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Éclairage

Des blogueuses égyptiennes, dernières victimes en date du régime Sissi

La condamnation à une peine de prison pour « contenu indécent » de plusieurs influenceuses sur les réseaux sociaux en moins d'une semaine confirme la poussée autoritaire et l’effondrement des libertés individuelles.

Des blogueuses égyptiennes, dernières victimes en date du régime Sissi

En Égypte, l'application TikTok est la dernière cible des autorités qui maintiennent un contrôle strict sur les sites Internet. Photo AFP / K. DESOUKI

Le scénario est récurrent : des lois approximatives réinterprétées à volonté ; un groupe-cible parmi la population ; et des arrestations arbitraires en série, afin d’intimider tout en faisant un exemple. En Égypte, après les stars de la chanson, les journalistes, les médecins ou les danseuses du ventre, certaines figures populaires des réseaux sociaux sont les nouveaux souffre-douleurs d’un régime qui tente de museler la critique tout en rassurant les franges conservatrices du pays quant à sa capacité à incarner « l’ordre moral », tel que perçu par les autorités religieuses. Depuis une semaine, six personnes ont ainsi été condamnées.

Mercredi, une influenceuse égyptienne a été condamnée à trois ans de prison pour « incitation à la débauche » après la publication de vidéos sur le réseau social TikTok. Manar Samy avait été arrêtée courant juillet pour « immoralité et incitation à la débauche » via ses vidéos en ligne, selon un communiqué du parquet. La jeune femme y apparaît dansant et chantant en playback des chansons à succès, « contraires aux bonnes mœurs » et « à des fins de prostitution ». Manar Samy a également été condamnée à « verser une amende de 300 000 livres égyptiennes (18 900 dollars) », selon une source judiciaire rapportée par l’AFP.

Ce jugement intervient quelques jours seulement après la condamnation par un autre tribunal de cinq personnes à deux ans de prison pour « atteinte aux bonnes mœurs » à travers des contenus partagés sur TikTok. Ainsi, lundi, la justice a condamné deux figures populaires des applications TikTok et Instagram à deux ans de prison pour « violation des valeurs familiales », « incitation à la débauche » et « promotion de trafic d’êtres humains ». Haneen Hossam, étudiante de 20 ans à l’Université du Caire, avait été arrêtée en avril après avoir posté une vidéo invitant des jeunes femmes à utiliser l’application de vidéos Lipee, où les utilisateurs sont rémunérés en fonction du nombre de vues. Un post utilisé contre la jeune femme, plus tard accusée de trafic sexuel en ligne. Mowada al-Adham, une jeune femme de 22 ans disposant de plus de deux millions de followers, a quant à elle été condamnée pour publication de « contenu indécent ». Le verdict, accompagné d’une amende individuelle de 300 000 livres égyptiennes (18 900 dollars), a été contesté par l’avocat des accusées, Ahmed el-Bahkeri, qui a déclaré vouloir faire appel. En plus des jeunes femmes, trois hommes ont également été jugés et condamnés à la même peine pour avoir aidé à la diffusion des vidéos.

L’application chinoise TikTok représente un nouvel outil d’expression pour la jeunesse égyptienne qui publie sur la plateforme des vidéos de divertissement. Certaines voix émanant du Parlement ou des Cours de justice, inquiètes de l’impact d’une potentielle libéralisation des mœurs, ont cherché à neutraliser ces tendances en les accusant de promouvoir des valeurs jugées contraires à la société égyptienne, telles que l’immoralité ou la nudité. Depuis avril, une dizaine d’influenceuses ont ainsi été arrêtées, toutes des personnalités en vogue sur les réseaux sociaux.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah el-Sissi en 2013, l’étau ne cesse de se resserrer autour de la presse traditionnelle et des médias en ligne, des universitaires et autres voix de l’opposition. Des dizaines d’Égyptiens ont déjà été emprisonnés pour leurs posts sur Twitter ou Facebook, tandis que des centaines de sites Internet ont été bloqués, à l’instar du média indépendant en ligne, Mada Masr, qui fait régulièrement les frais des pratiques répressives du régime. La loi-antiterroriste de 2015 est souvent citée par les instances judiciaires en tant qu’argument légal justifiant les condamnations. Dans le cadre de l’épidémie de Covid-19, la campagne d’intimidation s’est étendue au personnel médical, notamment ceux parmi les médecins et pharmaciens qui ont critiqué la gestion de la crise sanitaire par les autorités.


Le scénario est récurrent : des lois approximatives réinterprétées à volonté ; un groupe-cible parmi la population ; et des arrestations arbitraires en série, afin d’intimider tout en faisant un exemple. En Égypte, après les stars de la chanson, les journalistes, les médecins ou les danseuses du ventre, certaines figures populaires des réseaux sociaux sont les nouveaux...

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