Éclairage

L’Égypte très tentée de franchir le Rubicon en Libye

Les rivalités entre Le Caire et Ankara se cristallisent autour de la ville de Syrte.

L’Égypte très tentée de franchir le Rubicon en Libye

Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, le 18 juin 2019. Vasily Fedosenko/Photo d’archives/Reuters

C’est une menace qui pourrait une nouvelle fois changer le cours du conflit en Libye. Samedi, le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi a averti que Le Caire interviendrait « directement » si le Gouvernement d’union nationale (GNA) et son parrain turc continuaient leur avancée vers Syrte, dans l’Est libyen. Contrôlée depuis janvier par l’Armée nationale libre (ANL), conduite par le maréchal Khalifa Haftar et soutenue notamment par l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, la ville portuaire représente un verrou stratégique. Ancien bastion du « guide » libyen Mouammar Kadhafi, Syrte est aujourd’hui le point de démarcation entre les zones tenues par le GNA à l’Ouest et par l’ANL à l’Est, et fait l’objet de toutes les convoitises pour le contrôle de ses sites pétroliers.

Faisant état de « menaces directes » de « milices terroristes et de mercenaires », appuyés par des acteurs étrangers, le raïs égyptien a estimé que « toute intervention directe de l’Égypte est devenue légitime au niveau international, que ce soit au regard de la charte de l’ONU sur la légitime défense ou qu’elle se base sur la seule autorité légitime élue par le peuple libyen : le Parlement libyen » basé à l’Est. « Cette affirmation n’est pas solide : il n’est pas clair qu’il y a une approbation (générale) de la Chambre des représentants en faveur d’un tel appel », nuance Claudia Gazzini, analyste sur la Libye à l’International Crisis Group, interrogée par L’Orient-Le Jour.

Ligne rouge

Cette mise en garde devrait attiser les tensions à un moment où le rapport de force en Libye a été bouleversé avec l’envoi de troupes turques et de mercenaires syriens pour appuyer le GNA à la fin du mois de janvier. Depuis, le maréchal Haftar, qui était en position de force sur le terrain depuis le lancement de son offensive l’année dernière pour la prise de la capitale Tripoli aux mains du GNA, ne cesse d’essuyer les revers. Alors que le GNA et la Turquie ont chassé l’ANL de l’Ouest et ne cachent pas leur intention de s’emparer désormais des villes de Syrte et d’al-Joufra, Abdel Fattah el-Sissi a souligné que cette ligne de front constitue une « ligne rouge ». Des propos perçus par le GNA comme une « ingérence dans les affaires (intérieures) » et « l’équivalent d’une déclaration de guerre ». « Il ne peut y avoir de lignes rouges à l’intérieur de nos frontières et sur nos terres », a dénoncé Mohammad Amari Zayed, membre du Conseil présidentiel du GNA.

Peu avant son discours lors de sa visite dans une base aérienne à Matrouh, près de la frontière libyenne, le raïs égyptien a sommé ses troupes de se tenir « prêtes à effectuer n’importe quelle mission, ici à l’intérieur de nos frontières, ou si nécessaire, à l’extérieur de nos frontières ». Tout affrontement direct entre la Turquie et l’Égypte aggraverait un peu plus la situation sur le terrain, alors que les velléités des acteurs régionaux en Libye se conjuguent déjà aux conflits entre les groupes locaux depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

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Autant d’éléments qui se juxtaposent à la rivalité préexistante entre Le Caire et Ankara dont la relation est en dents de scie depuis la prise du pouvoir de Abdel Fattah el-Sissi en 2013, renversant l’ancien président égyptien Mohammad Morsi affilié aux Frères musulmans. Alors que le raïs égyptien et le maréchal Haftar ne cachent pas leur hantise de l’islamisme politique – prôné par la Turquie – les deux alliés craignent de voir des groupes associés à la confrérie gagner en puissance dans l’Est libyen. Sur le plan énergétique, l’accord maritime conclu entre le GNA et la Turquie en novembre dernier, qui permet à Ankara d’étendre ses frontières maritimes en violation du droit international maritime pour explorer de nouveaux gisements d’hydrocarbures, est également dans la ligne de mire du Caire. Un pacte qui contrarie les plans égyptiens en Méditerranée alors qu’une importante présence navale turque empêcherait Le Caire d’avoir la mainmise sur les ressources gazières dans la région.

Éviter toute confrontation

Bien que l’Égypte appuie déjà le maréchal Haftar sur les plans financier, militaire et logistique, une intervention directe de l’armée égyptienne en Libye serait une première, marquant un tournant dans sa stratégie et sa gestion du conflit. Des efforts de guerre que Le Caire ne devrait pas pouvoir supporter seul tandis que les conditions économiques actuelles des traditionnels bailleurs de fonds, à savoir Abou Dhabi et Riyad, ne favorisent pas un investissement massif sur le front libyen. « Je ne pense pas que quelqu’un en Égypte veuille vraiment d’une intervention directe en Libye : cela pourrait être potentiellement coûteux sur le plan économique et militaire. Il n’est pas clair non plus s’il y a un feu vert américain à ce sujet », remarque Claudia Gazzini. Un potentiel face-à-face entre les armées turque et égyptienne représente une équation délicate pour Washington : Ankara fait partie de l’OTAN tandis que l’administration de Donald Trump entretient des relations étroites avec le président égyptien. L’initiative de paix présentée au début du mois par l’Égypte, acceptée par Haftar et rejetée par la Turquie, avait également été reçue avec prudence par la Maison-Blanche, saluant la proposition mais estimant que les tractations menées dans le cadre de l’ONU et de la conférence de Berlin étaient les plus « productives ». Alors que Le Caire et Ankara sont tous deux des alliés de Washington, le président américain s’est entretenu avec ses homologues égyptien et turc durant le week-end écoulé dans le but d’éviter toute confrontation.

L’Égypte, qui entretient de bonnes relations avec l’ours russe, devrait cependant pouvoir compter sur l’appui du Kremlin dans le dossier libyen. Un atout pour Le Caire, alors que Moscou est un acteur incontournable de la scène libyenne et que tout accord entre l’ANL et le GNA nécessite une entente préalable entre la Russie et la Turquie. L’année dernière, plus d’un millier de mercenaires affiliés à la compagnie russe Wagner avaient été envoyés en Libye pour renflouer les rangs du maréchal Haftar. Souhaitant se positionner en médiateur, Moscou avait tenté d’obtenir un accord de trêve entre l’ANL et le GNA en janvier dernier, avant de se heurter à une fin de non-recevoir de la part du maréchal Haftar. Plus récemment, la Russie a appuyé l’appel de l’Égypte au début du mois pour un cessez-le-feu en Libye, sans succès.

Une proposition que le président Sissi a réitérée samedi, tempérant son discours va-t-en-guerre. Ses propos n’ont pas toutefois trouvé écho du côté du GNA, alors que le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin, a déclaré à l’AFP qu’un cessez-le-feu nécessite un retrait préalable des forces du maréchal Haftar de Syrte et d’al-Joufra. La veille, le GNA avait déjà annoncé qu’il ne participerait pas à la réunion d’urgence de la Ligue arabe convoquée à la demande de l’Égypte et qui doit se tenir aujourd’hui par vidéoconférence.



C’est une menace qui pourrait une nouvelle fois changer le cours du conflit en Libye. Samedi, le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi a averti que Le Caire interviendrait « directement » si le Gouvernement d’union nationale (GNA) et son parrain turc continuaient leur avancée vers Syrte, dans l’Est libyen. Contrôlée depuis janvier par l’Armée nationale libre...

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L,EGYPTE DOIT COUPER L,HERBE SOUS LES PIEDS DU NOUVEAU ATTILA. PLUS DE HUNS BARBARES ET DEVASTATEURS SURTOUT DANS LES PAYS ARABES ET EN MEDITERRANEE DE L,EST.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

14 h 26, le 22 juin 2020

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Commentaires (1)

  • L,EGYPTE DOIT COUPER L,HERBE SOUS LES PIEDS DU NOUVEAU ATTILA. PLUS DE HUNS BARBARES ET DEVASTATEURS SURTOUT DANS LES PAYS ARABES ET EN MEDITERRANEE DE L,EST.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 26, le 22 juin 2020