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Diaspora - Portrait

Georges Hatem, médecin personnel de Mao Tsé-toung

Au début du XXe siècle, ce Libano-Américain a été le premier étranger à devenir citoyen chinois.

Sa famille chinoise au grand complet.

C'est en 1902, à Hammana, village libanais du Metn, que débute une histoire hors du commun. Cette année-là, le jeune Nahoum Salama Hatem décide d’émigrer aux Etats-Unis. Rapidement, il est embauché dans une usine de textile à Lawrence, dans le Massachusetts.

Sept ans plus tard, alors qu’il est de passage au Liban pour rendre visite à sa famille, il rencontre la jeune Thamam Joseph Milane, originaire de la localité de Bhannès-Dahr el-Souane. Le mariage est rapidement conclu et c’est ensemble que les deux jeunes gens repartent à Buffalo, dans l’Etat de New York, où naît en 1910 leur premier enfant, Georges Hatem.

Treize ans plus tard, la famille déménage à nouveau. Vers Greenville cette fois, en Caroline du Sud, où elle ouvre un nouveau commerce. Mais les conditions de vie sont difficiles pour la famille. En 1929, le jeune Georges décide alors de rentrer au Liban pour étudier la médecine à l’Université américaine de Beyrouth (AUB). Il s’installe deux ans plus tard en Suisse où il obtient son diplôme de médecine à l’Université de Genève. C’est là, qu’il fera une série de rencontre qui donneront à sa vie, un tour extraordinaire.

 

Membre du Parti communiste chinois

Sur les rives du lac Léman, le jeune Libanais rencontre plusieurs étudiants originaires d’Asie de l’Est. Au gré des discussions avec ses nouveaux amis, il développe une curiosité et un intérêt grandissant pour la Chine.

Au point de décider de se rendre à Shanghai, où il arrive après une long voyage en bateau.

L’idée n’est pas d’y faire du tourisme. Après une courte période d’adaptation, Georges Hatem y ouvre sa propre clinique.

Sa fascination pour la Chine l’amène à y faire de belles rencontres. Notamment Soong Ching-ling, veuve du docteur Sun Yat-sen, un chef révolutionnaire qui avait joué un rôle essentiel dans le renversement de l’empire en 1911. Au fil de leurs discussions, celle-ci lui fait part de la volonté de Mao Tsé-toung, dont elle était proche, d’engager un médecin étranger compétent pour inspecter le quartier général du Parti communiste à Yan’an, au nord-ouest de la Chine.

Georges n’hésite pas une seconde et entre en contact avec Mao Tsé-toung. Le contact est tellement bon que le jeune Libanais devient le médecin particulier de Mao Tsé-toung.

Le médecin libanais se lie également d’amitié avec Chou En-lai, Premier ministre de la République populaire de Chine en 1949, puis adhère au Parti communiste chinois qui le nomme conseiller médical principal de l’Armée rouge. Chou En-lai lui conseille alors d’opter pour un nom chinois et Hatem prend le nom de Ma Haide, qui signifie « venu d’outre-mer »...

A passion pour la Chine étant toujours aussi profonde, Ma Haide apprend le mandarin. Puis il rencontre l’actrice chinoise Sufeï qu’il épouse et qui lui donne un garçon, Youma, et une fille, Liang Bi.

Éradiquer la lèpre en Chine

Dans les années 1950, Ma, alias Georges Hatem, est naturalisé chinois et devient ainsi le premier étranger à recevoir la nationalité de la Chine nouvelle. Son poste l’amène à beaucoup voyager. Mais un de ses voyages a un goût particulier. En 1974, c’est au Liban qu’il emmène son épouse, alors qu’il doit participer à un congrès sur l’acupuncture à Beyrouth. A Hammana, l’enfant du village est accueilli en grande pompe.

Farid Samaha, ancien ambassadeur du Liban en Chine (1985-1998), raconte dans son livre Ma trajectoire diplomatique, publié en 2009 aux éditions an-Nahar : « Ma Haide accompagna Mao lors de sa “Longue Marche”, jusqu’à son arrivée à Pékin en 1949 et la proclamation de la République populaire de Chine. Au cours des douze années de lutte, Ma a soigné plus de quarante mille blessés et fut récompensé par Mao qui le nomma conseiller supérieur du ministère de la Santé publique, supervisant les ministères de la Santé de toutes les provinces de Chine… Fier de ses origines libanaises et de son parcours à l’AUB, dont il était aussi membre de l’équipe de basket-ball, Ma a accompli des travaux notoires en médecine, grâce à ses recherches, ses traitements et ses réformes sanitaires dans le but d’éradiquer la lèpre de Chine avant la fin du XXe siècle, ainsi qu’il l’avait promis à Mao. À sa mort en 1988, la maladie avait déjà été officiellement éliminée avec une prévalence inférieure à 1 sur 100 000. »

Pour ses réalisation, Ma reçoit le prix « Lasker Medical Award » en 1986. L’année d’avant, on lui avait décerné la médaille de l’ordre national du Cèdre du grade de commandeur, lors d’une grande cérémonie officielle organisée à l’ambassade du Liban à Pékin, en présence de personnalités politiques et scientifiques chinoises. En 1988, Georges Hatem décède à Pékin d’un cancer à l’âge de 78 ans. Il est enterré au cimetière révolutionnaire Babao Shan après des funérailles officielles et populaires. Un buste à son effigie a été placé en 2003 sur l’une des places de Hammana.


Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com


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