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Prix

Le Nobel de médecine attribué, en pleine pandémie, aux découvreurs du virus de l’hépatite C

En raison de la pandémie, les lauréats, qui se partageront près d’un million d’euros, recevront leur prix dans leur pays de résidence.

Le Nobel de médecine attribué, en pleine pandémie, aux découvreurs du virus de l’hépatite C

Patrick Ernfors, membre du comité Nobel, annonçant les lauréats du prix de médecine. Sur un écran derrière lui, les photos des lauréats sont affichées. De gauche à droite : Harvey Alter, Michael Haughton et Charles Rice. Jonathan Nackstrand/AFP

En pleine pandémie de Covid-19, le prix Nobel de médecine a été attribué hier à trois virologues, le Britannique basé au Canada Michael Houghton et les Américains Harvey Alter et Charles Rice, pour leur rôle dans la découverte du virus responsable de l’hépatite C. Le trio anglo-saxon est récompensé pour sa « contribution décisive », à des années d’écart, à « la découverte du virus de l’hépatite C », a souligné le jury Nobel, en pleine course mondiale pour percer les secrets d’une autre pandémie virale, celle du Covid-19.

À la fin des années 70, Harvey Alter, 85 ans aujourd’hui, avait identifié qu’une contamination hépatique mystérieuse avait lieu lors de transfusions alors qu’elle n’était liée ni à l’hépatite A ni à l’hépatite B, a expliqué le jury, ce qui a notamment contribué à réduire à quasi-néant les transmissions par ce biais. Des années plus tard, en 1989, Michael Houghton et son équipe, basés au Canada, sont crédités de la découverte de la séquence génétique du virus. Quant à Charles Rice, 68 ans, il a décortiqué pendant de longues années la façon dont le virus se répliquait, des travaux qui ont conduit à l’émergence d’un nouveau traitement révolutionnaire au tournant des années 2010, le sofosbuvir. « Il a apporté la preuve finale que le virus de l’hépatite C pouvait provoquer à lui seul la maladie », a souligné Patrik Ernfors, président du comité qui choisit les lauréats. « Je pense que c’est assez facile de faire le lien avec la situation actuelle, a ajouté de son côté le comité. La première chose à faire est d’identifier le virus en cause, et une fois que cela a été fait, c’est le point de départ au développement de traitements de la maladie, ainsi que de vaccins. Donc la découverte virale est un moment critique. »

L’Organisation mondiale de la santé estime à quelque 70 millions le nombre d’infections par l’hépatite C, causant 400 000 décès chaque année, même si des traitements efficaces, quoique très coûteux, ont été développés ces dernières années.

Le prix est le premier directement lié à un virus depuis celui de 2008, qui avait récompensé les découvreurs français du sida, François Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, et un pionnier des papillomavirus, l’Allemand Harald zur Hausen.

« Ils m’ont réveillé, vers 4h15 du matin. Je n’avais même pas réalisé que c’était aujourd’hui. C’est époustouflant », a réagi à la radio publique suédoise Harvey Alter, qui devient à 85 ans un des lauréats les plus âgés du Nobel de médecine, sans battre le record (87 ans).

Depuis un premier prix – de chimie – à deux virologues en 1946, ce Nobel vient s’ajouter aux dix-sept prix Nobel directement ou indirectement liés à des travaux sur les virus.

Avec ce 111e Nobel de médecine, ils sont désormais 210 hommes et seulement 12 femmes à s’être vu décerner le prix « de physiologie ou de médecine » depuis sa création en 1901. De la découverte il y a plus d’un demi-siècle de deux types de lymphocytes, B et T, essentiels dans la compréhension de notre système immunitaire, jusqu’à la percée des « ciseaux moléculaires » en génétique dans les années 2010, en passant par des travaux sur le cancer du sein, plusieurs grandes avancées médicales – et leurs auteurs – étaient citées par les experts comme nobélisables cette année.

D’autres scientifiques avaient été évoqués comme nobélisables pour leurs travaux sur l’hépatite C, l’Allemand Ralf Bartenschlager pour de la recherche fondamentale et l’Américain Michael Sofia pour la mise au point du sofosbuvir.

Première depuis 1944

L’Académie suédoise des sciences veille jalousement au secret et aucune des centaines de nominations en lice chaque année n’est jamais confirmée. L’an dernier, le Nobel de médecine avait récompensé les Américains William Kaelin et Gregg Semenza, ainsi que le Britannique Peter Ratcliffe. Ils avaient découvert, à partir des années 1990, comment les cellules de l’ensemble du corps détectent et s’adaptent à divers niveaux d’oxygène. Les premières applications thérapeutiques ont vu le jour au milieu des années 2000, notamment contre le cancer.

Si les Nobel 2020 sont bien annoncés comme prévus cette semaine, le coronavirus a entraîné l’annulation de la cérémonie physique de remise des prix, le 10 décembre à Stockholm. Une première depuis 1944. Les lauréats annoncés hier, qui se partageront près d’un million d’euros, doivent recevoir leur prix dans leur pays de résidence, possiblement via une ambassade suédoise ou dans leurs universités.

Hélène DAUSCHY et Marc PRÉEL/AFP

Les lauréats des neuf dernières années :

– 2019 : William Kaelin (États-Unis), Gregg Semenza (États-Unis) et Peter Ratcliffe (Grande-Bretagne) pour leurs travaux sur l’adaptation des cellules aux niveaux variables d’oxygène dans le corps, ouvrant des perspectives dans le traitement du cancer et de l’anémie.

– 2018 : James P. Allison (États-Unis) et Tasuku Honjo (Japon) pour leurs recherches sur l’immunothérapie qui se sont révélées particulièrement efficaces dans le traitement de cancers virulents.

– 2017 : Jeffrey C. Hall, Michael Rosbash et Michael W. Young (États-Unis), qui ont démonté les mécanismes complexes de l’horloge biologique.

– 2016 : Yoshinori Ohsumi (Japon) pour ses travaux sur l’autophagie, processus par lequel nos cellules digèrent leurs propres déchets et qui, en cas de dysfonctionnement, déclenche la maladie de Parkinson ou le diabète.

– 2015 : William Campbell (Irlande/États-Unis), Satoshi Omura (Japon) et Tu Youyou (Chine) pour leurs découvertes de traitements contre les infections parasitaires et le paludisme.

– 2014 : John O’Keefe (Grande-Bretagne/États-Unis) et May-Britt et Edvard Moser (Norvège), pour leurs recherches sur le « GPS interne » du cerveau, qui pourrait permettre des avancées dans la connaissance de la maladie d’Alzheimer.

– 2013 : James Rothman, Randy Schekman et Thomas Südhof (États-Unis), pour leurs découvertes sur les transports intracellulaires, qui font mieux connaître des maladies comme le diabète.

– 2012 : Shinya Yamanaka (Japon) et John Gurdon (Grande-Bretagne), pour leurs travaux sur la réversibilité des cellules souches, qui permet de créer tous types de tissu du corps humain.

– 2011 : Bruce Beutler (États-Unis), Jules Hoffmann (France) et Ralph Steinman (Canada), pour leurs recherches sur le système immunitaire qui permet à l’organisme humain de se défendre contre les infections, favorisant la vaccination et la lutte contre des maladies comme le cancer.


En pleine pandémie de Covid-19, le prix Nobel de médecine a été attribué hier à trois virologues, le Britannique basé au Canada Michael Houghton et les Américains Harvey Alter et Charles Rice, pour leur rôle dans la découverte du virus responsable de l’hépatite C. Le trio anglo-saxon est récompensé pour sa « contribution décisive », à des années d’écart, à...

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