence de l’Hôpital libanais-Geitaoui comprend une salle d’opération, une salle d’imagerie, un scanner et deux chambres d’isolement. Photo DR.

Un an et quatre mois plus tard, le Liban se bat toujours pour se remettre de l’explosion du 4 août 2020. Les hôpitaux de Beyrouth qui étaient en première ligne continuent de se reconstruire. Parmi eux, l’Hôpital libanais-Geitaoui CHU (centre hospitalier universitaire suite à la convention signée avec l’Université libanaise en 2013). Avec une bonne nouvelle : fin novembre a été inaugurée la nouvelle unité des soins d’urgence de cet établissement. Une unité qui s’étend sur un espace de 1 250 m2. Elle peut accueillir 22 patients, dont sept en réanimation aiguë. Les urgences ont été relocalisées dans le bâtiment construit en 1996, gravement endommagé par l’explosion du port, le 4 août 2020. « Nous avons voulu créer une unité complète selon les normes internationales, explique le Pr Pierre Yared, codirecteur de l’hôpital avec sœur Hadia Abi Chebli. Si un patient arrive aux urgences et qu’il est gravement atteint donc difficilement transférable, il peut désormais être pris complètement en charge au sein de cette unité. Celle-ci comprend une salle d’opération, une salle d’imagerie, un scanner et deux chambres d’isolement. » À l’entrée de l’unité, une salle de triage permet de diviser les personnes qui arrivent aux urgences en trois catégories : gravement atteintes, elles sont rapidement admises ; les personnes moins gravement atteintes qui peuvent attendre d’être soignées ; et celles qui ont besoin de soins rapides pour repartir dans la foulée.

L’hôpital, à but non lucratif et fondé en 1927, fait partie du wakf maronite, est tenu par la congrégation des sœurs de la Sainte Famille. Mais, de toute évidence, un hôpital doit survivre et les soins ont un coût. Au niveau des urgences, Pr Yared tient à préciser que « les consignes sont très claires : on ne peut pas refuser des malades surtout pour les plus graves d’entre eux. Nous commençons à les traiter, à investiguer avant de parler couverture médicale. Nous soignons des personnes qui n’ont même pas leur carte d’identité, donc aucune distinction au moment de prodiguer les soins d’urgence. Il nous est arrivé de garder un patient de nationalité étrangère pendant deux mois alors que personne ne voulait de lui. »

Ce projet de réhabilitation de l’hôpital concerne aussi les cliniques externes qui se répartissent sur un espace de quelque 1 200 m2.

Le professeur Pierre Yared revient sur la naissance de l’idée de ces deux chantiers qui font partie du long processus de reconstruction après le 4 août. « En octobre 2020, une délégation de la société Murex, avec à sa tête Salim Eddé, est venue à l’hôpital et nous nous sommes mis d’accord sur la réhabilitation des urgences et cliniques externes. Nous avons alors démarré les travaux qui étaient censés se terminer en mai 2021. Mais à cause du confinement et de toutes les pénuries qui ont suivi, ils ont duré jusqu’à la mi-novembre. »

La collaboration avec Murex avait déjà abouti, en mars 2020, à créer un centre Covid, une aile entièrement indépendante de l’hôpital, capable de recevoir 50 malades. L’hôpital libanais-Geitaoui compte aussi un centre accrédité pour la vaccination Pfizer depuis février 2021.

L’institution fait également face à un lourd défi de ressources humaines en raison de la crise. La direction de l’institution doit pallier le départ de médecins de toutes les spécialisations, dont certains ont une grande renommée, ainsi que celui d’infirmières qualifiées qui partent travailler dans les pays arabes, en Europe, au Canada. Donc la restructuration se fait aussi au niveau humain. « Nous sommes en train d’engager de nouvelles personnes. Mais pour former une infirmière, il faut compter entre six mois et un an. Aujourd’hui, nos effectifs affichent un manque qui ne dépasse pas les 5 %. Par contre, les activités hospitalières ont baissé de 30 à 40 % à cause de la situation économique, du Covid-19 et du départ de beaucoup de Libanais. »


L’inauguration a eu lieu le 26 novembre en présence de personnalités religieuses et militaires ainsi que de Salim Eddé, cofondateur de Murex, qui a financé les travaux de réhabilitation. Photo DR.

« Redéfinir les priorités du système de santé »

Après l’explosion du 4 août, les dégâts avaient été évalués, au sein de l’hôpital, à sept millions de dollars. Mais le soir même du drame, la décision avait été prise de ne rien lâcher. « Équipe, direction et conseil d’administration avec sa présidente, la supérieure générale de la congrégation, mère Marie-Antoinette Saadeh... Tous ensemble, nous nous sommes dit que nous n’allions pas céder, que nous allions continuer. À l’époque, j’avais dit au ministre de la Santé, qui était passé nous voir à minuit, qu’il nous fallait deux semaines pour que l’hôpital reprenne ses activités », se souvient le Pr Pierre Yared.

De fait, 48 heures après le drame, les patients ayant besoin d’hémodialyse reprenaient le chemin de l’hôpital. Les anciennes urgences, relativement épargnées, avaient été aménagées en hôpital du jour pour administrer les traitements de chimiothérapie aux patients malades du cancer. Deux semaines après le 4 août 2020, le premier service de l’établissement était opérationnel.Un incroyable défi a donc été relevé. Car le 4 août 2020, à 18h07, tout, dans cet hôpital qui était flambant neuf, puisque sa construction avait été achevée en juillet 2019, était à terre, poursuit le Pr Yared. « Mais il a fallu réagir, le plan blanc a été déclenché, tous les médecins, le personnel soignant, les infirmières, les employés sont venus sur place et nous avons coordonné nos activités afin de pouvoir traiter les patients qui arrivaient à pied et en sang. Nous avons reçu 300 blessés et avons compté 15 décès. Un scénario de fin du monde. »

Rebondir n’aurait pas été possible sans les dons qui ont afflué de la part d’associations, de regroupements de Libanais de l’étranger, d’entreprises, d’individus…

Avec les crises qui n’arrêtent pas de se succéder (dévaluation de la livre, soins de plus en plus chers, levée des subventions sur les médicaments, problème de couverture médicale…), comment voit-on l’avenir quand on est à la direction d’un hôpital au Liban ? « Le plus important aujourd’hui, c’est de perdurer et de résister. Puis il faudra repenser le système de santé de manière à ce que chaque acteur reçoive ce qu’il mérite : médecins, personnel soignant et évidemment patients. Les professionnels de la santé doivent pouvoir s’assurer un niveau de vie décent pour faire vivre leurs familles et ainsi leur donner les moyens de rester au Liban. Il est également impératif de faire des économies au niveau des soins de santé : ne pas demander des examens inutiles, ne pas trop prescrire de médicaments… En d’autres termes, il faudrait redéfinir les priorités du système de santé : insister sur les soins primaires, sur la prévention et se concentrer sur l’essentiel. Les hôpitaux et les centres de soins doivent coordonner leurs activités de manière à faire les investissements là où il sont indispensables. Acheter une nouvelle machine, c’est bien, mais s’il y en a quarante au Liban cela ne servira à rien. Le but final étant de servir les patients », conclut le professeur Pierre Yared.

Un an et quatre mois plus tard, le Liban se bat toujours pour se remettre de l’explosion du 4 août 2020. Les hôpitaux de Beyrouth qui étaient en première ligne continuent de se reconstruire. Parmi eux, l’Hôpital libanais-Geitaoui CHU (centre hospitalier universitaire suite à la convention signée avec l’Université libanaise en 2013). Avec une bonne nouvelle : fin novembre a...
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