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Liban

Quelques instants de pur bonheur grâce au yoga pour les réfugiés et travailleurs migrants

Associations

Sandy Boutros, jeune yogi de 29 ans, sillonne le Liban afin de dispenser ses cours de yoga gratuits aux populations les plus marginalisées du pays.

13/07/2019

Depuis presque un an, une trentaine de petits Syriens installés avec leurs familles dans le camp de réfugiés de Tall Abbas (Akkar) attendent les vendredis avec impatience. Et pour cause, c’est le rendez-vous hebdomadaire des cours de yoga dispensés par Sandy Boutros. Une heure et demie de pur bonheur pour ces petits rescapés de la guerre âgés de 7 à 14 ans. Sandy n’est pas motorisée, mais cela ne l’empêche pas de faire la navette toutes les semaines entre Beyrouth et Tall Abbas en minibus. Un trajet de près de trois heures.

Cette jeune professeure de yoga passionnée par l’humanitaire a créé en début d’année l’association Koun (Soit, en français), dont le but est de donner gratuitement accès à cette pratique millénaire aux populations les plus marginalisées du Liban. Réfugiés syriens ou palestiniens, travailleurs migrants et libanais issus des classes les moins favorisées bénéficient de ses cours gratuits.

« J’ai commencé les cours avec les enfants à Tall Abbas il y a quelques mois, et je n’ai pas arrêté depuis. Je vois que les enfants en profitent, et moi, ça me fait du bien. Je passe plus de temps sur la route que dans le camp, mais c’est ce sentiment de plénitude à la fin du cours qui m’a donné envie de continuer, explique la jeune femme à L’Orient-Le Jour. Au départ, il m’était très difficile de les calmer et de capter leur attention. Ils étaient agités et distraits et se querellaient tout le temps. Ils sont beaucoup plus calmes maintenant. Ils savent qu’ils vont faire des exercices et apprendre des techniques de respiration. Ils aiment surtout les postures inversées », confie-t-elle.

À 29 ans, Sandy Boutros a un parcours pour le moins atypique. Elle a quitté son travail dans la publicité en 2015 pour apprendre le yoga en Inde pendant 5 mois. De retour au Liban en 2016, elle a commencé à enseigner le yoga à Beyrouth. C’est grâce à des connaissances travaillant dans le camp de Tall Abbas qu’elle a commencé à y donner des cours aux enfants, qui pour certains ne quittent jamais les lieux. La plupart ne sont pas scolarisés et beaucoup sont nés dans le camp.

« Je vais bientôt entamer des cours destinés aux femmes du camp. Au départ, elles n’avaient jamais entendu parler de yoga. J’ai dû passer dans chaque tente à Tall Abbas pour leur expliquer ce que c’était et comment ça pouvait les aider », raconte la jeune enseignante.


(Pour mémoire : Le yoga, pour comprendre la différence entre spirituel et religieux...)

Le sourire aux lèvres

Peu de temps après avoir commencé ses allers-retours à Tall Abbas, Sandy Boutros est sollicitée pour enseigner le yoga à des réfugiées palestiniennes qui travaillent à Chatila Studio, une association qui emploie des couturières syriennes et palestiniennes venues du camp de réfugiés de Chatila, à Beyrouth. Nivine Souccari, codirectrice de Chatila Studio, est une des femmes qui profitent des cours hebdomadaires de la jeune femme. À 39 ans, cette mère de famille n’avait jamais fait de yoga. Depuis son arrivée au Liban, cette réfugiée palestinienne de Syrie n’avait pour souci que de pouvoir loger et nourrir ses enfants. « Quand je suis arrivée ici, j’étais complètement perdue. Je ne savais pas si j’allais rester à Beyrouth ni que faire pour subvenir aux besoins de la famille. J’ai retrouvé un peu de sécurité quand j’ai commencé à travailler », confie-t-elle à L’Orient-Le Jour. C’est alors qu’elle découvre le yoga, une discipline dont elle avait entendu parler, mais dont elle ne connaissait presque rien. « Ce que j’aime le plus dans le yoga, c’est de pouvoir évacuer la charge mentale. Ça me permet également de mieux me concentrer au travail et de gérer les problèmes du quotidien différemment, explique Nivine Souccari. Au niveau physique, ça me fait du bien parce que je fais peu d’activités sportives. J’attends les cours avec impatience, et quand j’en sors, j’ai le sourire aux lèvres et je suis débordante d’énergie. »

Sandy Boutros, elle, est satisfaite des résultats de ses étudiantes. Avec elle, celles-ci ont appris à se réapproprier leur corps et leurs émotions. « Ces femmes n’avaient aucune conscience de leur propre corps. Elles pensaient tout le temps à leurs enfants ou à la cuisine. Jamais il ne leur venait à l’esprit de prendre soin d’elles-mêmes, confie la jeune yogi. Elles n’étaient pas du tout habituées à bouger. Certaines n’avaient jamais fait d’exercices. Le yoga les a beaucoup aidées, surtout au niveau de la respiration. Elles ont vécu les traumas de la guerre, mais avec le yoga, elles ont appris à contrôler leurs émotions et réactions. »


(Pour mémoire : Beyrouth se met à l’heure du yoga)


Des travailleurs migrants aux jeunes de Bab el-Tebbané

Quand elle n’est pas au Akkar ou à Chatila, Sandy Boutros fait du volontariat dans un centre pour migrants affilié à l’ONG Anti-Racism Movement, à Jounieh. Elle y dispense, un dimanche sur deux, des cours de yoga à des travailleurs migrants, dont la plupart sont des employées de maison éthiopiennes ou malgaches. « On ne pense pas assez aux travailleurs migrants. Ils ont en permanence un sentiment d’infériorité par rapport aux autres. Lorsque je leur enseigne le yoga, j’insiste sur le fait que nous sommes tous semblables et égaux », dit-elle.

Sur un autre plan, la jeune femme se prépare à assurer une session d’entraînement de formateurs à Bab el-Tebbané, à Tripoli, en partenariat avec Rouwad el-tanmia, une association de soutien aux communautés marginalisées. Il s’agit de former des volontaires aux techniques du yoga, de la médiation et de la respiration dans ce quartier chaud de la capitale du Nord. Ces personnes seront ensuite chargées de transmettre les techniques apprises aux enfants du quartier, dans le cadre d’un programme de soutien psycho-social. Une belle manière d’aider des jeunes issus des milieux les moins privilégiés face à la violence et de développer leur concentration et leur créativité.

Vous pouvez aider Sandy Boutros à acheter de l’équipement pour ses étudiants au camp de Tall Abbas et au centre de migrants de Jounieh via la plateforme de crowdfunding Zoomaal, jusqu’au 22 juillet : https://www.zoomaal.com/projects/help-koun-spread-yoga-in-underprivileged-communities/70194 ? ref=173023006

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Danielle Sara

Bravo Sandy !
Merveilleuse initiative !

Sarkis Serge Tateossian

Quelques vies innocentes retrouvent le sourire ...tant mieux.

Chammas frederico

Remarquable et Admirable
Bravo
Le Liban...et tous les. Amis de réfugiés ont besoin de "Sandy s "

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