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Moyen-Orient - Entretien express

À New Delhi, les nationalistes hindous sont « avides de revanche »

Alors que la ville indienne connaît un épisode inédit de violences communautaires, Christophe Jaffrelot répond aux questions de « L’OLJ ».


Des membres du parti du Congrès brûlent des photos du Premier ministre indien Narendra Modi à New Delhi. Narinder Nanu/AFP

Mosquées vandalisées, carcasses de véhicules brûlés, la ville de New Delhi est sous le choc après avoir enduré, ces trois jours, le pire épisode de violences communautaires depuis des décennies. La ville a été le théâtre de scènes de guérilla urbaine dans les faubourgs du Nord-Est, ou 27 personnes ont trouvé la mort et près de 200 blessés ont été recensés. Des groupes armés hindous ont fait régner le chaos dans les quartiers populaires à majorité musulmane, scandant le slogan religieux « Loué soit le dieu Ram » et dressant un drapeau hindou au sommet d’une mosquée en flammes. À l’origine de ces affrontements, la très controversée loi sur la citoyenneté qui, en excluant les sans-papiers musulmans de l’obtention de la nationalité indienne, a généré des crispations politico-religieuses intenses ces derniers mois. Le Premier ministre nationaliste Narendra Modi, à l’initiative de la loi, fait en effet face à un mouvement de contestation déterminé malgré sa large réélection l’année dernière, et a appelé hier au calme et à l’apaisement. Christophe Jaffrelot, politologue français spécialiste du sous-continent indien, répond aux questions de L’OLJ concernant cet épisode de tensions intercommunautaires.


Comment expliquez-vous la recrudescence des violences intercommunautaires ces derniers jours à New Delhi ?

Il faut les resituer dans leur contexte. Premièrement, New Delhi est depuis la fin de 2019 l’épicentre du mouvement de résistance des musulmans à la nouvelle loi sur la citoyenneté (qui exclut les réfugiés musulmans du Bangladesh, du Pakistan et de l’Afghanistan de l’accès aux procédures de naturalisation). C’est aussi l’épicentre de la répression, y compris des protestations étudiantes, comme en ont témoigné les descentes de police sur les campus universitaires. Deuxièmement, les élections régionales qui viennent d’avoir lieu à Delhi ont exacerbé les tensions, les nationalistes hindous du BJP ayant cherché à diaboliser les manifestants musulmans, et notamment ceux qui ont tenu leurs sit-in pendant des semaines lors de la campagne électorale. La déroute électorale du BJP, qui a essuyé une cuisante défaite, explique en outre que les perdants soient avides de revanche.

Le Premier ministre Narendra Modi pourrait-il profiter du retour des tensions entre hindous et musulmans en Inde ?

Le BJP en général mise sur la polarisation de la société indienne suivant une ligne de fracture religieuse pour mobiliser la majorité hindoue à sa suite. En mai dernier, cela a réussi à Modi qui a été réélu triomphalement lors des élections générales. À Delhi, lors des élections régionales du mois dernier, cela a moins bien fonctionné, notamment parce que l’électorat est plus averti des tactiques d’instrumentalisation du religieux et parce que le chef du gouvernement sortant, Arvind Kejriwal, avait un bon bilan en termes de développement économique et social. Cela dit, il faut souligner que Kejriwal n’a pas osé s’opposer frontalement au BJP sur la loi d’accès à la citoyenneté, comme s’il ne pouvait plus défendre le sécularisme publiquement, alors qu’il s’agit de son idéologie officielle.

Comment expliquez-vous le manque de réactions général sur la scène internationale ?

L’Inde continue de jouir d’une bonne image à l’international, grâce à un « soft power » solidement établi, même si ce prestige s’érode, notamment aux États-Unis où la remise en cause des libertés religieuses est dénoncée par le Congrès. Surtout, l’Inde bénéficie de trois facteurs de pragmatisme (et même de realpolitik) de la part de la communauté internationale. Premièrement, les dirigeants nationaux-populistes du type de Narendra Modi, comme Trump ou Bolsonaro, qui viennent tous deux d’achever deux visites d’État au cours des derniers jours, se serrent les coudes. Deuxièmement, l’Occident est prêt à passer bien des errements à l’Inde car elle apparaît comme un contrepoids à la Chine en Asie. Enfin, l’Inde semble constituer un marché juteux, notamment pour les ventes d’armes, ce qui n’est pas sans importance à l’heure où la diplomatie économique l’emporte sur celle des droits de l’homme. Finalement, il ne reste que l’ONU pour réagir vraiment aux remises en cause du sécularisme en Inde.


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commentaires (3)

C'est vrai que le Liban est une exception que copie maintenant l'Inde puisque les Arméniens les Palestiniens les Irakiens et enfin les Syriens Chrétiens ont tous acquis la citoyenneté Libanaise mais les musulmans eux de ces nationalités cités plus haut mangent encore du Kichik Hélas en attendant une hypothétique expulsion après cinquante ans de vie au Liban Quelle dérision !

PHENICIA

19 h 52, le 27 février 2020

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Commentaires (3)

  • C'est vrai que le Liban est une exception que copie maintenant l'Inde puisque les Arméniens les Palestiniens les Irakiens et enfin les Syriens Chrétiens ont tous acquis la citoyenneté Libanaise mais les musulmans eux de ces nationalités cités plus haut mangent encore du Kichik Hélas en attendant une hypothétique expulsion après cinquante ans de vie au Liban Quelle dérision !

    PHENICIA

    19 h 52, le 27 février 2020

  • DANS TOUS LES PAYS MUSULMANS AUCUN ETRANGER NE PEUT ETRE NATURALISE... DE MINCES EXCEPTIONS... MAIS LES MUSULMANS SONT NATURALISES UN PEU PARTOUT DANS LE MONDE. CELA DIT BEAUCOUP.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 54, le 27 février 2020

  • Une question peut=etre stupide/ Est-ce que le Pakistan ou Afghanistan ou autre pays musulman accorderait sa nationalite a des hindous? Vous avez entendu parle de reciprocite? Non mais...

    IMB a SPO

    12 h 41, le 27 février 2020

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